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Neo Psych 90's : Le temps en apesanteur

par lou 11 Mai 2015, 10:26

 

Torpeur trompeuse. Langueur bienfaitrice. Cuvette de verdure. Où la mégalomanie architecturale ne semble avoir aucun droit à la parole. Odeur de goudron chaud. Rappel sans frais de la modernité. Communication minimale. Les années 90 étaient un brin moins hideuses que la décade précédente, peut-on dire aujourd'hui. Pas évident à l'époque. Tout juste devenait il (un petit peu) plus facile de se brancher sur des réseaux alternatifs. Et de partir bosser en espérant une bonne surprise au courrier. Je dis «facile» pour la litote. Parce que, encore une fois, tout était une question de listes impossibles.

Et avec Chemical (Acme AC8014, 1995) les amateurs en ont eu pour leur argent. Déjà, la pochette est magnifique. Un visage de fille, l'air totalement défoncée. Sosie de la copine de Twink, au dos de Think Pink. Et puis de la couleur noire partout. Tout idée commerciale niée. Réduite à vivre avec un bâillon pendant quarante miraculeuses minutes. Morceaux menés les yeux fermés, existant uniquement par un sens tactile développé à l’extrême. Ragas électriques, rues désertes et lumineuses. Reprendre contact avec quelque chose d'humainement tangible. Le premier morceau s'appelle d'ailleurs Fornication. Guitare claire et minimaliste, vocaux enterrés dans le mix. Il est question d'un miroir qui reflète le soleil dans le ciel. Et d'un autre âge. Vivre loin. Mélopée sac de couchage, la nuit en plein jour. Relaxation/emballement mental, avant retour aux tongs les plus enfoncées dans le sable chaud. La conclusion est brillante (couleur carmin) et se fait longuement admirer. Avant de disparaître sous la ligne d'horizon. Le rythme terrestre n'ayant plus guère d'importance, on l'estimera à la longueur du disque de Chemical. Usage prolongé à surveiller. Mais inusable. La fausse sortie finale devrait être prohibée, tant elle fait du bien. Et ils ont osé appeler ça Spiritual Jam. Les vicieux.

Mon souvenir de l'album des Holy Angels (Prescription UK Drug 6, 1999) est très clair. Il faisait un froid de canard. Et je me demandais ce qui avait piqué ces quatre nanas japonaises. Appeler un disque Metaphysical Meditations, c'est de la provocation. Un boomerang qui va vous revenir dans les gencives. Méditer sur la métaphysique. Reprendre une boite d'aspirine juste après. Deux très longs morceaux, pour aller ailleurs. Rayon des tapis volants, et autres accessoires éventuellement flottants. Électricité en guirlande, avec du sitar plein partout. Aujourd'hui on appellerait ça un drone. La science de l'immobilisme. Dominer les buildings. Escalator extérieur. Système hydraulique, vérins immuables. Fascination d'une hyperbole nuageuse. Forcément indéfendable avec les critères de la normalité. Anéantir le formatage.

C'est un peu ce qu'ont dû vouloir entreprendre les anglais de Leitkegel (Prescription UK, Drug 5) sur leur album zarbi de 1998. J'avais trouvé ça rasoir à l'époque, mal foutu et sans intérêt. Par acquit de conscience, il vient de repasser dans mes oreilles. Et sans être totalement à jeter, c'est toujours pas le feu d'artifice. Longue baratte de sons, collés un peu au hasard. Quelques beaux moments, voisinant avec de pures ambiances pour ménagères. Sous prétexte de liberté artistique probablement. Il me semble (c'est loin) que la chose était présentée comme un pendant du rock allemand, le plus expérimental. Bof. Si vous le trouvez à pas cher, ramassez-le (gros collector) mais pour le bon voyage faudra voir ailleurs. Même punition pour Mother Yod (Prescription UK Drug 1, 1997). Avec un épouvantable coté fond sonore pour rayon godasses, dans votre supermarché favori. Cent fois meilleur (mais encore plus déstructuré) sera le Nug Yar de Attack Wave Pestrepeller (Prescription UK Drug 4, 1998). On est là dans une forme d'ambient, noire et totalement organique. La lumière disparaît doucement, comme diffusée par une ampoule jaunâtre et crasseuse. Sensation d'air glacial, soufflant avec un bruit inquiétant. Vie brisée, excroissance puante et gênante. Pour faire simple, on parlera de Tangerine Dream en pleine crise d'angoisse. Ou en montée d'acide incontrôlée. Avec tout le bouzin électronique mal branché. Qui grésille avant de disjoncter une bonne fois. Ceux là se sont laisser approcher (assez) facilement à leur sortie.

Par contre, il a bien fallu quinze ans avant d'envisager posséder Spiral Sky (Acme AC8002, 1994). Comme toutes les grandes occasions manquées. Pochette blanche, avec un ange tendant les bras au ciel. Première surprise, l'objet est scellé. Mais vraiment. Pour extraire le disque, il faut couper le carton. A l'intérieur vous attend une redéfinition totale du mot «folk». Certes la musique proposée à des airs connus. Certes la forme n'est pas inédite. Et la voix de la chanteuse apparaît un brin limitée. Relevant plus de la psalmodie fumeuse. Mais, et c'est là que le piège s’avère impitoyable, tout ceci distille une incroyable dose de bien être. Couche fine, dont l'épaisseur va croissante. Une flute ici, un peu de fuzz ailleurs. Dormez, je le veux. Hypnotisme. Légèreté concernée et hyper consciente de son rôle curatif. Au beau milieu de toute cette mousse bleue, les réflexes se mettent en berne. On notera (sans même en avoir vraiment conscience) le savoir faire qui préside ici. Il est question de planer TRÈS haut, mais pas n'importe comment. En anglais on dit «tight but loose». Ce que je traduirais (grossièrement) par «cinglé mais pas fou». Voyagez en confiance. Vous l'aurez compris, les groupes ici cités sont (par définition ou par conscience) gravement allumés. Leurs albums des torpilles folles, lâchées dans le lard mental du conformisme. Diffusés en petite quantité, promis à une vie d' obscurité et d’ascèse. Et bien sûr (j'allais dire «naturellement») pas réédités. L'époque veut des moutons bien gardés. De la consommation réglementée et réglementaire. Surveillez E Bay, on est jamais à l'abri d'une bonne affaire. Belle occasion d'assumer sa condition d'explorateur marginal.

Laurent

Lien :

Spiral Sky

Holy Angels

 

 

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