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Rock Psychédélique : T2 - Mutation Génétique

par lou 19 Février 2015, 09:42

Dans la myriade des genres et sous genres, chaque mythologie (pour peu qu'on s'y laisse prendre) a ses codes et ses rites. La Northern Soul sera affaire de singles introuvables, étalés sur des wagons de compilations. Au contraire, la musique progressive s'exprimera en méprisant le format court. Chaque camp défendant mordicus «sa» vision. Maintenant, imaginez le délire si les catégories se mettent à fusionner... Forcément, l'auditeur curieux croisera vite la route de bien curieuses créatures. Que seule une experte pratique permettra d'identifier sans erreur. Le heavy progressif (quel oxymore) est à ce titre un vrai cas d'école. Ainsi qu'un casse tête sans fin, au pays de la pignolade sémantique. Symbolisé par des groupes malchanceux, dont la rareté des pressages originaux fait beaucoup pour la réputation. La découverte étant souvent entachée de frustration, tant ces formations sont portées aux nues par les marchands. Autant que descendues au canon, par tout ce qui a autorité de critique (je rigole). Voir par exemple les excellents anglais de Leaf Hound, littéralement crucifiés dés qu'ils montrent le bout d'un accord. Un peu moins méprisés Warhorse, Clear Blue Sky, Jenghiz Khan, May Blitz (et tant d'autres) à vouloir créer quelque chose de «différent» se sont d'entrée perdus en chemin. Maladroite souvent, leur musique laisse le sentiment qu'il aurait suffi de bien peu pour enflammer tout ça. A l'inverse, quand la mayonnaise prend (Argus de Wishbone Ash, certains albums des Master Apprentices) le ravissement est permanent. Partagé entre la recherche de Pink Floyd, la rigueur de Led Zep, et la puissance de Deep Purple, on comprend que l'équilibre soit quasi introuvable.

Un des chouchous du genre se nomme T2, trio anglais à la courte vie. Leur It's All Workout In Boomland (1970) est en général exempté d'un traitement lapidaire. Chose intéressante, les membres du groupe ont fait leurs armes dans des formations obscures, mais bien documentées de nos jours. Seront examinés The Flies, Please, Neon Pearl et Infinity, dont seuls les premiers ont laissé quelques singles. Le fort médiocre Bulldog Breed (un album en 1969) ne mérite qu'une mention de passage, pour avoir donné un soliste (Keith Cross) à Bernard Jenkins (basse) et Pete Dunton (batteur). Ce dernier signant les quatre compositions du LP de T2. Chansons longues, et d'autant plus menacées d'avoir (mal) vieilli. Une oreille large est d'entrée demandée. Parce que ça brasse sec. Avec des cuivres et du piano. Tout pour se faire flinguer sans sommation. On note le tempo complexe, la volonté évidente de créer un climat bien particulier pour chaque morceau. Qui sont faits de cellules diverses, assemblées avec goût, et plus seulement un prétexte à faire monter la pression. Il y a d'ailleurs peu d'intervention du soliste, en tant que tel. Keith Cross y apparaît en instrumentiste précis et concis, pas forcément bluesy. La grosse réussite du lot se nomme No More White Horses, mixant les Stooges, avec des montées de cuivre modèle Atom Heart Mother. Exercice de funambule, dont T2 sort sans une égratignure. En fait, tout se passe bien jusqu'à Morning. Qui se met à déconner gravement, avec son riff rasoir, sa rythmique galopante, et son absence de vue. Le groupe s'y conduit comme Ten Years After, en une interminable agonie. Seule la mélancolie des breaks retrouve l'ambition du départ. Laissant l'auditeur perplexe, à se demander s'il a bien assimilé le mode d'emploi. Un tel disque (dont la recette s'est totalement perdue) défilant beaucoup trop vite pour tout dire en une fois. À signaler aussi de beaux vocaux (vierges de voix de castrats énervantes, c'est important) et un batteur de classe. Le même qui est à l'origine de la sortie du «second» album, une fameuse arnaque. Titre identique, pochette ressemblante, tout est fait pour qu'on s'y trompe. Attention, donc, a cette compilation de médiocre démos (Essex Records). La genèse de T2 est bien plus relaxe, procurant de chouettes instants de pop psychédélique (mais il faut faire du tri).

Par exemple cette formidable version du Stepping Stone des Monkees, dynamitée par The Flies. Qui renverrait presque Creation à l'école. Ils peuvent aussi moucher les Pretty Things seconde époque (Alexander Bell Believes) une main dans le dos. Rien que pour ça, on leur pardonne le reste d'une production qui mange à tous les râteliers. Y compris d'atroces relents country. Typique d'un groupe manipulé et sans direction. Triste, en gros. Bien meilleur est Please, proposant une musique ambitieuse (flute et orgue) préfigurant 10 CC et Big Star. Les compositions sont de qualité, rien de honteux. À part un morceau à la saveur pisseuse de menuet, qui annonce un futur glauque, impossible de leur trouver un défaut. Notez la première mouture de No More White Horses, étonnante sans son arrangement tonitruant. Par contre, le progressif triple gras est nettement en gestation chez Infinity. Avec de la gueule, soit. Le son gonflette, et la guitare qui tire une bourre au clavier sont des indices au delà de la fiabilité. Résultat curieux, pas encore gorgé de cholestérol, mais déjà parfois aux limites du prétentieux (les vocaux). Une recette réutilisée à foison, ici livrée en mode vintage, s'écoutant sans réel déplaisir. On termine avec Neon Pearl, qui distille un bien agréable parfum. Comme celui des compilations de psyché anglais, de la bonne cuvée. Ambiance lysergique (ou carrément west coast) éclairage rouge-orange, tout le quartier écroulé à coté du narguilé. A noter un super chanteur, très Stills-Crosby dans leur jeunesse. S'il faut leur trouver un talon d'Achille, ce sera le coté un peu uniforme du tout. L'absence de grandes bouffées libératrices, quoi. Largement compensée par l'impression d'avoir fait une grande et belle découverte. Et serait-on obligé de n'en retenir qu'un, que Neon Pearl serait l’heureux élu.

Laurent

Lien :

T2

Neon Pearl

 

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