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Paul Messis - Entretien

par lou 3 Avril 2015, 17:01

Paul Messis divise. D'aucuns à la rédaction le qualifient de « graillon parodiant les Byrds » et parient qu'il aura disparu d'ici deux mois. On est pourtant un petit noyau dur à apprécier sa musique, puisque ce gars connaît le petit guide du garageux sur le bout des doigts. Mais c'est surtout un artiste authentique et passionné qu'on vous propose de découvrir au fil de cet entretien.

Fuzzine : Bonjour Paul, peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Paul Messis : Salut, moi c'est Paul Messis, je suis un musicien du sud de l'Angleterre, je fais du garage rock 60s et je gère aussi un petit label qui s'appelle Market Square Records.


F : Tu as commencé par enregistrer trois Sps avant votre LP de 2011, The Problem With Me, sorti chez 13 O'Clock Records. Son brut, mais avec un certain talent dans la composition, à côté d'une reprise de la chanson des Dovers, What Am I Gonna Do (merci à la compil' Pebbles Vol. 2, non ?). Il transpire de ces disques que tu es inspiré par toute cette scène garage rock des années 60 que l'on aime toujours autant (re)découvrir. Qu'est-ce qui a déclenché cette passion ?

PM : Eh bien, ma passion pour cette musique a commencé assez tôt. Au collège, j'adorais des groupes comme le Velvet Underground, 13th Floor Elevators et Love. Je suivais aussi beaucoup de groupes indie des années 80, comme Spacemen 3, My Bloody Valentine et Jesus and Mary Chain, etc…
Mais ce n'est qu'à partir de 15 ans que mon obsession du garage a vraiment débuté. j'ai reçu les Pebbles Volume 2 & 3 le même jour où j'ai loupé mes examens, et vraiment, c'est là que ça a commencé. J'achetais à peu près toutes les compilations garage qui trainaient dans les parages. Et il faut ajouter à ça qu'au début de la vingtaine c'était pour moi une période trouble. La musique m'a aidé mentalement et m'a en fait sauvé la vie… dans le sens où j'en écoutais tous les jours, elle s'infiltrait en moi, et j'ai encore la même excitation quand j'écoute certaines chansons
.


F : Lors des trois dernières années tu as enregistré trois SPs de plus, ainsi qu'un second LP, Case Closed, chez State Records, toujours dans la même veine, mais avec une influence punk plus marquée (avec I Hate The World Around Me pour titre d'ouverture). Comment décrirais-tu ton écriture ? Comment a-t-elle évolué ?

PM : Je dirais que ça reste traditionnel, j'aime faire de vraies chansons, qui racontent une histoire, à propos de moi, de ma vie ou de ce que je vois. Les paroles sont très personnelles par rapport à ce qui se passe dans ma vie à ce moment précis, ou bien sur ce que je ressens…
Musicalement, je compose évidemment dans un style, et il est important pour moi d'écrire comme ça, mais j'aime les gens qui savent écrire des chansons en utilisant la structure traditionnelle du « couplet, refrain, couplet »… Si tu arrives à me raconter plein de choses dans une chanson pop de trois minutes, alors je vais surement l'apprécier…
Pour moi, au final, les chansons doivent être VRAIES, sinon il n'y a aucun intérêt à faire ça… Je n'ai pas l'impression que mes chansons aient beaucoup évolué, mais j'ai l'impression de m'être amélioré en tant que musicien, j'ai la sensation que je peux jouer bien mieux de mes instrument
s.


F : Tu es aussi membre de The Higher State, The Suburban Homes, et tu as collaboré avec Jessica Winter ou les Sufis. Peux-tu nous en dire plus sur ces projets ?

PM : The Higher State et The Suburban Homes sont deux groupes auxquels je participe ; The Higher State a commencé en 2004 sous l'impulsion de Marty Ratcliffe, bientôt rejoint par tout un tas d'autres membres, dont Mole (State Records/The Embrooks) et quelques autres musiciens. Je les ai rejoint en tant que bassiste en 2011 vu qu'ils avaient quelques soucis pour en trouver un… Le groupe a subi pas mal de changements ces derniers temps, mais on continue à enregistrer et à bosser sur un nouveau 45 et un LP.

The Suburban Homes, c'est un projet punk que j'ai commencé pour évacuer la frustration, principalement. Le Royaume Uni c'est mort pour le punk et j'avais toujours voulu faire de la musique comme ça, en fait jouer dans The Suburban Homes c'est plus fun, crois-le ou non. C'est aussi plus facile, parce que c'est comme ça que je joue de la guitare en fait ; avec mes trucs en solo, c'est dur pour moi, parce qu'il faut que je m'entraîne pendant des semaines. Avec The Suburban Homes je peux jouer de manière naturelle : brut de chez brut… Je suis aussi un grand fan de Killed By Death et de DIY/Lo-Fi Punk des années 70 et /80.

