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Rock Underground / Pink Fairies - Légitime Défonce

par lou 6 Février 2014, 15:56

Se payer un moche petit pavillon en banlieue. S'endetter pour la vie, avec plan d'épargne sur quarante ans. Quand vous aurez fini de rembourser vous aurez cent cinquante piges, et les asticots vous boufferont. Toutes choses totalement inconcevables pour des rescapés des Deviants. Il faut bien dire une chose avec les Pink Fairies, ils n'ont même jamais essayé de contenter leur banquier.  Leur objectif restant (pour l'essentiel) d'imposer du raffut de première bourre. À des foules certes clairsemées, mais aussi envapées qu'eux. Le tout dans un esprit libertaire et hirsute. Incluant à la fois la révolution, les flics au poteau, et la came gratuite pour tout le monde. Idéalisme explosif, proche du MC5. Donnant bonne conscience, mais laissant tout juste de quoi régler le loyer. Et encore, le groupe de Detroit avait un manager qui faisait parler de lui. La censure du premier album (par une maison de disques molle du gland) engendra aussi beaucoup de remous. Bref, on entendait parler du MC5. Jamais des Pink Fairies. A part pour constater que les deux batteurs (totalement fracassés) avaient galopé sur scène à poil. Deux batteurs ? Refaisons les comptes, il y a erreur dans la ration de mescaline. Alors, derrière les caisses Russel Hunter. Épaulé par son collègue Sandy Sanderson (monstrueux bassiste galactique). La force c'était eux. Le rail d'acier de la terre à la lune. Permettant au canadien Paul Rudolph d'aller faire éclater des comètes en plein ciel. De foutre le feu partout. Personnage totalement instable, absolument imprévisible, Rudolph avait appris la guitare pour combattre la polio qui lui mangeait un bras. Le résultat est hallucinant, ce type jouait à donner des cauchemars à une caserne de pompiers. Donc ils étaient trois au départ. Avant que Twink (coucou) ne vienne s'inviter à la cantine. Se bombardant plus ou moins contremaitre.

Sous cette forme risquée, le groupe a sorti ce qu'il est donc convenu d'appeler un chef d’œuvre. La pochette de Neverneverland (1970) est explicite. Quatre lutins sur leur planète, occupés à se passer un joint en regardant les étoiles. A l'intérieur beaucoup de rock incandescent, secoué et violent. Riffs pointus et inattendus, combustion permanente des turbines. Le meilleur morceau (très lent, mais d'une palpable intensité) restant Heavenly Man. Qui aurait aussi pu s'appeler «Pink Floyd sous viagra». Le groupe semblant comparaitre devant son créateur. En hésitant entre les portes du paradis et une dope vraiment trop forte. Croyez-le ou non, mais au bout de deux faces de ce régime, les Pink Fairies en veulent encore. Dégainant Uncle Harry's Last Freakout, comme Clint Eastwood sort son soufflant. Trois accords tordus, et c'est le coup de pied au cul du siècle. Le monte-charge psychotique, qui rigole au vent en bousillant joyeusement les glissières de sécurité. Plaisir de foncer dans la nuit, sans phares. Uniquement avec ce gros projecteur sur le devant. En martelant un message simple (apparemment inacceptable par la majorité) quelque chose comme «arrêtez de vous tirer sur la nouille, bougez-vous». En gros, des bandits de grand chemin attaquent la diligence. Pas de bol, non seulement la caisse de fric est vide, mais en plus on les ignore totalement. Trop radicaux, pas assez vulgaires, qui sait. Pour les Fairies, c'était l'abonnement direct à la troisième zone. Aux festivals bain de gadoue-stalags. Bien sûr qu'ils étaient à Wight, jouant sur un camion avec Hawkwind. Pour dénoncer l'arnaque. On les a aussi vus au tristement célèbre rassemblement de Weeley (satellisés par un LSD infernal). Et à Glastonbury. Là c'est pour la gloire. Parce que leur  album suivant (What A Bunch Of Sweeties,1972) est loin d’être à la hauteur. Sous une bien belle pochette une fois de plus, le groupe (augmenté de l'ex Move Trevor Burton) court dans tous les sens. Sans trouver vraiment la sortie, malgré le stellaire I Went Up I Went Down. Longue suite opiacée, filant comme l'eau sous vos yeux. Très vite, alors que rien ne semble bouger. Ça sent son disque bâclé. Et puis Paul Rudolph est parti, lessivé par la défonce à dose de plus en plus corsée. Pour faire du vélo. Si, si.

