Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Classic Rock - Marianne Faithfull - Broken English / Hématome

par lou 20 Mars 2014, 15:12

Sur la pochette Marianne baigne dans une lumière bleutée, tout en se protégeant les yeux. Seul son mégot rougeoie, façon signal d'alarme. Terrible le régime trop de clopes. La bouche brulée en permanence et les doigts jaunis. Le synthé de Stevie Winwood écorche deux accords, lâche un gloussement sinistre, et le travail de démolition commence. Il faut être plus que solide, presque immortel, pour survivre à l'enfer des Rolling Stones. Eux-mêmes n'en sont pas franchement sortis intacts. Alors une petite bourgeoise de la bonne société anglaise... Si vous avez lu son autobiographie, vous savez comment elle a traversé les années soixante-dix. Camée jusqu'à l'os, à attendre son dealer assise sur un bout de mur. Avoir vécu un peu (voire beaucoup) s'impose pour apprécier Broken English à sa juste valeur. Quelle ironie de balancer un tel paquet début 1980, alors que partout on s’apprêtait à stériliser. De mémoire, Ballad Of Lucy Jordan fit un petit succès dans le hit-parade d'Europe Un. Coincé entre les Buggles et Police. Le son merdeux d'un transistor a rarement été aussi perverti. Histoire d'une BCBG, réalisant un beau matin que son existence est inutile. Sommet tout en douceur des huit morceaux ici crachés. A la face d'un monde qui adore (et ne vit que pour) détourner les yeux. Alors que vous êtes sur le point de crever. Chancelant entre la merde et le vomi. Sur le carrelage disjoint de la cuisine. Le morceau titre met d'entrée les choses au point. Parfait pour intoxiquer les pistes de danse, avec son beat obsédant. La voix est cassée par les abus. Toute dégoulinante de hargne et de gnôle. Mais pas au point de mollir au moment crucial. Celui d’administrer un grand coup de tatane, à tous ceux qui mènent une guerre avant tout pour eux. Witche's Song est explicite, vive le danger, seul le côté obscur vaut le dérangement. Carnet de bord gribouillé entre deux galères, deux coups au moral. Et une vacherie définitive du destin. Boire du venin en guise de contre poison. Mordre le cobra avant de ressentir les crochets dans sa chair.  Instabilité permanente.  Se sentir coupable sans avoir rien fait. Simplement accusé d'exister. Donnez-moi le mode d'emploi de ma vie. Juste ça. Et je disparaitrai sous terre, sans rien demander de plus. Plein soleil dans une journée étouffante. Sur le trottoir, la populace est indifférente. Pas un coin d'ombre.

Working Class Hero, la grande naïveté de Lennon enfin débridée. Au cas où la leçon aurait (encore) du mal à rentrer, voici l'avertissement ultime. De l'école à l'usine, on te conditionne, mon gars. En quelque chose de malléable, manipulé par la télé et les curés. Pour aller plus haut, il faut d'abord apprendre à sourire. Les commissures douloureuses, ça rassure. Dernier morceau, dans une atmosphère d'apocalypse. Marianne travaille son mec au rasoir. Il s'est fait une petite salope, une conne occasionnelle. L'obscénité devient libératrice. Un joli rythme de reggae, pour contraster avec la dureté du propos. Le type en prend plein sa gueule. Sommé d'expliquer pourquoi (je cite) une raclure lui a pompé le poireau. En principe, les scènes de ménage sont à base de vaisselle qui vole, et de grands cris hystériques. Ici l’argumentaire se veut exhaustif, et le contexte purulent. Le pauvre guignol reçoit sa raclée au laser psychologique. Dans les décombres, l'auditeur émerge avec prudence. Et retire son casque, non sans avoir longuement regardé autour de lui. L'impression d'avoir croisé la route d'Attila, un jour de rage de dents. Un peu plus seul, un peu plus résigné. On range le disque avec précautions. Et on quitte la pièce l'esprit vide. En attendant de sortir la poubelle. Important la mission boite à ordures. Utile. Détermination à surnager, même avec des trous dans la coque. Broken English est un filtre maudit, la dernière décoction avant le grand trou noir. On y survit, certes. Mais quelque peu changé. Quand la malédiction se fond dans le paysage, elle entend rester longtemps en place. Vie de merde.        


Laurent

Classic Rock - Marianne Faithfull - Broken English / Hématome

commentaires

Haut de page