Les autres 45s avec Jessica et The Sufis, c'était des petits projets à côté, en fait. Le disque avec Jessica s'est fait parce que j'avais ces chansons psychédéliques, qui étaient un peu plus folk et un peu plus trippy, je ne me voyais pas les sortir sous mon propre nom, parce qu'elles n'étaient pas en accord avec ce que j'avais déjà sous la main, alors j'ai trouvé Jessica pour les chanter, elle avait ce que je voulais vocalement et puis elle était jolie, j'aimais aussi beaucoup son groupe d'alors, The Hall of Mirrors, qui s'est malheureusement séparé… Donc elle était la candidate idéale pour ça.

Le projet avec Market Squares s'est vraiment fait au hasard, j'étais chez des amis à Nashville et je venais juste d'arranger une sortie avec les Sufis par email, je suis allé chez eux et on a fini par enregistrer un 45, c'est vraiment pas plus compliqué que ça, je suis resté deux jours là-bas et j'ai écrit deux chansons le temps que j'y étais, on les a enregistrées, je les trouvais cool et là encore différentes de ce que je faisais en solo, donc je les ai sorties… Du coup ça a donné naissance à mon label.

Je vais surement bosser sur quelques side-projects comme ça, avec d'autres gens, qui sont sympas, j'en retire énormément de plaisir.


F : Prépares-tu un retour au studio ? A quoi doit-on s'attendre lors de tes prochaines sorties ?

PM : Ouais… j'enregistre un nouveau single en Avril, que je sortirai moi-même sur Market Square, peut-être à la fin de l'été ?? Les deux chansons sont super politiques, je suis vraiment en colère par rapport à la manière dont tourne le monde en ce moment, je déteste l'avidité et la destruction des peuples, de la morale et de plein d'autres choses, donc j'écris deux chansons là-dessus… Musicalement elles ressemblent un peu à du Love, j'ai une vraie connexion avec Arthur Lee, sa musique me rend dingue.

Le prochain EP des Suburban Homes sortira sur In The Red cet été, je vais également bosser sur un autre single des Suburban Homes, qui devrait sortir chez Total Punk plus tard dans l'année… Je vais pas tarder à composer de nouvelles chansons pour The Higher State, aussi.

J'ai pas encore vraiment songé à un troisième album solo, mais j'écris encore des chansons, et comme je le disais elles sont plus politiques.


F : La plupart de tes disques est maintenant sold out, t'attendais-tu à un tel succès d'estime ? Est-ce suffisant pour vivre de ta musique ?

PM : Non, je ne m'attendais à rien de particulier, je suis content que les gens aient apprécié les disques et acheté la musique… Malheureusement je ne gagne pas suffisamment d'argent pour vivre de ma musique, j'ai un boulot bien merdique.


F : Tu avez tourné avec The Higher State, ça été dur de trouver des dates ? Des anecdotes que vous voudriez partager avec nous ? Est-ce que vous pensez reprendre la route (en France) ?

PM : C'était galère de trouver des dates avant Facebook. Le groupe avait l'habitude de faire plein de concerts en Europe, et cette dernière tournée fut compliquée parce que, d'une certaine manière, on est un groupe sans compromis, on s'en fout pas mal d'internet. Mais le monde a changé, parce que le monde adore internet maintenant… On a donné quelques concerts en Europe et ils étaient tous vachement sympa, mais c'était dur.

Mon seul vrai souvenir c'est quand on a dormi par terre à Anvers : trois d'entre-nous se sont fait piquer par des insectes, donc pour le reste de la tournée on avait des piqûres partout sur la gueule et on ressemblait à des putains de freaks.

Il n'y a pas de tournée prévue pour le moment, on est vraiment dans une drôle de période de transition, même pour moi, ces luttes de la vie me pendent toujours autour du cou.


F : Tu as également crée ton propre label, Market Square Recordings, en 2012. Pourquoi as-tu commencé ce label et a-t-il une ligne directrice ?

PM : J'ai commencé le label afin de pouvoir sortir des projets dans lesquels j'étais impliqué, et aussi pour sortir des groupes que j'aime et apprécie, le truc pour moi c'est de sortir des bons 45s et aussi d'aider des artistes underground. Il y en a qui n'avaient jamais sorti un disque et pour moi qui écoute leur musique, je me dis « ces gars sont super bons et doivent sortir un disque »… J'espère que progressivement le label soutiendra les vrais groupes et artistes, les gens que les « scènes » ont oublié, les perdants du monde musical actuel… Chaque 45 que je sortirai, je saurai que les gens les font avec leurs tripes, qu'ils aiment leur musique pour des raisons artistiques seulement et pas pour le fric ou la célébrité, et, par dessus tout, il faut que j'apprécie ce qu'ils font… Musicalement, je veux sortir de la musique faite par des gens qui ont les mêmes façons de composer, mais je veux aussi sortir du punk, du folk, du psychedelique, ainsi que du garage et de la pop.

