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Heavy Rock - C'est en forgeant qu'on devient sourd

par lou 3 Avril 2015, 16:39

Orchid / Necronomicon / JPT Scare Band / Sir Lord Baltimore / Sonic Rendez Vous Band

Sir Lord Baltimore

 

J'ai, pas plus tard qu'hier, jeté un petit bout d'oreille sur un groupe anglais, qui se veut (rions un peu) le nouveau Black Sabbath. On doit nous faire le coup environ cinquante fois par an. N'importe quel vétéran flairant le plan foireux en dix secondes. Déjà, la pochette du disque d'Orchid (les gars en question) est un pompage impitoyable de celle de Masters Of Reality. Ensuite, tout ceci est poussif, avec un vocaliste qui s'escrime en vain. Aucune trace du son Sabbat Noir, millésime carrière de granit. Avec Ozzy emmuré dans le béton, et Iommi à la scie électrique. Ne parlons pas de la rythmique de tricératops autiste. Bref, c'est encore loupé. Parlant de heavy métal vintage, mieux vaut éviter de se revendiquer trop bruyamment des ancêtres. Le genre volait haut à ses grandes heures. La recette s'est perdue dans l'ennui des méga groupes (avec super-sono-concerts- Nuremberg-et-mégalomanie-totale). Reste tout un tas de prétendants à redécouvrir. Des fantassins qui montaient au feu bravement, sans espérer voir un jour les chevilles de Page ou de Blackmore. Combattants héroïques ayant sorti un ou deux albums, compris leur douleur, et raccroché les armes sans vouloir en savoir plus. Avec tout juste le temps de signer leur nom, pour qu'on se souvienne d'eux un minimum.

Prenez Necronomicon par exemple, la réputation de leur Tips Zum Selbstmord de 1972 est colossale. Intituler un disque «Candidat au suicide» faut oser. Ces teutons (d'Aix La Chapelle) avaient choisi la difficulté, néanmoins. Les chansons sont politisées, parlent d'économie ou d'écologie. Pas de groupies, de cuites à répétitions, ou de rabâchages sur les affres de la route. Problème, ils ne sont jamais qu'un clone de Deep Purple, et, encore pire, d'Uriah Heep. Des premiers ils ont retenu le son orgue et guitare, et une certaine façon de faire monter la sauce. S'il s’agissait de refaire In Rock, musicalement, c'est assez réussi. Malheureusement (saloperie d'équation à deux inconnues) le chanteur n'en peut plus de se prendre pour David Byron, dès que les autres ont le dos tourné. Imaginez les vocaux de la Castafiore, ricochant sur une arche de métal. Et perforant trop souvent nos oreilles. En plus, ces cinq (longs) morceaux ont le goût de la pompe et du décorum. Grave, quand il s'agit de sonner comme l'arrivée d'une course de dragsters, et de cracher autant de méthane que de bière. Rien à faire, Necronomicon a ce sale défaut d'aimer le clinquant toc, et les guirlandes gerbeuses. Partout où ils peuvent ils mettent de la mayonnaise rance, ou de la crème anglaise moisie. Une tare qui a jeté à bas des gens salement talentueux (Little Free Rock). En bref un groupe à écouter pour se faire une idée. De la à vous dire pourquoi un original peut atteindre deux mille euros...

LIEN

Moins légendaire, mais avec une réputation totalement sur-gonflée, JPT Scare Band pourrait être le coup médiatique de cette chronique tordue. Un obscur groupe du Kansas, dont les démos 70's sont apparues, vers 2007, sous forme de vinyles au tirage ultra limité. A ce que le chroniqueur a pu entendre, le soufflé ne présente pas un intérêt formidable. De longues jams à la Robin Trower, avec un son plus qu'approximatif. Si vous préférez, voilà Bridge Of Sighs sans la grâce. Et surtout sans James Dewar au micro. A la limite, pour les amateurs de belle guitare, Past Is Prologue est conseillé, bien que les limites apparaissent très vite. Ils en ont profité pour se reformer, et affurer un peu de cash facile. Le résultat est un vrai cauchemar. Un disque comme Jamm Vapour n'a rien à faire dans le monde des vivants. Sorte de bouse FM, toute sautillante et commerciale. Rappelant (horreur) qu'à une époque les Foreigner et autres Styx (vomissements) gouvernaient l'univers. Je préfère encore Sir Lord Baltimore, tiens. Un trio de Brooklyn, avec des trombines de ploucs gravement consanguins. Plus moches, c'est le fan club de Carlos. Mais leur Kingdom Come (1970) s’avère un bien réjouissant bulldozer, pour le moins. Musique archi enragée, très simple, avec des trucs distordus partout.

