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BLUES - Robert Johnson / 1911 - 1938

par lou 29 Juillet 2014, 09:18

Il y a celle de Brian Jones, soucieux de parfaire la culture blues de son pote (pas pour longtemps) Keith Richards. Et lui faisant écouter Robert Johnson, un vrai luxe à l'époque. Pour s'entendre demander le nom du second guitariste. Plus tard, les Rolling Stones adapteraient Love In Vain sous un crédit d'auteur bidon. Et en feraient le sommet de Let It Bleed, album pourtant sévèrement ravagé. Effet boomerang, qui veut qu'un bluesman du Mississippi (totalement inconnu) ne pervertisse d'abord les buveurs de thé. Lesquels, en visitant leur ancienne colonie (sous des noms colorés comme Cream ou Led Zeppelin) répareront une flagrante injustice. Tout en n'oubliant pas de s'en mettre plein les poches, au passage. Satan n'avait pas prévu ce cas de figure, lorsqu'il a conclu son deal avec ce grand buveur-baiseur. Ton âme gamin, et tu seras le guitariste le plus influent du vingtième siècle. Jeune tu mourras, mais ta légende sera aussi flamboyante que ta musique. Ainsi fut fait. Dans le même genre de stylistes (s'appuyant sur ce qui existe déjà, pour graver leur génie au fer rouge sur les générations à venir) vous avez Charley Patton (normal), Van Gogh, Artaud (le bulbe torturé), James Brown, Miles Davis et Jimi Hendrix. Pas de la petite  promotion. Mais l'évidence est là, féroce et acharnée. La première fois (comme la millième) qu'un innocent entend Robert Johnson, c'est le grand huit. Cul par dessus tête on se retrouve. Impossible de comprendre si l'effet vient de la dynamique, de la façon de mêler voix et musique, de l'accordage... C'en est presque inquiétant, autant de talent avec si peu de moyens. Plus que de la musique (consommation courante) voici le manifeste d'un nouveau paganisme hédoniste. La parole d'un messie lépreux, contaminant à tour de bras.

 

Dans ces conditions, on se contrefout de savoir comment le bonhomme est réellement mort. Lessivé par le succès, c'est possible. Empoisonné  par une rombière jalouse, pour la littérature. Où, bêtement, de la syphilis (comme Baudelaire). Cette dernière option (la véritable raison) pour être la moins brillante, ramène un brin d'humanité dans une histoire trop romancée. Celle d'un gars qui a bossé sa guitare à mort, raconté une histoire bidon de pacte Faustien, et s'est retrouvé dépassé par ce que ses doigts produisaient. Sans se douter qu'il inaugurerait la mode du «je claque à vingt sept ans», très en vogue chez les rock stars des années soixante. Que n'aura donc pas inventé ce drôle de pistolet, pour se graver dans les esprits. John  Mayall (80 balais) tourne encore. Les Rolling Stones aussi. Et sûrement Clapton. Vous avez envie de voir ces ancêtres ? De cracher votre thune pour ces abonnés du bulletin mondain ? Courant (avec déambulateurs) après leur jeunesse, bardés de rides, de bides et de comptes suisses. Le blues fut leur fond de commerce. Ils en ont vécu, permis son essor, et espèrent bien que le public attendra sagement la sortie d'un nouveau DVD live. Un de plus. Cinquante ans que ça dure. L'héritage musical de Robert Johnson doit faire, quoi, trente ou quarante chansons. Des blues simples (relativement), mis en boite rapidement, dans un studio artisanal. Tapez dedans. En dépit d'un age avancé, vous allez vous démolir le poignet à cogner dans quelque chose d'aussi dur. D'aussi frais et  intemporel. Difficile d'en dire autant de Jagger, et de sa trogne de Dorian Gray mal repassé. Son marché intime avec le diable (sympathie pour) il en arbore les stigmates. Tel un christ qui porterait sa croix de trader, et voudrait faire la quête à l'entracte. Robert Johnson a inventé l'eau chaude, pour sa part. Sa source à lui défie l'éternité. De quoi devenir bienveillant en rencontrant Belzébuth à un carrefour du vieux Sud. Chronique approuvée par le bureau du blues de Sedan.

Laurent

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