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JIMI HENDRIX - Bleu d'outre tombe

par lou 3 Octobre 2014, 10:08

Quand Jimi Hendrix a remballé sa guitare pour de bon (le 18 septembre 1970) il était sans illusions sur le sort réservé à son œuvre. Mais certainement pas en paix avec lui même. Éternel insatisfait, le guitariste accumulait les prises de studio, constituant ainsi un véritable empire de bandes magnétiques. Manne céleste, propre à aiguiser bien des appétits. Cry Of Love vit sa parution hâtée par le décès du musicien. Le rab de titres étant dispersé un peu partout. L'ensemble voyant le jour, bien longtemps après (sous la forme voulue par Jimi) sur la compilation First Rays Of The New Rising Sun. De nos jours la technologie permet presque tout. En témoignent les albums où Hendrix joue, accompagné par des requins anonymes. Le résultat est au mieux (Crash Landing) curieux. Au pire abominable (Midnight Lightning). Derrière cette entreprise charognarde, un certain Alan Douglas. Le même qui a fait retirer Rainbow Bridge du commerce. Parce qu'il estimait que l'esprit original y était trahi. L’hôpital qui se fout deux fois de la charité. Ensuite, les vannes se sont ouvertes avec le ludique Jimi Hendrix Concerts (1982). Et un torrent à l'aspect incontrôlable a jailli d'un coup. On perdrait la raison à comptabiliser les anthologies et autres coffrets parus ces dernières années. Tout cela se vend bien, et rapporte gros. Si la méthode est puante, elle maintient (c'est important) l’œuvre du gamin de Seattle dans la lumière.

À la question de savoir ce qui est VRAIMENT indispensable dans tout ce fatras, une réponse prudente sera «si peu de choses».  On a trop connu de cons gratteurs («j'en ferais autant si j'avais le même ampli»). Ou de snobs («c'est pas moderne ton truc»). Pour ne pas se réserver un pré carré. Bardé de souvenirs, où la musique du Voodoo Child a souvent servi à épancher les coups durs du destin. L'objectif sera donc de citer UN indispensable, parmi tout ce maudit héritage. Descendant décent des cinq premiers albums. Pas un live (trop simple, et le duel à mort entre les BBC Sessions et le coffret Stages s'annonçait sans fin). Un disque studio à la fois solaire et lunaire. Qui ait la force des débuts. L'envergure et la brillance de comète défoncée, aussi.

Je dis Blues (1993) dans ces conditions. Précision importante, il y a bien longtemps que la musique de Jimi Hendrix n'a pas tourné dans mes oreilles. À chaque fois, j'ai besoin d'un temps d'adaptation pour y retrouver mes marques. Trop complexe pour être superficiellement abordée. Des milliers de portes offertes, mais une unique clé. Jusqu'à maintenant, seul Jeff Beck (Wired) m'a joué le coup des profondeurs abyssales. Led Zep et Johnny Winter ont failli réussir,  mais n'allaient jamais jusqu'au bout du sabotage sensoriel intégral. Miles Davis ferait un bon challenger, mais boxait dans une catégorie bien particulière. Et arrêtez de me faire rire (mourir d'ennui  ?) avec les onanistes modernes. Ces types astiquent leurs manches à la vitesse de la lumière, certes. Mais à part ça ? Rien. On est d'accord. Donc Blues. Une évidence. Tant le répertoire Hendrixien (jusqu'à dans ses moments les plus frappés) n'a jamais prétendu à autre chose qu'à être une vision dantesque du vieux douze mesures. En guise d'entrée et de dessert, deux moutures de Hear My Train A Coming. La première (décembre 1967) est acoustique, servie sur une douze cordes, pour le film About Jimi Hendrix. Blind Willie Mc Tell n'est pas loin, qui rigole dans sa tombe. Et là, j'entends de la rébellion dans l'assistance. Vous voulez du remixé par Néron, de l'incendie grave et permanent. L'esprit puriste, rien à secouer. Elle est pourtant chouette cette chanson. Prouvant d'entrée la force et le caractère du bonhomme, une fois débarrassé de son armure électrique. Alors, les râleurs se feront les dents sur l'autre version, un Golgotha électrique capturé à Berkeley (Mai 1970). Entre les deux des reprises (Muddy Waters ou Albert King) histoire de bien fixer les racines. Respectueuses du fond, mais pas du tout de la forme. Et des prises alternatives, donc. Pas du fond de poubelles indigne (ça change un peu) mais du diamant brut. Comme ce Red House, uniquement paru aux USA sur le second pressage du premier album (ouf). Beaucoup plus décontracté que la «vraie» version. Et encore, précipitez-vous sur la même (miraculeusement jazzy) rebaptisé Electric Church Red House.