Eddie Kramer était derrière la console, et ça s 'entend. Le son est gras, crasseux, d'une hallucinante clarté. Le batteur (qui chante) et le bassiste pédalent grand braquet, le gratteux n'est autorisé qu'à utiliser un chalumeau thermique. Objectif, percer le blindage triple épaisseur des morceaux. De l'acier trempé, usiné par Thor et Odin, dans la grande forge de l'enfer. Impression de se promener (libre et conquérant) dans un haut fourneau. La température monte doucement vers les trois mille degrés, et vous prenez la coulée de plomb de plein fouet. Les tongs collées à la paroi du four. Cuisson immédiate, sans sauce atténuante. Pour la sophistication et l'esthétisme, faudra repasser. De temps en temps une jolie ballade pointe son nez (ils font ça bien, également). Et puis le camion repart en trombe, laissant du pneu brulé sur le bitume en fusion. A ridiculiser Runaway Train, ce disque dépouillé à l’extrême vieillit vraiment bien. Préservé des atteintes du temps par son coté terrien. Peu connu et à réévaluer d'urgence. Évitez le second album, beaucoup plus sophistiqué et franchement brise burnes. A croire que Sir Lord Baltimore s'est carbonisé à son propre jeu. Bon, ça manque un peu de tragique cette histoire. De vieux pros qui auraient dû le faire, en vertu de leur lourde hérédité. Et avec qui le destin a été (une fois de plus) intraitable. Des rescapés de tout (et surtout du reste) unissant leurs forces. Grillant leurs ultimes cartouches dans un assaut au panzer. 

LIEN : Kingdome Come

Le Sonic Rendez Vous Band, par exemple. Qui ça ? Présentation des quatre zèbres : au lance flammes Fred «Sonic Smith». Ex MC 5. Si vous avez besoin d'un dessin, c'est regrettable pour vous. Au concasseur Scott Asheton. Ex Stooges. Oui, le frère de l'autre. Moins immédiatement mémorisables (mais aussi bruyants que leurs petits camarades) Gary Rasmussen et Scott Morgan n'en trimballent pas moins un jolie palmarès. Le premier était bassiste de Up, groupe que l'on dit avoir été proche du MC 5, tant musicalement que politiquement. Up a tout juste laissé une poignée de singles à la postérité, et il existe une anthologie. Ceci posé, le seul titre entendu (Just Like A Aborigine) n'autorise pas à grimper au plafond. Le second chantait (un peu bien) dans les Rationals, excellent combo de soul garage, dont le disque est recommandé. Pas de la bleusaille, ni des boutonneux timides. Mais comme carriéristes, on doit réussir à faire mieux. Dans sa fantomatique vie, le SRVB a sorti un single. Sans s'aventurer guère plus loin son Michigan. Remuer Fred Smith (gros buveur) nécessitait, parait-il, l'emploi d'une grue grand modèle. Dommage. Parce que leurs traces sonores posthumes sont fumantes. Crachant un putain de boogie électrique, à vous assommer un troupeau de gnous. Pas de cadeaux, des solos au couteau, et les tripes entre les dents. Noblesse de sang oblige. Il y a bien une compilation (partagée avec le mauvais Destroy All Monsters de Ron Asheton)  mais le son est atroce. Essuyez vos larmes avec votre gant de cuir, d'autres choses ont émergé, au royaume du coton tige clouté.

Par exemple City Slang (pas facile à trouver) mélange de titres live (bonne qualité) et studio. Ou le superbe (mais trop court) Live At Masonic Auditorium (Detroit 14/01/1978, en première partie des Ramones). Par contre fuyez Second Chance, à peine digne d'un pirate. Intoxiqués (ou fortunés) on se fera  plaisir avec le coffret de six CD's, assez coton à localiser. Moins légendaire avec ses deux ex Bubble Puppy/Demian, Sirius (Rising, 1979) est l'outsider sympa, celui qu'on attendait pas. Fortement marqué par Wishbone Ash (le coté funky, la brillance des solos) et plombé par des vocaux assez limités, voici un disque réservé aux plus de quarante balais. Vieux renards aimant SURTOUT ce qui sonne comme leur jeunesse envolée. Pour ceux la, pas de problèmes, Sirius s'inscrit sans honte entre un Bad Reputation (Brian Robertson on lead guitar) et un Wishbone de la fin des années 70. Je connais pire comme référence. Ah oui, le bruit à la porte c'est la concierge. Montez le volume pour couvrir sa gueulante.

Lien : City Slang

Laurent

 

 

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