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Folk Rock - Bert Jansch / Zaiplin de pognon et pas vous

par lou 9 Juillet 2015, 15:36

Cher Bert.

Ici James Patrick, le petit Jimmy avec la Gibson Les Paul. Si vous commencez à me traiter de jaune, la conversation va tourner court. Ce serait dommage. Toutes les  occasions d'évoquer votre immense apport à la guitare anglaise sont bonnes à prendre. Et le grand public passe à coté d'un géant, comme d'habitude. C'est si chouette la rappe acoustique bien jouée, mais ça demande un effort d'adaptation. Tout le contraire d'une compilation spécial beaufs. Cons à prendre Pierre Perret pour Tim Buckley. A une époque le folk était le fait de gratteurs basiques. Trois accords égrenés dans tous les sens, des textes engagés, et hop l'affaire roulait. Quand les deux rigolos de Fuzzine décrochent de leur fixation garage, ils avouent faire redescendre la pression avec un beau disque émouvant. C'est pour ça qu'ils m'ont chargé de cette mission délicate, vous rendre hommage (gratuitement). Pas à dire, ils ont bon goût. Donc (pas trop fort) merci.  Surtout maintenant que vous resterez à jamais un nom confidentiel. Et moi un génie novateur, avec des dollars sur mon compte en Suisse. Quoique j'aie fini par me faire gauler pour contrefaçon. La faute d'internet aussi. Au bon vieux temps, il fallait deux cent ans pour trouver l'origine d'une chanson. Aujourd'hui Amazon en est à solder, tellement le marché se casse la gueule. Cinq euros la compilation, une vraie provocation. On a toujours un futé pour ajouter deux et deux. Mort de mes os, la première fois que je vous ai entendu, j'en suis resté baba. Moi qui passais le torchon derrière tout le monde (et surtout n'importe qui) j'ai noté tous vos plans dans mon petit carnet. Sacré bachotage entre deux sessions gonflantes. Le travail qu'il faut pour que le tout s'emboite au millimètre, que ça ressemble à quelque chose, que ça devienne beau. Le pouce qui joue les basses, la mélodie sur les cordes aiguës. Vous connaissez Bron Y Aur sur Physical Graffiti ? Tout votre portrait, en trois minutes. L'accord ouvert, le picking magique, le climat grandiose. Transcendant le coté boy scout-feu de camp, pour une plongée abyssale dans un monde fabuleux. Un jour ma chambrette s'est illuminé. Désormais, je pouvais pomper votre style sans passer pour Marcel Dadi. Vous piquer des morceaux entiers, en les intégrant dans mon concept global. Qui rassemblerait tout ce qu'un guitariste peut faire avec du talent, et les idées des autres. Faut pas croire, je suis roué mais compétent. Si j'avais eu un peu de courage, j'aurais persisté dans le genre. Et j'aurais évité d’être aussi dédaigneux à votre sujet, dans les interviews.

Là où je me suis risqué à ajouter ma touche, c'est avec mon chanteur. Il me fallait un mec couillu, des poumons comme des éléphants, et blond de préférence (ça attire les gonzesses, rentabilité toujours). J'aurais eu bonne mine de faire chanter Whole Lotta Love par une voix aux yeux cernés, comme la votre. Sombre et profonde, l'exact contraire de Donovan. Sonnant comme un mec à qui on vient de piquer sa bagnole, en lui laissant belle maman sur les bras. Vulnérable. Suggérant un attachement immédiat au personnage. Bien au delà d'une passade de minette, qui trempe son string, pour un bourrin à belle gueule. Par contre, pas question d'évoquer les drogues dures (Needles Of Death), trop risqué commercialement, pour un produit estampillé Led Zep. Là, c'est Neil Young qui a chouravé l'idée. Putain, comme je balance. Quand vous attaquiez des chansons plus ambitieuses, ça fonctionnait encore. Je le sais, pour avoir participé à l'album minable de Cartoone. Ce groupe qui imitait si mal la formule magique de Nicola. Les arrangements chiadés, ambitieux et orgueilleux. Chez vous le résultat était superbe. Chez eux on aurait dit les Bee Gees, tombés dans le song book de Jon Lord. Douze tonnes de choucroute. Pendant que je m'emmerdais chez ces minus, vous enregistriez avec John Renbourn. Fameux styliste, lui. Capable de jouer le blues, aussi bien que les vieux maitres du Mississippi. C'est rare chez nous, buveurs de thé. Du coup, le gars Renbourn, je retrouve son coup de main chez Gallagher. Respectueux, ce bon Rory. Mais naïf. Toujours à créditer une chanson à son auteur. Je suis un enfoiré de première ? Vous croyez ? En tous cas, votre album en duo (Bert And  John, 1966), quel bijou inconnu. A l'époque, j'en étais encore à envoyer mon CV aux Yardbirds.

Pour un modeste job à la quatre cordes. La honte. Avec votre pote Renbourn, aucun complexe, la pochette annonce la couleur. Deux bons gars tout simples. Le curieux de base se sent bien d'entrée, comme dans son bistrot favori. A l'intérieur, l'ambiance est douce, climats jazzy souvent. Enrubannés d'un fabuleux toucher. Magiques, les inflexions. Un régal la façon dont les guitares se répondent. A tel point qu'on se croirait souvent chez Wishbone Ash. Démarrage à gauche, reprise à droite un ton plus haut, on s'envoie en l'air, et chacun repart de son coté. Ici le boulot est garanti huile de coude, sans électricité pour planquer ses boulettes Andy Powell et Ted Turner, venez avouer. Baissez votre froc, couvrez vous la tête de cendres. Pas que moi à blâmer. Et cette reprise éclatante de Charlie Mingus, dix ans avant mon pote difficile à vivre, j'ai nommé Jeff Beck. Allez, vieux garçon, on t'a reconnu. Pas question d'échapper à la tournée générale. Ce que j'aimerais savoir, c'est le nom de l'immense contrebassiste qui décape le parquet. Au hasard (tu parles) ce serait pas celui de Pentangle ? Qu'il était beau et lumineux, ce groupe. Tout entier efficace, aucune frime. Du folk comme ça, on vous en souhaite longtemps. Rien que pour les petits détails dans chaque recoin, c'est un stéthoscope qu'il faut pour tout capter. La paire d'oreilles moyenne est bien trop limitée. Et attention le goût fabuleux autour. Élégance des ressources, variété infinie de la mise en place. Ça coule de source, pire que la vérole sur le clergé séculier. Le premier qui s'endort est un rustaud, un âne tout juste bon à écouter Grand Funk Railroad. Pentangle sent la classe, plutôt que la bière. N'importe qui ayant participé peut mourir tranquillement, et fièrement. Niveau financier, c'est moins brillant, certes. N’empêche, le temps a travaillé contre moi, rentier ou pas. Si vous saviez comme mes journées sont longues. Je consulte la bourse, et après c'est charentaises et mots croisés.  Cousu d'or je suis, mais maudit pour l'éternité. Vous avez envie de me coller deux tartes, c'est humain. On n'allait pas non plus laisser le mode d’emploi à la critique, Peter Grant nous aurait tué sur place. Faut bien gagner sa croute. Ah, on me signale que j'ai assez ramené ma science. Sans rancune Bert. Pourquoi vous me faites un doigt ?

Laurent

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