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Le Grand Complexe (3) - The Boots / La Résilience

par lou 22 Janvier 2015, 11:26

Si j'avais eu un groupe dans les années soixante ? Ah mon bon monsieur, quelle bamboche permanente. Fringués comme Action ou Creation, on aurait été. Toujours à la recherche des dernières innovations sonores, en guise de crédo. La Phrance serait devenue rapidement trop étroite pour notre génie. C'est en Angleterre qu'il aurait fallu aller, pour bosser avec des techniciens à la hauteur. Des types capables (enfin) de capturer mon super jeu de wha wha (grosse influence sur Clapton, Beck et Page) flamboyant et sauvage. Nos deux albums seraient collectors (ben voyons), régulièrement cités en exemple. Et la séparation serait intervenue juste après Mai 68. Alors que notre single «Sous les  nouilles, le fromage» s’apprêtait à faire un carton. Ceci est  la version dite du bourrichon bien monté. Plus prosaïquement, un groupe (ensemble compact, pas Machin devant, et les larbins en retrait) français (sens réducteur) devait composer avec des facteurs autant culturels que contextuels. Imposer des idées nouvelles à un public potentiel. Que tout (parents, médias, tradition) détournait des intentions du blues aux amphétamines. À plus forte raison si hurlé en anglais. Entre la mère Michu (commère de choc) et le père Laberlue (20 rosés limonade par jour) aucune chance si vous sortiez un minimum des clous. Une seule solution, serrer les dents. Et une fois extrait du magma, signé sur un label sérieux (ou presque) le pire reste à venir. Tout un lot de gigs miteux, contrats foireux, et autres compromis à avaler tout rond, pour enfin enregistrer. La liberté artistique restant une utopie. Et la radio une grande salope couchant avec le premier venu. Il est intéressant d'examiner les traces d'un groupe qui bénéficie d'une grosse réputation. Et dont les disques (en l’occurrence quelques singles) valent cher. L'un étant inexorablement imbriqué dans l'autre.

Ce sera les Boots, à ne pas confondre avec leurs homologues allemands. Qui avaient loupé en beauté leur second album. Donnant dans une sauce baroque, après une première livraison décapant le garage. Ailleurs c'est pas forcément tout rose. Précisons (sait-on jamais) que l'objet de l'article est simplement un constat. S'abritant derrière des faits, et pas des concepts inexistants (la production). Donc Tout Va Bien (c'est pas moi qui le dit) une anthologie en vingt titres. Avant d'investiguer plus loin, signalons que Robert Fitoussi (bassiste) est le seul à s’être illustré par la suite. D'abord en remplaçant Jo Lebb chez les Variations, puis en montant le duo King Of Hearts avec Marc Tobaly. L'homme est aussi derrière Words (tube pourri des 80's) sous le pseudo de F. R. David. Mais revenons à 1966. Ronnie Bird (dont le soliste officie chez les Boots) ayant placé la barre assez haut, il s’agissait de faire vraiment fort. Force est de constater que, d'entrée, se dégage quelque chose entre respect et sympathie. Pratiquement pas d'horreurs tirant sur la variété, mais un ensemble assez compact. Donnant à l'occasion dans le commentaire social. Écoutez Sont Ils Indécents, mise en boîte des vieux cons, par exemple. Certes on voit les influences (le folk souvent, ou les Rolling Stones pour les trucs qui chauffent). Mais les Boots en font (presque toujours) un usage intelligent. Et ne sont jamais meilleurs qu'en restant basiques. Dès qu'un piano se glisse dans la boutique, il fout tout en l'air. Voir Vingt Ans et surtout Twen. Ce dernier se veut  une solide raclée à la Bo Diddley, mais son impact est rapidement limité par un clavier tiédasse. Comme si quelque chose (ou quelqu'un) rappelait, sans cesse, qu'il y a du béret basque à ménager. Toujours le cul entre deux chaises, c'est énervant. Mais pas autant que les deux gros étrons commerciaux, qui sautent littéralement à la figure, tellement ils jurent dans le décor. Les Gens Sont Méchants (signé de l'abominable Monty) est un morceau très niais, juste bon à animer une soirée entre Bidochons.

Quand à Ali Baba, même Patrick Sébastien en aurait honte. Chanson de beaufs écrite avec les pieds. Tout juste valable pour un banquet de la légion, entre les blagues sinistres et le concours-de-pets-qui-puent-la-bière. Les Boots auraient-il cartonné avec une de ces deux vomissures, on pouvait les considérer comme perdus pour la bonne cause. Une forme de rachat ? La magnifique version de Strawberry Fields Forever (Il Est Plus Facile) exemple type du morceau impossible à approcher. Rien que pour celui la, chapeau bas. Et pourtant, je suis loin d’être un fan de ce groupe de Liverpool, dont le batteur était si mauvais. Un accessit également à Si Bien Oublié (Knight In Rusty Armor du duo niais Peter And Gordon). Les Boots parvenant à instaurer un climat épais dans toute cette confiture. Les arrangements seront recyclés jusqu'à l’écœurement, par une certaine variétoche, dix ans plus tard. Carton rouge, par contre, à la tentative de vampiriser les Kinks. Le texte de Mais Que Fait-il (Dedicated Follower Of Fashion) se vautre totalement, à vouloir copier le cynisme de Ray Davies. Celle-ci (plus trois autres) voit le groupe accompagner le nommé Gilbert Safrani. Possesseur d'une voix gouailleuse et puissante, bien faite pour haranguer les filles. Et là, le bijou arrive enfin. Laissez Briller Le Soleil en imposait déjà, mais Les Gens S’en Vont Dans Le Ciel monte dans le train doré. Celui des Smoke ou des Yardbirds, avec ses guitares conquérantes, ses accords coupants, et son tempo à  fouler une cheville. À peine trois minutes pour tout dire, ou fermer sa gueule à jamais. L'exercice rock ultime. Après, votre destin vous appartient. Inscrivez les Boots sur le monument aux morts glorieux.

 

Laurent

LIEN : Je N'Aime Pas Les Gens

 

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