Robin Trower en pleurerait de jalousie. Stevie Ray Vaughan s'en serait coupé les mains de confusion. Le semi inédit Once I Had A Woman ? une mise à mort complète et totale de la concurrence (Cream y compris). Rien que pour la partie de Wha Wha. Celui-ci était paru à l'origine sur l'atroce Midnight Lightning, mais on le remarquait à peine dans la pestilence ambiante. C'est enchaîné avec une merveille soyeuse (Jelly 292) qui résonne comme le coupage de sifflet du siècle.   Et Bleeding Heart, alors ? Présent aussi, dans une interprétation (studio) brève, certes. Épaisse comme un éternel chagrin, qui taraude du soir au matin. On est plus habitués à la torrentielle version du Royal Albert Hall (24/02/69) dont le DVD (officiel) finira bien par sortir avant la fin du millénaire. Albert Collins affirmait que Jimi jouait psychédélique, et rien d'autre. Soit on peut être un maître de la Telecaster, et souffrir de surdité (ou d’ego hypertrophié) soit mon papier est basé sur une fausse idée. Blues est passé en boucle depuis hier. Et j'ai pris un pied d'acier, sans jamais me sentir trahi ou escroqué. L'actualité n'attendant pas, voilà qu'un DVD s’annonce en  fanfare. Hear My Train A Comin qu'il s’appelle. Comme d'habitude, on nous promet des merveilles d'images inédites. Ce sera donc (bâillements) le cortège de-gens-qui-ont-approché-Jimi, chacun y allant de son petit commentaire/laïus rituel. Pour essayer d'aborder l'histoire d'une façon originale. Bon, effectivement on a vu pire (bien pire) mais l'effet de nouveauté étant depuis longtemps éventé, quel intérêt ? A la limite, il est carrément démoralisant de subir ces grands anciens, auquel le temps fait si peu de cadeaux. Stevie Winwood, Dave Mason (ultra bouffi) ou Billy Cox ont dû méchamment se la donner dans leur jeunesse. Le prix à payer fait peur. Coté surprise (bonne) il y a quelques beaux instants du festival de Miami (1968) avec Michael Lang en maître de cérémonie. Ne pas manquer la séquence (non sous titrée) où un journaleux (superbe tronche de shérif du sud Alabama) lui demande si tout ça n'est pas un complot communiste. Rayon arnaque, il est conseillé de hurler devant les deux autres concerts (New York et l'ultime apparition scénique de Jimi, en Allemagne). D'autant qu'on a le culot de nous prévenir de la qualité inférieure (le mot est faible) des bandes. Toujours assez bonnes pour être vendues, en tout cas. Quand au livret, c'était sans doute trop demander. Les distingués Hendrixophiles (race de casse-couilles) vont sûrement me prouver que j'ai tort, du haut de leur science. En attendant, offrez vous Blues pour une approche globale (mais pas exhaustive) de l'infini.

Laurent

JIMI HENDRIX - Bleu d'outre tombe

commentaires

les cafards 19/10/2014 11:30

arrivé ici presque par hasard (en fait, une recherche sur Amon Duul avec un article excellent au demeurant sauf que moi j'adore l'album Vive la Trance - nul n'est parfait) on reviendra ici

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