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Dossier : Les machos au poteau / Betty Davis, Bridget St.John, Sybille Baier, Tia Blake

par lou 25 Juillet 2015, 12:12

On peut considérer que notre article précédent sur les filles-qui-chantent fut un genre de succès. Pas d'appel de catholiques intégristes pour protester (ça devient rare). Aucune organisation féministe venue aboyer sous les fenêtres du bureau. Mais pas non plus de message de Scarlett Johansson, nous invitant à casser la graine. Quoique quand on l'a entendu esquinter les chansons de Tom Waits (rires) c'est finalement mieux comme ça. Nos copines du jour sont certes moins gaulées, mais leurs disques ont un vieux coté inusable fort séduisant. Donc rebelote sur le chemin de ces égéries, ayant osé se dresser face à une horde de mecs certains de leur supériorité. Maitresses revendiquées de leur destin, sans pour autant se croire obligées de gonfler l'assistance.

Au premier rang desquelles j'ai nommé Betty Davis, avec son album de 1973. Archétype de la panthère, l'ex régulière de Miles nous colle une sacré carte de visite sous le pif. Et si pas content c'est pareil. Le groupe cogne dur (on y retrouve Neal Shon et la rythmique de Sly Stone) propulsant un enfer de funk, mais la patronne tient le crachoir. Bien décidée à s'envoyer en l'air.  Avec des slogans imparables comme Si  j'ai du bol je vais me faire lever ou Demain matin j'aurais foutu le camp, c'est la mise à mort permanente de ce gros morse gluant qu'était Barry White. Autant que de ses hymnes pour lupanars, et emballage à sens unique. On se sent désarmé devant cette tornade, qui pourrait bien nous en retourner une à la première occasion. Juste pour nous empêcher de raconter des conneries graveleuses. Et d'écouter des gagneuses à la petite semaine, manipulées par des marlous sans aucun scrupule.

Lien : Betty Davis (1973)

Notre éclectisme nous conduira à enchainer avec le second Bridget St John, l'anti Betty Davis par excellence. Ou alors elle cache sacrément bien son jeu. Pas franchement marrant Songs For A Gentle Man (1971) mais tout de même moins austère que le précédent. La pochette (madame et son chien) est bien sentie, voilà de la classe anglaise. Pas ici qu'on s'agitera les miches en short, tout dans les neurones. La direction est toujours folk, la nouveauté c’est le coté ambitieux. Progressif, presque. La production a intégré des arrangements de cuivres risqués, qui passent au millimètre sans rien défigurer. Ron Geesin tient la barre, et sa galère avec Atom Heart Mother (lisez son bouquin sur le sujet) a du lui servir de leçon. Abandonné la lourdeur et l’intellectualisme conceptuel (tout le monde aux abris), place à une clarté respectueuse. Du coup la voix se dévoile enfin, et le tout s'unit superbement. Pour qui se sent cafardeux, aime explorer ses états d’âme, et regrette Nick Drake (mélancolie amère) voilà de quoi potasser. Sans forcément avoir envie de se rouler dans une boule de douleur absolue. Très grand album, a réévaluer sérieusement.

LIEN : Back To Stay

Au rayon des ambiances crépusculaires (genre une bougie brûle loin dans la nuit), il y a Sybille Baier et son Colour Green, mais attention à l’atterrissage. Tout juste une collection de démos, publiée trente ans après enregistrement. Logiquement, c'est le genre d'article à fuir en courant, on s'est déjà largement fait avoir par des annonces de miracles. Quand je disais «démos» j'en mettais beaucoup, voire de trop. Une voix (grave et pas toujours juste) renforcée d'un guitariste qui doit avoir son instrument depuis trois mois. Aventure à pratiquer dans une monacale solitude, Colour Green n'est que le reflet du quotidien le plus tueur. Celui qui interdit de s'apitoyer, et transforme l'introversion en chasse férocement gardée. Quand arrive l'ultime morceau (pourvu d'un bel arrangement de cordes) l'auditeur en viendrait presque à renâcler.  A demander qu'on lui fiche la paix, lui qui s'arrangeait si bien de tant de dépouillement. L'ensemble (expérience vécue) s'écoutera de temps en temps, comme pour vérifier que la carcasse tient toujours le coup. Et devra IMPERATIVEMENT s'enchainer avec quelque chose d'un peu plus remuant, sous peine de terminer la journée aux urgences de l’abattoir le plus proche. Ce tissu rêche ne convient pas forcément à tous les épidermes, mais il faut en retenir l'idée.

