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Blues Rock - Entretien avec Greg Prevost

par lou 9 Décembre 2013, 10:03

Le charismatique et désormais ex-frontman du fameux groupe garage Chesterfield Kings est de retour avec un album solo, "Mississippi Murderer", un voyage dans les racines blues du talentueux multi-instrumentiste. C'est difficile d'en faire plus, tout ou presque a déjà été dit, mais je vous conseille vivement de vous pencher sur son disque. La musique, c'est pour la vie. On ne l'abandonnera jamais. C'est une histoire de renaissance, de se sentir en vie. C'est apporter du sens à sa vie. Greg est totalement dévoué à sa musique, à son art, il revisite le blues avec talent et force. Ce n'est pas un voyage dans le passé, pas vraiment. C'est sur ce qu'il se passe maintenant. S'enivrer en studio, se libérer sur scène. J'espère que vous apprécierez.


L.H : Salut Greg, et merci d'avoir accepté cet entretien. Vous avez sorti votre premier album solo "Mississippi Murderer" cette année, comment les choses se passent-elles ? Pouvez-vous nous en dire plus sur la naissance de cet album ?

GREG: Salut Louis - je suis totalement ouvert au truc. L'album "Mississippi Murderer" se porte bien. Je suis très content du rendu et de la réponse positive que l'album a reçue. J'ai fait quelques concerts en solo dans les alentours depuis la sortie, un truc carrément différent de jouer dans un groupe, mais c'est exactement ça que je recherche. Pour mieux parler du procédé de création de l'album, j'ai besoin d'expliquer quelques trucs : à la base, j'ai quitté le groupe (Chesterfield Kings) avec l'idée que je ne ferai plus jamais de musique de quelque manière que ce soit. J'étais lassé de toute cette scène musicale, de toutes ses facettes. En revanche, quand t'es vraiment à fond dans quelque chose comme la musique, comme je le suis, c'est quelque chose qui revient comme la peste. Du coup, je me suis mis à rejouer de la guitare, un peu comme Dylan a ses débuts, Donovan, John Lee Hooker, Skip James, Son House... tu vois ce que je veux dire. Je jouais en open tunings mais aussi en étant plus classique, expérimentais avec les capos, tout ça ... Je me suis mis à la slide, à jouer en picking, des trucs que je trouvais à nouveau intéressant. Je me suis vraiment branché dans ce genre-là. C'était vraiment énorme de pouvoir faire à nouveau de la musique sans avoir de comptes à rendre à des gens, et d'avoir une réputation collée au cul qui me fatiguait. J'ai appris soixante, soixante-dix chansons, voire plus, de gars que j'aime comme Muddy Waters, Lightnin' Slim, Lightnin' Hopkins, Reverend Gary Davis, Reverend Robert Wilkins, Mississippi John Hurt, Sleepy John Estes, Mississippi Fred McDowell, tu vois le truc, ça risque de devenir une liste sans fin. J'étais tellement inspiré par ces chansons que je jouais que du coup je me suis remis à composer. Pour ce qui est de l'évolution et le développement de l'album, je dois parler de Zakary Koch, un grand ami à moi. Il joue de la batterie dans ce groupe d'heavy rock'n'roll psyché St. Philips Escalator dont vous avez peut être entendu parler, ils font partie de la scène depuis quelques années maintenant. Je le connais depuis des années et j'ai coproduit le premier album de son groupe "Endless Trip" (et qui était aussi sorti sur notre label Living Eye). Il a aussi joué vers la fin avec les Chesterfield Kings et à cette époque j'ai appris à mieux le connaitre et ensuite on est devenu des amis très proches. Il est entré en contact avec moi au moment où je pensais sortir un disque, comme ESP.

