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DVD - Rolling Stones / Le modeste casse-croute des mendiants

par lou 25 Mars 2014, 16:00

Pan dans le dentier, un titre  provocateur et polémiste. Après avoir lu Fuzzine, le management des Stones va tomber de haut. Téléphoner à la rédaction, en jurant que oui, ça y est, Jagger est descendu à la cave. Demain (au plus tard) sera disponible (pas cher) une anthologie d'inédits en 25 volumes. Tout ça grâce à nous, on est vachement fier. Enfin, c'est comme ça que les choses devraient se passer. Si le monde était juste, bien fait, égalitaire, paritaire, non démagogique, conscient de l'importance d'une véritable mission rock and rollienne. Avec l'Archange Gabriel occupé à taper le blues, et les apôtres à la section de cuivres. Prenez Bob Dylan (pour évoquer un cas facile) il vient tout benoitement de sortir le dixième volume de ses Bootleg Series. Et chaque fois c'est la même chose, travail soigné, utile, dirigé avant tous vers les vieux fans. On applaudit. Tout en compatissant au sort du mordu des Rolling Stones. Obligé de faire le boulot lui-même. Puisque la caution officielle est aux abonnés absents. Occupée à recompiler les hits qui se vendent tout seul. Étonnez-vous que le petit peuple pousse sa gueulante, après. Mais je m'énerve. Et Charlie me trouverait bien éloigné de son flegmatisme habituel.

Cette fois-ci j'ai dans ma musette deux DVD, un dispensable et un pas mauvais. Assez vicieux, en tout cas, pour bien refléter le gratiné Barnum qu'est devenue l'affaire. Scène gigantesque, éclairages tellement sophistiqués qu'ils en sont ridicules, et pourquoi pas le marchand de saucisses sur écran géant. Terrifying (Atlantic City, 19/12/1989) sera donc celui à éviter. 27 chansons, presque trois heures de concert. Dont une bonne moitié jetable et inutile. Comme la mémoire est un piège impitoyable, j'avais un excellent souvenir de la diffusion télé de  l'époque. C'est aussi le rôle de l'orthodoxie de nous faire tomber de haut. En nous révélant que les hosties sont rancies. Et le vin de messe une atroce pisse d’âne. C'était à l’ère de la vieille VHS (cruellement tombée en décadence) et les Rolling Stones repartaient en tournée. Pour mieux fourguer leur dernier opus (vérolé par un son FM, qui leur allait comme des santiags à une vache) nommé Steel Wheels. Roues d'acier et couilles en or. 70 millions de dollars garantis, par un promoteur pas fou. Mais qu'on imagine bien, à l'entrée de chaque stadium, comptant les jambes et divisant par deux. Avant de reprendre une boite de valium, et d'aller voir le patron de la buvette. Pour lui expliquer que son pourcentage, il pouvait, comment dire, se l'introduire bien profond.  Donc, le petit groupe de Richmond (Kent) en formation tellement élargie qu'on n’en voit plus le bout. Trois choristes et une section de cuivres, d'abord. Pour mettre du lubrifiant dans la partouze. Qui, sans eux, ressemblerait au devoir conjugal d'un vieux et variqueux couple. Pépère en déroute, et mémère qui chope des crampes au premier virage. Deux claviers, ensuite. Le bon Chuck Leavell (ex Allman Brothers Band) base solide autant que boogie, liant la sauce avec goût. Face à une tête à claques (j'ai oublié son nom) ayant dû ressentir ses premières menstruations à l'écoute de Yes. Sa façon d'en rajouter dans le gras devenant horripilante sur Ruby Tuesday. Qu'il emplâtre façon éjaculation précoce de percheron. Et ces nouvelles chansons ? Limitées au minimum syndical (heureusement). Parce que c'est pas l'imagination au pouvoir. Tout juste les séquelles d'un groupe qui s'extirpait de sept ans d'engueulades. Et de quelques albums solos ignobles. Alors les petites dernières sont vaguement funky, totalement caricaturales, et carrément honteuses. A l'image de Jagger, ressemblant à un VRP. Le jogging consciencieux, et la gestuelle axée sur le CAC 40. Restent les autres, pour passer le temps. Charlie empêchant constamment la baraque de tomber. Bill (avantagé par le mixage, vieux satyre) dont c'est la dernière tournée. Qui en profite pour faire encore plus la tronche que d' habitude.      

