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Blues Rock - Paul Kossoff / Back Street Crawler - Survivre

par lou 6 Janvier 2015, 11:02

Sur la photo de Live Croydon Fairfieds Hall, un jeune type vous toise, en distillant un franc malaise. L'air maladif, ou contrarié. Les yeux expriment quelque chose de définitivement brisé.  Comme ce pli d'amertume, au coin de la bouche. Impression d'une souffrance psychique intense. Pas le coté dandy paumé de Nick Drake, bien plus fatigué. Paul Kossoff (1950/1976) appartient à la catégorie des héros maudits. A ce titre, il a payé sa courte vie un prix épouvantable. Pour pouvoir distiller la foudre sur sa Les Paul. La légende veut qu'il ait été tellement détruit par la dope que, en tapant dans un ballon, il se soit bousillé un pied. Mettons les choses au point, Free est le groupe favori d'un tas de gens. Mais pas le mien. Incapable d'exploser vraiment, de vous coller la cervelle au mur. Leur chanteur surtout, est un des vocalistes les plus surestimés, inexpressifs et pommadés qui soient. Souvent comparé à Rod Stewart ou à Maggie Bell (laissez moi rire) Paul Rodgers fait en général l'unanimité. C'est pourquoi ce papier le traitera d'entrée de constipé du gosier, pour se concentrer sur Paul Kossoff. Question de sympathie pour les perdants ? Probablement. Quand on sait de quoi était capable Koss (Mister Big) pas de temps à perdre avec un intérimaire chez Queen (la honte totale). Bon, je viens encore de me faire des amis. Adressez vos lettres d'insultes à la rédaction, qui transmettra. Donc une guitare, un ampli, et un petit bonhomme esquinté. Par les traumas de son enfance, et le succès arrivé alors qu'il était encore très jeune. Logiquement, voilà la trame d'un bon blues.

Le groupe sera Back Street Crawler, en concert à Croydon le 15/06/1975. Formation solide, avec chanteur qui copie trop Robert Plant. Et une rythmique sonnant bizarrement comme celle de Rock And Roll Animal. Mais pas folle au point de s'y croire. Le tempo reste mesuré, et tout ceci n'a qu'un raison valable d'exister, mettre le guitariste en valeur. Aller le chercher avec des morceaux sympas (sans génie) l'obliger à se sortir les tripes. Le trainer sur sur le devant de la scène. Et le laisser mettre le feu. Certains en profiteraient, pousseraient les Marshall à fond, et écraseraient les copains (les larbins) de leur petit pouvoir de connards diplômés. Mais il y a un monde entre un être aussi versé dans la douleur que Paul Kossoff, et disons Ted Nugent. Alors on subira le clavier, avec agacement. On guettera (agacé par le son pas génial) les riffs râpeux. Comme on cherche la lumière dans un tunnel. Entendons nous bien, avec un soliste banal ce disque n'aurait rien à dire. Les six cordes le font vivre, respirer, le tiennent à bout de bras. Tout ça reposant sur des épaules bien fragiles. Celles de Koss, qui hésite longtemps à s'aventurer en terrain découvert. Flaire longuement dans le sens du vent. Et d'un coup, vlan, se décide à lâcher le napalm. Huit ou dix notes crépitantes (que le batteur est infoutu d'exploiter). Vous l'avez bien vu ? Trop tard, il est retourné à l'abri. Son prochain passage est incertain. D'autant que déboule une section de cuivres. Bienvenue, d'ailleurs. La sauce reprend des couleurs. Et revoilà la guitare. Torturée à  mort, vibrée d'une main d'acier. Toujours aussi peu portée sur les discours interminables. Mais sciant les morceaux en deux, façon grand requin blanc qui aurait la dalle. D'un seul coup, une chanson banale se retrouve avec un surin entre les épaules. Le sang lui coule dans le cou, et sa vue se brouille. Pendant trente miraculeuses secondes, quelque chose de grand se passe. On oublie le vocaliste si limité, et le bassiste à coté de ses pompes. Instants douloureux. Comme si le médiator vous raclait le système nerveux. Conscience collective, suscitée par un seul musicien. Foutu sens de l'honneur, transcendant la poisse et la came, pour écorcher encore une fois les notes magiques. Allez Paul, t'es vivant, tu peux encore  te cramer les doigts, devait-il se dire. Fragments de gloire non usurpés, d'un géant à la recherche d'un véhicule digne de lui.

Laurent

LIEN : Album

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