Je veux que le label soit comme ces labels indépendants d'avant, similaire à ce qu'étaient Creation Records ou Postcard Records (etc etc...) à leur début, mais je veux aussi que ça soit dans l'esprit des labels indépendants des années 60… Plus l'ideal punk 70s qui brille à travers tout ça… D'où mes manières de faire dépassées, c'est-à-dire des communiqués de presse et des Cds promo, écrire à des gens, leur envoyer des emails… J'ai pas Facebook ou Twitter, parce que pour moi ça fait partie du « système », et moi je veux pas traiter avec le Système.


F : Il y a toute une scène de garage revival de qualité aujourd'hui, et tu as sorti un Sp des Young Sinclairs, un groupe très apprécié par ici. Comment choisissez-vous les prochaines sorties, et quels sont les nouveaux projets du label ?

PM : Personnellement, je ne pense pas que le garage revival soit si bien que ça en ce moment… Il n'y a qu'à peu près quatre groupes de garage 60s que j'apprécie, en fait, et les Young Sinclairs en font partie… J'ai pour objectif de sortir les autres progressivement.

Je choisis pas réellement, ni n'ai de plan vis-à-vis du label en tant que tel. Si j'entends quelque chose qui me plaît, je vais approcher l'artiste et voir s'il veut sortir un 45. Certains sont revenus vers moi et adorent l'idée, d'autres m'ignorent tout simplement ou alors ne me prennent pas au sérieux parce que je n'utilise pas Facebook… Je m'en fous si les gens veulent bosser avec moi ou non, je sais juste que je ferai tout ce que je peux pour le groupe avec lequel je suis engagé, pour que je finisse par leur faire sortir quelque chose.

Les 45s que j'ai prévu pour Market Square sont…

Worthless – un super groupe psyché de Brooklyn NY, ils sont vraiment super cools, ils me rappellent des trucs commme The Baroques, Country Joe & The Fish et le Pink Floyd des débuts, il y a aussi un son que j'adore, proche de choses étranges sorties en France dans les années 60.

Je vais aussi sortir, j'espère, des 45s de Billy Childish & The Chatham Forts. Je suis un énorme fan de ce que fait Billy, c'est vraiment un bon gars, une inspiration pour n'importe qui fait du DIY et c'est la raison pour laquelle je veux le sortir, une façon un peu bizarre d'honorer son influence sur moi.

The Fallen Leaves, ces gars sont des amis à moi, j'ai aussi joué de la basse avec eux pendant quelques temps… Ils jouent un punk influencé par les mods, un groupe pleinement incompris. Quand je jouais avec eux, je ne les ai jamais compris, et c'est seulement ces deux dernières années que ça a fait "tilt" chez moi, je les ai entièrement compris… Rob Symmons, qui est dans le groupe, faisait aussi partie du génial groupe punk The Subway Sect. Pour moi, Rob est l'un des grands guitaristes Britanniques en activité, il a une façon unique de jouer et étrangement son style a influencé des paquets de groupes new wave et indie, même s'il n'a jamais été reconnu pour ça.

J'espère en sortir un autre de moi aussi, ainsi qu'un groupe de Hambourg qui s'appelle The Wrong Society. J'adorais le dernier 45 de ces gars et j'envoie plein de mails à un membre du groupe, Kai. Ces gars ONT TOUT COMPRIS et sont l'un des rares bons groupes de garage 60s d'aujourd'hui, ils « ressentent » vraiment ce qu'ils jouent et chantent, plutôt que simplement reproduire Back From The Grave et d'être essentiellement un groupe de garage à la chaine.

Il y a quelques autres artistes et groupes que je voudrais sortir, mais c'est une question d'argent et de possibilité.


F : Question classique : si tu devais vivre sur une île déserte, quel album, film et livre emmènerais-tu ?

PM : Disque : The Bachs – Out of the Bachs
Film : Les dents de la mer
Livre : Voyage au bout de la nuit – Louis-Ferdinand Céline


F : Un dernier mot ?

PM : Merci de m'avoir posé ces quelques questions.

Quelques liens pour découvrir :
https://paulmessis.bandcamp.com/
http://www.paulmessis.com/
https://marketsquarerecordings.bandcamp.c
om/

Entretien mené et traduit par Maxime, avec les corrections avisées de Jean-Gary.

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