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Classic Rock : Cream - La Grande Distribution

par lou 19 Février 2015, 10:14

Un des jeux préférés des grands anciens était de quitter leur groupe, pour vite en monter un autre. Pas question de prendre un job régulier, place à une vie entièrement dédiée à la créativité. Tant pis si tout ceci devenait franchement incestueux, et finissait pas affaiblir définitivement le sang. Anémie dont surent profiter les punks. Mais avant cela, il avait fallu affronter des générations de Blind Faith ou Bad Company. Toujours la même recette, le plus souvent à base de sérieuses crises d'égo. Et puis un super groupe, bien vendu dès le départ (voir managé directement par Peter Grant) pouvait d'entrée casser la baraque. Qu'importe si le produit était en fait tout pâlichon. Ce qui comptait le plus (outre le cash) semblait être de préserver la noblesse du titre. Eric Clapton doit être le premier à avoir inauguré ce statut du musicien errant. Paladin allant de port en port, sans jamais s'attacher. Et éprouvant les pires difficultés à être satisfait de son travail. Pauvre Slowhand, dans quoi avait-il mis les pieds en montant Cream. Lui qui voulait juste jouer du blues. Se retrouver avec deux énergumènes/égoïstes comme Bruce et Baker, pas de chance. Le trio doré était programmé pour exploser vite. Mais avant, la mission était surhumaine. Dégager la piste pour Led Zep et le premier Jeff Beck Group. Travail de romain s'il en est. Redéfinir le rôle des instrumentistes, en faire des icônes absolues. Être la seul force d'opposition CRÉDIBLE à Jimi Hendrix.

Les Rolling Stones momentanément hors jeu, et les Who pas assez bluesy, un boulevard était ouvert à Cream. Qui, perdu entre grosse tronche, dope et fric, a bien souvent fait voisiner le pire avec le génie. Leurs albums sont des montagnes russes, grand modèle. Un étron gluant comme Wrapping Paper (horrible déchet) serait presque capable de tromper totalement son monde. Mais laissez prendre la gelée. Demandez leur de la cohésion. Et attention le voyage. Renvoyez les Troggs à l'usine ou au chantier. Le martèlement têtu de Baker (si loin de la Terre) rejoint la basse impitoyable de Bruce, les sismographes s'affolent. Arrive Clapton, un peu désorienté. Qui met le feu à tout ce qui traine. Un blues comme Spoonful en deviendrait presque effrayant. A emprunter tant de chemins, et à finalement retomber sur ses pieds. Les trois lascars savaient, comme personne, braquer les vieux classiques. Monter la pâte, en faire quelque chose de bien lourd et bien menaçant. Les larder d'une wha wha aux apparences incontrôlées. La quatre cordes trainerait un autobus, sans seulement voir la différence. Le ciel est zébré de motifs inquiétants, un petit coup d'harmonica et on retombe sur le riff de base. Plomb fondu de référence, déversé avec toute la mesure du studio. En live ce sera beaucoup plus problématique. Une seul écoute de Sunshine Of Your Love ou Tales Of Brave Ulysses balaie tout le reste. Des solos de batterie aux morceaux les plus atroces. Et puis il y a White Room, où la couronne impériale n'est seulement plus discutable. L'intro en semble propulsée par des galériens. Quand Clapton ouvre la boite à outils, toute la profession de guitariste prend une monstrueuse leçon. Sur ma compilation à trois sous, c'est enchainé au Top Of The World d'Howling Wolf. Et à Politician. La bonne vieille querelle des anciens et des modernes. Que Cream avait réglée à sa façon, au napalm à action lente. Père illégitime d'une nombreuse famille. Dont bien peu de rejetons seront dignes de leurs géniteurs. Une approche basique du problème, donnerait Cactus comme premier héritier direct. C'est compréhensible. Mais, toujours cette manie de fouiner, les écossais de NSU (avec un nom pareil, n'est ce pas...) ont resquillé un chouette accessit. D'accord, Turn On Or Turn Me Down (1969) est sorti sur Stable Records, le label du second Deviants et du Sam Gopal Dream. Pour la gloire, on trouvera mieux. Mais que voilà un joli concentré de blues rock dynamiteur. La rythmique travaille dur, sonne presque aussi bien que son illustre modèle. Et le guitariste assure avec un grand courage. Bons compositeurs, les gars de NSU réussissent à éviter l'étiquette de plagiaire, en plaçant d'entrée la barre assez haut. Morceaux clairs et bien structurés, même les vocaux sont dans le ton. Avec des paroles un peu plus cryptiques, c'était parfait. Par contre, les tempos lents sont problématiques, trop chargés. Bel essai, tout de même.

Pour en revenir à Cream, le groupe a réussi à se supporter, à nouveau, le temps de quelques concerts (ultra rentables) en 2005. L’exorbitant tarif des billets a d'ailleurs fait beaucoup jaser. Malgré une tendance regrettable du DVD à s'attarder (on s'en fout) sur les friqués ayant pu se payer une place (Sean Penn ou le guitariste de Queen) le film est totalement grandiose. Renvoyant (sans pitié) Farewell Cream croupir dans l'oubli et l'obscurité. Oubliés les rides. Et la dégaine de beauf de Clapton. Dont on se demande vraiment s'il a fait exprès (lui si à cheval sur la sape) de s'habiller comme un sac. Le principal (les doigts en or) est bien présent. Du coup, ce qui se passe sur scène vaut une nuit d'apocalypse à Pompée. Quand l'enfoiré de volcan est au sommet de sa pétaradante démonstration. Vous voulez un remake de l'attaque du château ? Avec huile bouillante sur la tronche, et affrontement héroïque du blues contre le rock ? C'est par ici. Attention, les ancêtres en veulent. A commencer par le batteur, enfin mixé à la hauteur de sa valeur rythmique. Jack Bruce semblant néanmoins avoir du mal à rester debout. Sans avoir perdu sa manie de jouer en ignorant ceux qui sont à coté. Et aussi fort que possible. Ce qui donnera lieu à un ultime clash avec Baker, devenu sourd. Chacun retournant vaquer à ses petites affaires. Certainement, un peu  plus, persuadé que les deux autres sont des connards. Finalement, c’est quelque part aussi bien comme ça. En mémoire de tous les power trios qui, sans avoir rien à dire, nous les ont, impitoyablement, brisées menues. Papier imaginé et rédigé bien avant la disparation de Jack Bruce.

Laurent

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NSU

 

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