LIEN : Colour Green
Et chercher sa voie dans ce sens.  Si vous avez fréquenté les MJC au début des années 70, votre chemin a peut être croisé celui de l'américaine Tia Blake. En tout cas son seul et unique opus (Folksong & Ballads, 1971) mérite qu'on se bouge pour trouver la réédition. Belle voix grave et expressive, chansons délivrées autrement qu'à l'emporte pièce, voilà du sérieux pour le besoin de purification. Celui qui se fait sentir quand, ermite, on a écouté trop de musique. Il sera alors possible de profiter (en profondeur) de tout ces petits embellissements qui empêchent la monotonie. Une flute ou un dobro viennent dessiner un discret motif, trait précis qui jamais ne bave ou ne ressemble à un cataplasme. Par transparence, l'influence de Dylan surgira plus d'une fois, ce qui est bien dans le ton. Résonnent aussi des échos de rag et de blues, qui font regretter une carte de visite aussi brève. Hangman est l'adaptation d'un vieux traditionnel, vampirisé par Led Zep en Gallows Pole. Sans devenir forcément un argument de vente. L'original étant sérieusement collector, cette chronique a été réalisée à partir du CD. Lequel propose un bon paquet d'inédits, et un texte de présentation de l'artiste en personne.

Lien : Folksongs & Ballads

Pour rester dans le sujet, il existe nombres de compilations intéressantes. J'allais partir sur la soul crémeuse, mais au dernier moment j'ai hésité. Trop puissante Ann Peebles. Trop couillues ces interprètes de James Brown. L'extraordinaire Lyn Collins surtout, qui retourne la  baraque comme pas deux. Les mots trahiraient mon intoxication récente au genre. A la limite, tentez Soul Divas. Un jouissif fourre tout, vendu sous l'étiquette crétine de la blaxploitation. On en émerge, comment dire, transfiguré, avec du retard à rattraper. Curiosité, un titre d'El Riots (groupe du Michigan) sur lequel Bowie a totalement pompé son Fame. Que justice leur soit enfin rendue. Par contre, le blues est un vieux copain, avec qui les inhibitions sont tombées depuis longtemps. Voici donc Blueswomen Girls Play And Sing The Blues. Soit vingt quatre courageuses (de la campagne ou de la ville) poussant les douze mesures aussi bien que Muddy Waters ou Robert Johnson. Avec un espace temps pas idéal pour la condition de la femme (1928 à 1953) mais propice (en plus) à la ségrégation, tout ceci n'en est que plus beau. Ces dames sont essentiellement chanteuses ou pianistes, et ont débuté la musique en fréquentant l’Église. Pour une fois, on a envie de remercier les curés. On découvre aussi d’incroyables guitaristes (Sister Rosetta Tharpe, Willie Mae Williams, Sister OM. Terrell) et une étonnante harmoniciste (Grace Brim) qui sonne comme Jimmy Reed en personne. Grosse préférence pour Sarah Mc Lawler, et son coté jazzy.  L'excellence de la qualité sonore, autant que le livret bien fichu, sont des atouts sérieux à l'achat (au moins à l'écoute) de ce morceau d'histoire. Le tout devrait épouvanter les mal baisés de la Manif pour tous, et les obscurantistes en général. Vous dire si c'est chouette. L'article est pour Anastasie (partie un jour d'Octobre, vers Midi).

Laurent

 

commentaires

audiolemok 17/09/2015 16:37

Pour Betty, faudrait voir à pas trop passer sous silence son 2eme album, non plus:
http://audiolemok.blogspot.fr/2013/11/raccolage-30-faster-pussycat-kill-kill.html

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