Son remplaçant fut un certain Larry Wallis, en provenance de UFO. Grande gueule, qui déclara d'entrée aux deux autres (pas vraiment clairs) que les compositions c'était lui désormais. On vous passera pudiquement le mal qu'eut Wallis à mettre ses glandeurs de nouveaux collègues au boulot, pour le nouvel album. Pas mauvais Kings Of Oblivion (1973) juste manquant de ce souffle primaire, qui vous envoyait dans le décor dès que démarrait The Snake (premier single).  De bonnes chansons à noter (Street Urchin surtout) et un petit monstre carnassier en la personne du turbocompresseur City Kids. Rafale d'accords absolument mortels, sulfatés jusqu'à ce que le sang coule. Et puis merde, les instrumentistes sont de haute volée. A force de se faire engueuler la rythmique assurait comme une grande. Sans compter que Wallis cramait les amplis avec science, même s’il m'a toujours donné l'impression d’être un sale con. Par contre ses vocaux puissants (classiquement rock) et acerbes lassent vite. Paul Rudolph chantait d'une voix embrumée, qui faisait se demander s’il venait de voir le diable ou Tim Leary, Dieu ou la brigade des stups, collant à merveille au climat général. Vous croyez que ça a marché ? Qu'ils ont piqué des parts de marché à Bowie ? Pas vraiment. D'autant que leur label les arnaquait largement. A ce jour, si le guitariste est crédité comme compositeur, il n'a jamais touché un rond comme ayant joué sur le disque. Vous avez bien lu.

Alors les Pink Fairies se sont séparés. Non sans avoir donné un concert d'adieu, le 13 juillet 1975. Excellent album que ce Live Roundhouse, sorti bien plus tard (1982). Seulement cinq morceaux au programme, deux originaux et trois reprises. J'ignore ce qu'ils avaient mangé avant de monter sur scène, mais ça catapulte dans tous les coins. Quand résonnent les premières notes de Waiting For The Man, on a tendance à vérifier si un bison ne frappe pas à la porte. Tout le fichu machin tient bon, encore et encore. Jusqu’à ce que Wallis sorte le fusil à  pompe, et les  chevrotines. Et là, le bonhomme se mérite son CAP de tueur inconnu. Avec grande croix en plomb, et mention spéciale six cordes en barbelés. Étonnant que, par la suite, les punks aient si peu revendiqué un tel héritage. Le coté hippie qui gênait le snobisme crêtu, probablement. Si la forme différait, le fond était exactement le même. Portez le bon uniforme avant d'entamer votre propre révolution. On a retrouvé nos vieux soldats en 1987 (album Kill 'em And Eat'em) à propulser du rock bien dur. Aux contours nettement délimités, plus de place pour les improvisations flamboyantes. Bien sûr c'était un peu triste, mais un vrai bonheur par rapport à ce qui se faisait autour. Même Mick Farren avait donné un coup de main pour les textes. Tant de talent offert à une époque de gagneurs sans scrupule. Le bide fut à la hauteur du mépris général. Vingt ans plus tard, des rumeurs ont bien filtré sur un concert de reformation. Sauf que Wallis était cloué par une sciatique. Lui que des tonnes de dope, des hectolitres de gnôle n'avaient jamais abattu, renonçait à cause d'un problème de santé. A l'hospice des vieux freaks, les Pink Fairies ont donc été admis. Espérons que de temps en temps, ils y sèment le bordel. Faisant résonner leur sono à l'heure de la sieste, et versant du LSD dans la tisane. On consultera avec intérêt l'excellent bouquin Keep It Together (sérieuse référence sur le sujet). Et on se méfiera des sous-produits live, qu'une main maléfique (Twink) a  fait surgir un peu partout. Ces atroces déchets sonores (comme l'épouvantable enregistrement de Weeley) sont un crachat permanent à la face (chevelue) du groupe. A sauver quand même Uncle Harry, collection intéressante (d'une qualité honnête) s'achevant sur le blitz nucléaire de Glastonbury. Quand les Pink Fairies semblaient activer un immense brasier, jetant les meubles par la fenêtre. Et gueulant bien fort, pour inciter la foule passive à rejoindre la grande partouze de l'apocalypse. Up the Pinkies.

Laurent

LIEN :

Never Never Land

Rock Underground / Pink Fairies - Légitime Défonce

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