Niveau expression faciale, il rappelle les menhirs d'Obélix. Sauf qu'il a culbuté beaucoup plus de  gonzesses. Les deux jumeaux à six cordes ? Pas de problèmes de leur côté. Keith fournissant même un des rares moments décontractés, quand on lui laisse chanter Can't Be Seen. Le coté outlaw de la chose en arrivant à presque sonner déplacé dans le contexte général. Sinon, ils vendent aussi du médiocre (Harlem Shuffle) et du franchement mauvais (Undercover Of The Night). Faites le compte du gâchis, et rabattons sur les restes. Vieilles preuves de noblesse des Majestés Sataniques, quand le monde tremblait. Et que la loi s’arrêtait au camion de matériel de ces messieurs. Où une légende (peut-être pas complètement conne) voulait que le dealer voyage dans une caisse. Les vénérables canassons des glorieuses batailles (contre la moralité et l'ordre établi, qui doivent encore en rire jaune) ont plutôt fière allure. Pour rester en-dessous de la ceinture, deux gigantesques pétasses gonflables se déploient au-dessus de la sono, pendant Honky Tonk Women. Des fois qu’on n’aurait toujours pas pigé le Radasse Blues. Bonne surprise à noter, Miss You (qui reste le médicament générique du lot) bénéficie d'une attaque hargneuse. Lorgnant plus vers le funk dur que vers le zigouigoui discobadadoum d'origine. Jagger se sentant, hélas, obligé d'en rajouter dans les vocaux de grande folle. Comme si on avait besoin d'une autre Arielle Dombasle. Et voici des invités. Déboulent  deux  membres de Guns And Roses. Oui, les guignols spécial adolescence boutonneuse,  et connerie assumée. Incapables de seulement retrousser un simple Start Me Up, pour  leur douteuse immortalité. Voici Crécelle (catastrophique vocaliste) se dandinant ridiculement (façon j'ai-des-fourmis-dans-mon-futal) tout en prouvant qu'on peut chanter plus mal que moi. Il suffit juste d'essayer. Et Mongolo (tout petit guitariste). Appliqué et discret (au point que tout le monde semble se foutre de sa présence). Pour (excusez du peu) un Salt Of The Earth, qui aurait surement préféré qu'on lui demande son avis. Avant de lui infliger une telle compagnie. Du coup, la complainte méprisante-nouveau-riche devient banale. Égarant sa causticité dans l'odeur des hamburgers. Exit les comiques troupiers (nettement moins drôles que les Frères Ennemis), place à Eric Clapton. Impeccable, Slowhand. Vraiment. Sa démonstration est sans bavures. Le vieux Little Red Rooster s'en dresse sur ses ergots négroïdes. Un des sommets du concert, si ce n'était l'incongruité d'entendre résonner un blues dans un tel lieu. Où les beaufs doivent ignorer jusqu'au nom d'Howlin Wolf. Niveau intégration, le candidat suivant n'est autre que John Lee Hooker. Marlou plus tout jeune, venu montrer à tous ces petits cons blanchâtres qui est le patron. On connait le numéro par cœur, mais on en redemande. Rien que pour voir les parvenus faire la pompe sur Boogie Chilen. Comme s’ils répétaient dans leur chambre. Tous derrière, et John Lee devant. Pour être exhaustif, on signalera que la nouba en question est aussi disponible sous le nom de It's Only Rock And Roll (cause toujours). Avec des angles de vue un peu différents. Et une interface qui marche chaque fois que les écolos français sont d'accord entre eux. De toute façon, le live officiel de  l'époque (Flashpoint le tristounet) n'a jamais brillé par son intérêt. Belle occasion de l’enterrer encore un peu plus. Les choses auraient pu en rester là. Mais, sursaut créatif ou ultime bandaison studio avant le repos forcé du calcif griffé, Voodoo Lounge prit tout le monde par surprise. Exit Bill Wyman, remplacé par un ex accompagnateur de Miles Davis (Daryl Jones). On ignore si cet apport de sang neuf avait aiguisé les appétits, mais la cuvée Stones 94 fut fameuse. Renouant avec l'esprit kaléidoscopique qui fit leurs meilleurs albums (et se perdit quand Mick Taylor prit la porte). Bien sur les rocks ne racontaient pas grand-chose de nouveau. Mais retrouvaient sans peine le chemin de la rectitude. Encadrés de belles chansons bien classes. Pas par des bouches trous, hésitant entre le lamentable et le totalement merdeux.