Au départ, j'ai enregistré quelques morceaux très bruts dans un style "30's Delta Blues" que j'ai envoyé ensuite à mon ami Enric Bosser de Penniman Records, pareil, on se connait depuis des années, les Chesterfield Kings faisaient des concerts avec le groupe d'Enric, "The Meows", dans les années 80 en Espagne. Enric a vraiment accroché aux morceaux et suggéra de sortir un 45 tours, ce qui s'est fait. "Mr. Charlie" / "Rolling Stone", seul avec ma gratte, sorti sur Mean Disposition (une sous division de Penniman), même label que l'album. Amid correspondait avec Enric, je me rappelle qu'une fois il m'a dit "J'imagine carrément comment ça sonnerait avec des guitares électriques, batterie, basse etc. et ce que je ferais "sonnerait beaucoup comme "Exile On Main Street" des Stones". Ce genre de style, tu vois. J'ai suivi les mots d'Enric, j'ai branché mes guitares électriques et ai joué les mêmes riffs que je faisais sur ma National et ça envoyait carrément le bois. J'étais vraiment à fond dedans.

Ensuite, sorti de nulle part, Zach m'a envoyé un nouveau morceau de son groupe St. Philips Escalator. J'ai trouvé que ça sonnait carrément bien et a cette époque, j'avais dans la tête d'enregistrer dans un studio, jouer toutes les grattes et tout, du coup j'ai demande à Zach, qui avait arrangé ce morceau, où cela avait été enregistre et il me répondit que c'était son génie de pote, Alex Patrick, dans son studio a lui (Patrick House Of Rock studios). Il m'a présenté à Alex et on était vraiment scotché, sur la même longueur d'ondes. Il était dans le même genre de musique, les mêmes trucs que j'aimais, mêmes idéaux, tout comme avec Zach. Une vraie bonne ambiance, tu vois. Il a arrangé et coproduit l'album avec moi. Au départ, cet album c'était juste moi jouant de la gratte et Zach à la batterie. J'ai ensuite ajouté toutes les guitares et les voix et j'ai voulu ajouter la basse aussi, mais quand j'ai essayé de faire de la basse sur les morceaux, ça sonnait comme un autre riff de guitare, du coup j'ai demandé à Alex s’il pouvait le faire, et il a accepté. Et, en plus d'être un ingé son fantastique, il est aussi un musicien aux talents multiples. Il a son propre groupe, The Absolutes, dans lequel il chante et joue de la guitare.

L.H : Quels sont vos albums de blues préférés ainsi que vos principales influences ?

GREG: Y'en a tellement que c'est difficile de les lister, je dirais, les premiers Skip James, Reverend Gary Davis, Son House, Robert Johnson, mid-period, Muddy Waters, Howlin’ Wolf, Sonny Boy, Stones, Yardbirds, NY Dolls, James gang, Ten Years After, Roy Buchanan, Johnny Winter… Tu vois le truc.


L.H : J'avais dans l'idée de vous poser des questions sur les Chesterfield Kings mais j'ai lu quelque part que le groupe s'est séparé, quelles en sont les raisons ?

GREG: Oui. Le groupe a splitté. FINI. TERMINÉ. Je ne reviendrais jamais dans cette scène. Premièrement, tous les gens impliques avec le groupe semblaient avoir perdu la foi, c'était devenu secondaire, ou pas très haut sur l'échelle. Tout le monde est parti dans sa propre direction, ça faisait quelques années qu'on "existait" seulement de par le nom et on n'avait rien fait de spécial. J'ai senti que c'était le bon moment de mettre fin à tout ça, le groupe arrivait en bout de course. Paul (Morabito), qui était le guitariste dans le groupe, et moi, on avait discuté pas mal de fois sur comment on pourrait faire un groupe dans une trempe plus hard blues/rock, sans toute la production/lourdes harmonies et autres fioritures. Ca ne s'est jamais fait, tu vois. Mais bon, j'ai quitté le groupe pour plein de raisons différentes et comme je le disais, nous n'avions plus cette vibe blues comme nous avions à nos débuts (STONED, DRUNK ON MUDDY WATER) et on s'est éloigné dans une zone dans laquelle je ne me reconnaissais pas. Je suis dans la slide guitar, Dobro, National, etc. Toute la branche country blues aussi. Donc voilà, c'est pour ça que je suis parti et que je me suis lancé en solo, après m'être rendu compte qu'on avait perdu toutes ces choses-là au cours des années. Je joue toutes les parties de guitare sur l'album et c'East quelque chose que j'avais envie de faire à nouveau aussi. Mon style puise ses influences dans le blues, musicalement et vocalement. Des membres des Chesterfield Kings continuent de faire de la musique : Paul Morabito a un nouveau groupe, The Moviees, qui a récemment fait le ‘Cavestomp’ à New-York, et Mike Boise, le batteur, est plus dans le travail en studio maintenant.


