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Bouquins - La Bibliothèque En Cuir

par lou 19 Novembre 2013, 10:15

J’ignore votre âge, mais j'ai de plus en plus l'impression que mes héros de jeunesse n'intéressent que moi. Réflexe de quasi quinquagénaire qui s'emmerde dès qu'il entend Franz Ferdinand, ou tout ce qu'on vend (en vrac) sous le vocable de «rock». Mes derniers achats musicaux ? Des compilations de soul et de blues. Intemporelles. Forcément intemporelles. Après avoir beaucoup écouté les Who, les Stooges et Neil Young, ne reste plus qu'à attendre un petit trésor commémoratif. Les deux premiers sont réduits à d'improbables duos, même plus capables de se taper dessus (ils ont largement donné). Et si le troisième produit encore des disques, son coté survivant lasse. Reste la littérature. Après tout, se poser pour bouquiner c'est un truc de vieux. Alors deux livres sur les Who, et l'autobiographie de Neil Young. En apprendre un peu plus, choper une anecdote marquante ou marrante. Bref, éviter de voir passer le temps trop vite.

Le plus rapidement lu est un petit volume du nom de Sell Out, qui trompe vraiment son monde. Attendu comme l'étude critique d'un imputrescible classique, l'objet est en fait une (trop courte) évocation du phénomène des radios pirates. Avec le disque des Who comme pivot central. C'est bien fichu et instructif, soit. L'auteur (un certain John Dougan) réussit la moitié de sa mission. A savoir qu'il sait nous intéresser quand il parle de faits avérés. Par contre, dès qu'il se lance dans la pure analyse rock, il tombe de suite dans les lieux communs. Bon, Sell Out a marqué son adolescence, mais il lui manque le background nécessaire pour vibrer VRAIMENT quand 'il aborde directement le sujet. Pas facile d’être Nick Kent ou Mick Farren, de faire passer un maximum de rock dans les mots. Dur d'évoquer des types de soixante-dix ans, sans que le lecteur ne voie d'abord la prostate, le triple menton et les varices. Anecdotique, donc. Mais bon, le gars Dougan allait au casse-pipe en voulant parler des Who. Leur bruyante (BRUYANTE) saga n'a pas à s'encombrer de ratiocinations académiques. Pas plus que de pignolages esthétiques. De l'action, bordel. Et la caisse claire dans la tronche, pour bien marquer la ponctuation.

C'est précisément le but d'un épais volume (près de 500 pages) qui annonce la couleur dès le titre. Complete Chronicles Of The Who 1958-1978 se veut la récapitulation (minutieuse, limite maniaque) de vingt ans de bruit et de fureur. D'amplis massacrés, de Gibson SG sacrifiées, de micros réduits en miettes. Et d'au moins autant de kits de batterie défoncés que de chambres d’hôtels ravagées. Le lecteur avance jour par jour, jusqu'à celui où Keith Moon a fait sa dernière (et plus mauvaise) blague de cancre. Totalement frappé, on se demande comment il a tenu trente-deux ans, avec une vie pareille. Les portraits en filigrane des trois autres sont également intéressants, puisque, finalement, ils ont toujours été masqués par leur ultra violence. Entwistle est pro avant tout. Le support idéal pour mettre sur pied les idées les plus fumeuses de son leader. A part ça, un ours complet. Et le seul du groupe à avoir suivi Moon dans ses énormes bringues. Fallait de la santé. Daltrey apparaît comme un bon gars, les pieds sur terre avant tout. Sa vie est simple, et il n'hésite jamais à contester l'hégémonie de Townshend. Quitte à provoquer une (autre) baston. Comme il l'a souvent dit, pourquoi avoir besoin d'un double album pour faire ce qu'Eddie Cochran réussissait en trois minutes. Typiquement le genre de propos qui devait faire hurler Pete. Lui l'esprit torturé, dont le cerveau fonctionnait (à une époque) plus vite que son jeu de guitare. Je vous rassure tout de suite, vous ne comprendrez rien au projet Lifehouse. Celui-là même qui devait donner naissance à Who's Next. Pas plus que le créateur de cette histoire futuriste (qui envisageait déjà Internet) n'a réussi à être clair à ce sujet. Imaginez le déshonneur d'un type qui vient d'enfanter (dans des conditions apocalyptiques) Quadrophenia, et doit presque tout de suite renoncer à le jouer sur scène. Trop compliqué. Trop alambiqué. Le groupe passait tout son temps à expliquer la suite au public. Pas étonnant que Pete ait BEAUCOUP picolé. A part ça intègre à mort. Le respect du public avant tout. On le voit souvent décliner de juteuses occasions de faire du fric facile. Hors de la sacro-sainte éthique prolo des Who. Combien de fois a-t-il assuré le show, après s’être démoli une main ou un doigt. Combien de guitares pilées, juste parce qu'un ingénieur du son faisait mal son boulot.

Et quand Allen Klein (le requin qui a plumé à la fois Beatles ET Rolling Stones) a racheté le catalogue d'édition de Townshend, celui-ci a plongé dans la honte et la culpabilité. Se prenant une grosse cuite, et déchirant son chèque à sept chiffres. Autant par dépit, que pour impressionner les deux Sex Pistols qui se bourraient le caisson avec lui, soit. Mais quand même, ça renseigne sur la mentalité du bonhomme. Par-delà un COLOSSAL travail de recherche, le livre regorge de de ce genre d’éléments savoureux. Comme la raison PROFONDE qui a poussé Townshend à exprimer sa colère dans My Generation. Pas de glose, d'avis d'experts à la gomme, ni de gale journalistique à foison. Le bouquin idéal, quoi. En rab, une liste complète des concerts de 1962 à 1977 (y compris ceux qui ont été annulés). Et le détail des passages TV et radio anglais. Chapeau bas.

