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Classic Rock / Carlos Santana - Caravanserai : La Longue Marche

par lou 9 Janvier 2015, 11:04

Ah, ce bon Carlos Santana.  Depuis le temps qu'il nous mouline des disques ringards, on finirait par oublier qu'il  fut autre chose qu'une attraction exotique. En provenance directe d'un bled mexicain, dont plus personne n'est capable de citer le nom. La dernière fois que je l'ai entendu à la radio, il avait un genre de tube, moitié rap-moitié soupe passe partout. Laissant totalement dans l'ombre l’impressionnant guitariste, à la sonorité si caractéristique. Pour moi, les puristes vont hurler, Santana c'est essentiellement l'été 1976. La grosse canicule, et Europa qui tombait du transistor avec régularité. Ou One Chain, deux ans plus tard. Exercice disco funk, qui sauvait Inner Secrets de la médiocrité FM la plus absolue. Donc, on peut très bien vivre en ayant si peu donné pour une cause aussi risquée. Avec un bémol, toutefois. En 1972 (pas hier) les pièces d'un miraculeux puzzle se sont, brièvement, mises en place. Brutalement, l'anode a consenti à ficher la paix à la cathode. Et Caravanserai (album capable d'en remontrer à Jeff Beck) est sorti du bois. Sans s'occuper du nouveau costume de Bowie, ou du prochain triple live de Jerry Garcia. Armé de sa seule grâce.

Impossible d'échapper à l'énorme lune, qui écrase la progression de la caravane. Ambiance mystérieuse. Comme si les vaisseaux du désert transportaient (allez savoir) quelque trésor. Ou n'étaient que le délire d'un esprit enfiévré par la soif. Tout commence lentement. Des grillons tissent un tapis très doux, auquel répond un saxophone bien rauque. Monté en un crescendo diabolique,  est le genre d'album incapable de vous ficher la paix. De se faire oublier dix secondes. D'abord, par la qualité des compositions. Fini d'avoir uniquement un prétexte à écouter le guitariste. La production tient tout le monde en laisse. C'est une contrebasse qui rythme la marche. Deux accords hésitants, repris un ton plus haut. Derrière, ça percute déjà ferme. Personne ne louvoie, trop  occupé à suivre la piste. Insistance de la quatre cordes, plus serré bordel. Et on passe la seconde. Esquisse d'un thème, incision dans la chair, contours bien délimités. Deux guitares se répondent désormais. Communiquant dans le vent chaud, réduisant la taille de l'immensité sablonneuse. Premier break. La basse de Doug Rauch s'installe dans le fond du décor. Et le clavier en veut aussi. Économisez vos forces les gars, on n'est pas au bout. Milieu de première face, le groupe ronfle comme un diesel. La gratte de Carlos commence à s'énerver. Brièvement, mais puissamment, elle pousse des coups de gueule convulsifs. Toujours au bon moment, jamais trop longtemps. Et puis un nouveau thème surgit des cordes rougeoyantes (qui n'est rien d'autre que le prémisse d'Europa). L'étoile machin guidait les Rois Mages, un soir de cuite. On est là au meilleur d'un instrumentiste, qui s'est si souvent trompé de tarmac. Fatigué de cheminer, les hommes et les bêtes durcissent le ton. Le groove arrive de loin, en plusieurs fausses rentrées, allant déchirer le ciel pour provoquer l'orage. Mais Albert Simon est aux abonnés absents, et c'est une rafale de clavier écarlate qui trouve la faille. Grosse cascade de percussions, sur fond de catastrophe en suspens. Ils ont paumé le bidon de flotte ? Ah, un voile de brume se déchire. Le but est proche maintenant, on peut commencer à jubiler. Mais avec classe, pas comme une bande d'ivrognes en goguette. Le sang est pompé au cerveau par la guitare. Et le clavier punaise des perles sur le carnet de bord. Même pas fatigués ils en gardaient sous le pied, pour un final explosif.

Chef d’œuvre méconnu, noyé dans une carrière gâchée, Caravanserai (comme tout les grands albums) exprime le meilleur de lui même, à l'aune de son âge. Avec une façon de s'arracher les tripes, qui rappelle plus d'une fois la force urbaine de LA Woman. Union quasi satanique de lyrisme idiosyncratique et de nerfs d'acier.  Pas une seconde d'ennui, pas une note de travers, dans le milieu de la cible tout le temps. Alliant intensité et modestie, comme rarement groupe l'a su faire, ce disque de Carlos Santana est un ravissement permanent. Une ode calorifique, dynamitant joyeusement les affres spirituelles de son acteur principal. Maintenant, s'il pouvait seulement se souvenir de la recette, on lui pardonnerait facilement tout le reste.


Laurent

Lien : Song Of The Wind

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