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French Folk : Jean Pierre Danielsen/Sourdeline - Que du bonheur

par lou 13 Novembre 2014, 11:18

On aurait pu (c'est tendance) vous casser les pieds avec Valérie T. et son bouquin tout pourri. Il nous a paru (noblesse oblige) un brin plus intéressant de parler du troisième Sourdeline. Si si «le troisième Sourdeline». Plus de trente après leur dernier album, nos copains folkeux remettent ça. Sourdeline And Friends est une chose magnifique, d'entrée il faut le dire, au moins pour terrifier les Cassandre du nouvel ordre mondial. Redoutable s’avère la parole des prophètes médiatiques en carton. Pour convaincre le troupeau que tout (TOUT) ce qui a plus de quinze jours d'age est, dans l'ordre, ringard, dépassé, jetable. Je suis donc en voie de fossilisation express, mais ce nouveau disque, je vais me le repasser souvent. Comme en ce dimanche matin de fatigue et d'insomnie. J'ai dormi trois heures, mais du bonheur pur sort de la sono. Et je plains presque les cons bruyants qui, dans le lointain, s'abrutissent de fumée et de moteurs puants. Finalement, il s'est passé si peu de choses depuis tout ce temps.

 

Fuzzine :Donc un nouveau Sourdeline. Comment est venu le projet ?

Jean Pierre Danielsen : Après la réédition de nos deux premiers albums par Guerssen nous avions eu le projet (avec Margaret Ayre, de Fern Knight) de faire quelque chose ensemble,  mais ça n'avait pas abouti. Il y a un peu plus d'un an et demi,  j'ai été contacté par Folk Police Recording pour un nouvel album, en compagnie des musiciens de Fern Knight. Malheureusement, quand tout a été terminé,  le label avait disparu. Enfin, grâce à Roger Linney Reverbworship,  le disque a pu enfin être édité.

F: Doit on parler de reformation franche et massive (et rentable) ou d'une réunion occasionnelle autant que constructive ? En tout cas, le disque ne sent jamais une quelconque nostalgie.  

JPD : Un peu des deux. J''espère bien bien qu'on pourra organiser une tournée Sourdeline/FernKnight. Et peut être un prochain disque ensemble. Mais je ne pense pas que ce soit un jour rentable (sur le plan financier , du moins) il nous arrive aussi de faire quelques concerts en duo Catherine (Burban) et moi. Il n'a jamais été question de nostalgie bien au contraire mais plutôt de reprendre là où nous étions arrêter il y a tente ans , avec l'expérience en plus.

F:  Qui sont les «friends» du titre ? Comment s'est réparti le travail ?

JPD : Tout d'abord il y a Jean Pierre Dallongeville, l'un des membres fondateurs de Sourdeline, qui a chanté sur deux titres. Nous aurions bien aimé qu'il en fasse plus,  mais pour de raison de santé il n'a pas pu participer à l'ensemble du disque. Mon fils Dorian, avec l'aide d'un de ses amis (Sébastien Gorvel) a réalisé l'ensemble de la partie percussion. Margaret Ayre au violoncelle et au chant. En plus elle nous a offert une de ses composition (White Wolf).  Superbe chanson, que nous avions déjà travaillé ensemble pour notre premier projet de collaboration. Il y a aussi son mari (James) pour la percussion du dernier morceau. James Wolf (autre membre de Fern Knight) a assuré toutes les parties de violon, sa participation a été capital à l'ambiance du disque. Notre ami Eric Guilleton  (auteur compositeur et guitariste) est venu chanter sur Pierre de Grenoble. Et enfin Michel Costandi nous a apporté son beau son de contrebasse sur Au Roc D'anglars. Dans un premier temps, avec Catherine, nous avons enregistré les bases de chaque chanson. A partir de là mon fils a enregistré la partie percussion, puis retour à l'envoyeur. Et en route pour Washington, où James et Margaret ont à leur tour enregistré leurs parties. Enfin tout est revenu chez moi, et j'ai fait le mixage.  En fait je ne connaissais les gens de Fern Knight que par Internet. Nous nous sommes rencontrés pour la première fois en Octobre de l'année dernière, alors que le disque était terminé. Je n'ai donné aucune indication,  préférant laisser chacun des musiciens jouer ce qu'il lui semblait convenir.


F: Je trouve l'ensemble du disque plus folk acide que traditionnel, avec des ambiances parfois orientales. D'accord ?

JPD : C'est en fait l'idée de départ : reprendre le répertoire de Sourdeline en lui donnant un son diffèrent. Un peu plus moderne. En profitant de l'apport de nouveaux musiciens plus jeunes que nous, qui avaient leur propre parcours musical.  Certaines touches un peu orientalisantes existaient déjà dans nos disques précédents, nous avons juste un peu accentué cette tendance.

F: Quelle a été ta première réaction à l'écoute de l'ensemble terminé ?

JPD : J'ai été, et je reste très content du résultat. Ce disque correspond bien à ce que je souhaitais au départ. J'en profite pour remercier tous ceux qui ont participé à cet enregistrement sans leur générosité, leur enthousiasme, et bien sur leurs qualités musicales rien n'aurait été possible. Jusqu'à présent je n'ai eu que de bons retours. Je pense que ce que nous avons voulu faire a été bien reçu. Nous avons déjà eu de bonnes critiques dans plusieurs blogs musicaux anglais, et dans la page Art et Culture du Huffington Post, édition U.S.A.