Fort logiquement, la scène s'en portait mieux. Canal Plus avait diffusé le beau concert de Miami, avec Bo Diddley en hors d’œuvre. Voodoo Lounge In New Jersey (14/08/94) la joue modeste (15 chansons) mais en a dans le pantalon. Not Fade Away en guise d'intro, ça peut aller ? Chouette version à réveiller le fantôme de Brian Jones. Et Tumbling Dice juste après. Fameuse seconde lame, tortillage de cul que Bowie se damnerait pour avoir écrit. Pour tout vous dire, la joyeuse troupe semble beaucoup moins constipée que cinq ans avant. A commencer par Jagger, remisant (le temps du show) ses calculs de rentabilité. Au profit d'une prestation énorme et soignée, laissant loin derrière tous les vétérans de sa promotion. Du coup, tout le monde prend son pied, porté par une basse qui claque épais. L’arrangement à tiroirs de Satisfaction a été sucré, qui en faisait trop dans le genre «amusons notre nombreux public». Et c'est Keith (solo hargneux) qui remet le vieil hymne sur les rails teigneux. La cérémonie est vaudou, après tout. Même si le prix du billet devait frôler l'indécence. Par contre, expliquez-moi pourquoi ils s'emmerdent la vie avec Shattered. Un titre dont l'aspect général m'a toujours rappelé Louis XVI. Surement le coté gros truc tout mou, charriant son inutilité avec la grâce d'un rot de Bérurier. Seul étron du lot, on s'en servira pour évaluer la brillance du reste. Surtout coincé entre You Got Me Rocking (pétulante nouveauté) et Rocks Off (on n'aura jamais fini de réévaluer Exile On Main Street). Autre innovation, Monkey Man. Qui coupe bien la moutarde pour sa première sortie officielle. Ron Wood dans tout ça ? Sérieux et concentré, en dépit de son permanent air ahuri. Presque (pas totalement, rassurez-vous) le pro de service. Comme quand on le voit, arqué sur une pedal steel guitar, accompagner The Worst, de son pote Richards. Un  morceau country très simple et émouvant, racontant l'histoire d'un jeunot qui colle au train d'un type beaucoup plus vieux. Et pas tendre. Le verdict est sans appel, casse-toi gamin, j'suis pas une relation pour toi. L'ovation est à la hauteur du dépouillement extrême de la chanson. On est soudain un cowboy sans âge, qui se trimballe sur un bourrin au cuir tanné. A la recherche d'un bon plumard, pour y étaler sa carcasse. Et tout seul, putain. Tout seul. Bref, ce concert là il vous le faut. Signalons la présence de Lisa Fischer, avant de fermer. Choriste de choc, et canon à damner un conclave de jésuites misogynes. Belle voix, et charmante exhibitionniste n'hésitant pas à déballer sa laiterie modèle sous le pif de Chuck Leavell. Comme on ne prête qu'aux riches, c'est vers Jagger qu'elle vient le  plus souvent se frotter. Brown Sugar ? Tu m'étonnes.

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