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Classic Rock / Rod Stewart - Avant le gâchis

par lou 31 Juillet 2014, 08:30

Beaucoup de gens rigolent dès qu'on évoque le nom de Rod Stewart. On pourrait difficilement les blâmer, si ce n'est de manquer de discernement et d’érudition. Depuis le temps que l'écossais nous renvoie une seule et unique image. Celle d'un rupin décadent, se trimballant avec des gonzesses affolantes. Et usinant de temps en temps un tube miteux. On en entend aussi beaucoup déblatérer sur sa voix. Qui serait moche et sans intérêt. Là je recommande d 'arrêter le délire. D'urgence. Vous en connaissez beaucoup des vocalistes de sa trempe ? Qui d'autre peut se vanter d'avoir posé (en 1968, avant Robert Plant) le modèle du chanteur bluesy, gosier râpeux de clopes et de gnôle. Les vieux grognards citeront (avec un soupir de regret) Blues Deluxe sur le premier album du Jeff Beck Group. Et l'homme n'a pas toujours fait de la soupe commerciale, avec des airs de perruche prétentieuse. Loin de là. Pour qui a découvert Rod en 1978, avec son tube ultra opportuniste (mais finalement pas plus que Miss You), la révélation des bijoux Every Picture Tells A Story (1971) et Gasoline Alley (1970) est un choc de culture. Loin des outrances tocardes, les deux albums affichent sobriété en maître mot. Beaucoup d’acoustique au menu, de belles chansons où le débraillé n'existe pas encore. Le tube (Maggie May) ne se contente pas de tapiner, avec son coté réaliste et blême. La reprise d'Elvis (That's Allright Mama) s’avère prodigieuse. Astiquée d'une slide guitar, qui sonne comme si elle avait avalé trop vite un chili con carne. Et puis il y a ce grandiose flash, où Rod Stewart transcende tout, en s'attaquant au traditionnel Amazing Grace. Avant de se sortir les tripes sur du Bob Dylan et du Tim Hardin. Il apparaît alors comme un artisan méticuleux, beaucoup plus à l'aise sur les tempos moyens que sur les moments endiablés. Preuve en est donné par sa version de It's All Over Now, qui patauge à vouloir surclasser celle des Rolling Stones. Comme si le swing de mauvais garçon n'avait pas sa place ici. Cerise sur le gâteau, il y aussi une noisette des Small Faces (My Way Of Giving) à donner des frissons, tant elle est maîtrisée. Même la ballade signée Elton John (qui harmonise discrètement) en a dans le calbute. Arrivant à communiquer un feeling bien rural et terrien.

Quand on connaît la suite des événements, l'exploit est à noter. Il faudra attendre 1986, et People Get Ready (avec Jeff Beck) pour retrouver le chanteur aussi angélique, autant que pas (pour une fois) pressé d'en finir pour aller faire la bringue. Pour les curieux (et les archivistes du blues anglais) pas question de passer à coté de la compilation 1964-69, par contre. Ou les années formatrices de Rod The Mod, quand il apprenait son job avec Long John Baldry et Brian Auger.   Au départ la voix se cherche, totalement sauvage et incontrôlée. Dans un contexte basique autant que goûteux, sentant bon les clubs enfumés. Et le répertoire des maîtres américains. En témoignent deux interprétations de Bright Lights Big City, qui décoiffent sérieusement. Curiosité, une paire de titres sont enregistrés avec John Paul Jones, dont un étonnant Good Morning Little Schoolgirl. Peu à  peu le gosier devient discipliné, et le pro tatillon se profile. Ce qui n’empêche pas des instants magiques avec Steampacket ou PP Arnold. Autant que, globalement, un bon et long moment de plaisir simple. On évitera tout de même Shock Treatment, sorte de tentative psychédélique, parfaitement idiote. Et les morceaux avec les frères Art et Ron Wood, bardés de gros riffs, qui échouent à sortir de leur carcan électrique. Excellente initiative que ce disque, pour un pan peu connu du rock anglais. Mais l'objet est dur à trouver. Comme si les lettres de noblesse de Rod Stewart devaient se mériter. Tant il s'est souvent conduit en rustaud arriviste.

Laurent

LIEN :

Gasoline Alley

Every Picture Tells A Story

Classic Rock / Rod Stewart - Avant le gâchis

commentaires

Richard Warlus 04/09/2014 21:09

Lui aussi c'est un bon... lorsqu'il faisait du rock.

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