L.H : J'ai lu également que vous êtes un vrai collectionneur de vinyles dans l'âme, et vu que nous le sommes tous plus ou moins à Fuzzine, j'ai envie de vous demander quand et comment avez-vous commence à collectionner les disques ? Quels sont vos plus précieux trésors ?

GREG: Oui, je suis dans ce délire-là depuis le début des années 60, quand je me suis mis à fond dans la musique. Ça a commencé dès que les premiers Stones sont sortis. C'est devenu une obsession. Mes plus beaux trésors ? Les pochettes des albums des Stones je dirais.


L.H : Quel est votre point de vue sur la musique actuelle et plus particulièrement sur le téléchargement ? Croyez-vous que le format vinyle puisse se répandre encore plus et placer définitivement le CD dans l'ombre ?

GREG: Ça ne me dérange pas, si la musique émerge quelque part, c'est ça la priorité. J'aime les vinyles, oui, tout le monde les aime, hein ? Mais de nos jours, c'est le digital qui domine, faut aller dans ce sens, les gens découvrent la musique par un téléchargement, très bien, la chanson est avec eux. Le vinyle a eu un nouvel impact grâce a des mecs innovants comme Jack White. Il a converti des jeunes gens au format et la jeunesse, c'est le futur, et quand les jeunes gars auront des difficultés à trouver un vinyle, c'est précisément cela qui donnera l'impulsion, et le vinyle fera un comeback en grandes pompes. Est-ce que ça permettra d'enterrer le CD et les téléchargements ? J'ai un doute là-dessus mais c'est quand même partagé de nos jours.


L.H : Que diriez-vous a un jeune musicien qui veut vivre de sa passion ?

GREG: Je lui dirais que s’il sait où il va, ça vaut le détour. Si le voyage se passe mal, casse toi avant que ça ne parte en dents de scie et te traine dans la boue.


L.H : Avez-vous des lieux de concert dont vous gardez de bons souvenirs ?

GREG: Plein, plein partout, vraiment. En France, j'ai un bon lot d'excellents souvenirs. Espagne, Royaume-Uni, Italie, Allemagne, USA ...


L.H : Et maintenant, l’île déserte. Une île plutôt agréable, mais vous n’avez le droit d’emmener qu’un disque, un livre, et un film.


GREG: Un disque : Stones EXILE (double set!). Un livre : Peyton Place. Un film : Kiss Me Deadly.

L.H :  Quels sont vos futurs plans/actions/concerts ?

GREG: Un paquet de trucs en tête, beaucoup d'offres, c'est difficile de savoir ce que je ferai ! Je bosse sur de nouveaux morceaux et j'apprends toujours mes morceaux de blues préférés. Je pense aussi sortir d'autres albums/singles/EPs dans le futur. Je suis en train de rassembler les morceaux que j'ai composés en vue du prochain album.


L.H :  Ces dernières lignes sont pour vous... aimeriez-vous ajouter quelque chose ?

GREG: VIVEZ VOTRE VIE !

Louis Hauguel pour Fuzzine
. Corrections signé Maxime.

LIEN :

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