F: Certaines chansons sont des «suites de». Vous étiez insatisfait des premières versions ?

JPD : Non nous n'avons pas travaillé dans cet esprit. Quand nous avons recommencé à faire quelques concerts en duo, nous avons repris les chansons de l'époque Sourdeline que nous préférions. Et c'est à partir de ce répertoire que nous avons conçu le disque. Mais il est vrai que si aujourd'hui nous avions à faire nos deux premiers albums, ils seraient tout autre. Certains morceaux n'y figureraient pas, l'orchestration serait différente ainsi que le mixage. Mais à l'époque nous n'avions eu que trois jour de studio pour le premier disque, et une semaine pour le second. Alors que pour Sourdeline & Friends j'ai travaillé chez moi, en bénéficiant d'un matériel infiniment plus performant que celui dont nous disposions à l'époque.

F: Parles nous du morceau «Dors mon petit», les paroles sont limite cruelles.

JPD : C'est une berceuse en provenance de Bretagne, que j'ai trouvé dans l’Anthologie des Chants Populaires Français. Si la musique correspond bien à une berceuse les paroles sont assez étranges et effectivement cruelles : “ta mère elle est danseuse, ton père est un buveur” ou “donne moi une pierre et je t'assommerai”. C'est justement ce décalage entre la musique et les paroles qui nous a toujours plu car nous faisions déjà cette chansons dans les années 70.

F:  Si j'ai bien compris, l'album (édition limitée) est  uniquement disponible sur le site Reverb Worship. Il va y avoir de la frustration au rendez vous.

JPD : Ce n'est pas ce qui était prévu au départ. Mais j'aime bien ce petit label Reverb Worship. Il produit des artistes que j'apprécie beaucoup, en particulier “Hare and The Moon”. La première édition a été vendue en une dizaine de jours, mais une seconde vient de paraître. Pour la suite je ne sais pas. De toute façon notre notoriété n'est pas telle que nous puissions vendre des milliers de disques. Ce que je regrette c'est qu'il n'y ait pas de parution vinyle, il y a de la demande pour çà. Je verrai ce que je peux faire.

F: Avec le recul, que dirais tu au jeune toi même, si tu le rencontrais ?

JPD : Si je rencontrais le jeune moi-même ? La situation serait certainement angoissante. Je lui dirais d'être plus exigeant envers lui même et envers son travail. De ne pas se contenter trop vite de ce qu'il a fait.  Aussi de trouver un métier sérieux et d'arrêter de faire le saltimbanque. Mais le connaissant bien,  je crois que je ne lui dirais rien car de toute façon il n'écouterait pas mes paroles.


F: Imagines que tu vives dans un pays socialiste qui ignore les intermittents, câline le MEDEF et stigmatise les demandeurs d'emploi, tu croirais encore aux politiques ?

JPD : D'abord je n'ai jamais eu une confiance illimitée dans les hommes politiques, après tout ce ne sont que des hommes. Et j'ai  l'impression que de nos jours les gens les plus compétents honnêtes et dévoués ne font plus de politique. D'un autre côté il ne faut pas tomber dans le délire “tous pourris”, on sait trop bien où ça peut mener. Que l’on ne parle pas du MEDEF, cette bande d'arrogants donneurs de leçons. Avec eux c'est toujours de la faute des autres: les 35 heures, le cout trop élevé du travail, le manque de compétitivité et je ne sais quoi d'autre, mais jamais ils n'ont été capables de se remettre en cause . Peut être que leur choix industriels ou que leur politique commerciale ne sont pas bons, que leur compétence est limitée. Depuis des décennies ils pratiquent une politique de profit à court terme sans investissement sur l'avenir. Ils n'arrêtent pas de nous montrer l'Allemagne en exemple. Il y a trente ans le cout du travail y était supérieure à la France et les conditions sociales équivalentes mais peut être bien que le patronat était plus dynamique et plus visionnaire.

F : Que t’inspire ce monde cupide, qui passe son temps à s'entretuer ? La musique ne semble plus adoucir les mœurs.

JPD : On dirait que tu as gardé le meilleur pour la fin.  Il y a des matins où je regrette d'avoir allumé mon poste de radio. Des femmes et des enfants morts sous les bombes, des journalistes décapités quasi en direct sur Internet, des guerres un peu partout, des épidémies… Et je ne parle pas de ce système économique insensé qui est en train de mener le monde à sa perte.  Le pire c'est que parfois je me dit qu'il n'y a plus rien à y faire et que l'on ne peut plus que constater ce naufrage.Désolé de clore cet entretien sur une note si pessimiste, car j'espère malgré tout que le monde va se reprendre. Mais je ne crois pas que la musique y pourra grand chose.

Entretien mené par Laurent


https://soundcloud.com/folk-police-recordings/sourdeline-and-friends

French Folk : Jean Pierre Danielsen/Sourdeline - Que du bonheur

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