On aimerait pouvoir en dire autant de l'autobiographie de Neil Young. Rien qu'au titre ultra plat (Une Autobiographie) je le sentais mal. Mais tout de même pas au point de m'ennuyer autant, tout au long de ces cinq cents pages. Déjà le style est affreusement lourd et banal. Venant d'un champion de la métaphore, on a du mal à comprendre. Ensuite, l'angle d'attaque est déconcertant. En gros, un ramassis de banalités montées en neige, d'où émerge parfois un peu de l'histoire du père Young. Avant de replonger dans ses obsessions. Par exemple, tout ce qui roule. On a droit à sa collection de bagnoles, de corbillards, de bus. Et là il tartine à mort. En remettant sans cesse une couche sur sa grande idée de moteur non polluant. Quand il ne radote pas son ambition de concevoir son fichier musical à lui. Lequel serait cent fois meilleur que le MP3 (vaudrait mieux). Et ramènerait les gens à écouter de la bonne musique. C'est moche à dire, mais seuls les instants les plus douloureux sont intéressants, dans tout ceci. La mort de Danny Whiten (guitariste de Crazy Horse). Les problèmes de santé de l'auteur (il les collectionne). Et l'affreux calvaire d'avoir deux gosses handicapés (l'un d'eux lourdement). Sensation de voyeurisme, soudain. Sinon aucune logique de récit, pas de points de repère. J'en arrive à me dire que Neil a conçu ce livre comme il doit penser. Avec cent mille idées à l'heure, et une incapacité chronique à faire le tri. Avec l'argent que vous économiserez en ignorant celui-ci, offrez-vous le Who.

Mais ne faites surtout pas l'impasse sur Detroit Rock City (The Uncensored History Of Rock And Roll In America's Loudest City). Sous peine de voir le fantôme de Ron Asheton (ou de Rob Tyner) avant de vous endormir. L'auteur (un nommé Steve Miller) a été centriste, en choisissant de ne pas choisir. Au long de ce bouquin en béton, des tonnes de gens parlent. De James Osterberg aux Laughing Hyenas, tout ce qui a œuvré autour du trois accords dans le Michigan raconte son histoire. Ça pourrait être extrêmement gonflant, c'est totalement passionnant. Parce que le lecteur est seul acteur de son jugement, encore une fois. Pas de pions ou de beaux esprits didactiques, libre expression. En gros, le livre se divise en deux parties. La promotion Stooges-MC5 et compagnie, d'abord. J'avoue qu'au départ, c'est celle qui m'intéressait le plus, ne connaissant pratiquement rien de ce qui est venu après. Primitivement le message était simple : faire de la musique pour éviter de crever sur les chaines de montage automobile. Et si possible gagner un maximum de fric en un minimum de temps. La suite a prouvé qu'usiner du super rock ne suffisait pas. Surtout avec d'authentiques psychopathes comme Rusty Day (Cactus) Fred Smith (MC 5) ou le bassiste du Detroit de Mitch Ryder. Selon Mitch, son groupe de l'époque avait dû être composé de gars recrutés après une purge dans les prisons du coin. Quand Johnny Thunders s'est frotté à cette maffia, il passait tout juste pour un merdeux, avec ses grands airs. A lire absolument, les coulisses du show Grand Funk, aux prises avec leur manager escroc. Et la première rencontre du producteur Bob Ezrin avec Alice Cooper.

Cette première génération (déjà pas portée sur la sobriété) a été liquidée, vers 1970, par une plongée directe dans les drogues pures. Vint le temps des margoulins. A savoir un groupe comme Kiss (de New York, c'est important) bombardé héros du Michigan, à cause de la chansonnette Detroit Rock City. Alors que les natifs de l'endroit survivaient en jouant, dans les bars, les hits du jour. La honte. Toute la seconde partie est dédiée à une scène hardcore-punk, plus obscure. Mais pas moins cintrée (et encore plus portée sur la poudre) que sa grande sœur. Tout ceci aboutit aux White Stripes, et au personnage bien particulier qu'est Jack White. Anecdote, il n'avait jamais entendu parler des Stooges, jusqu'à ce qu'il trouve le premier album dans une poubelle. D'ailleurs, au même moment, pour les gamins de Detroit, le gang qui avait enfanté Fun House était plutôt une simple référence de vieux, une bande de hippies séniles. Pas simple à lire, tout ceci. La multiplicité des intervenants fait qu'on s'y perd. L'appendice qui répertorie chaque nom est la bienvenue. A part ça, le tout est d'une rigueur exemplaire et tient largement ses promesses. Pour vous allécher, quand Alice Cooper a ouvert pour les Who, un de ses musiciens a suivi le concert des anglais, juste derrière Keith Moon. Et il a entendu tout ce que les vieux mods se disaient, entre chaque morceau. C'est assez comique, suffisait juste d'y penser. A lire avec la super compilation (bien sûr introuvable) Michigan Brand Nuggets en fond.

Laurent

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