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Blues Rock - Grinderman / Traumatisme émotionnel

par lou 14 Septembre 2015, 10:41

Sur la pochette du premier Grinderman (2006) un horrible singe se frotte les couilles, l'air étonné. Comme s'il venait de choper un coup de godasse sous la ceinture. Et Nick Cave (ce type sombre aux albums imbuvables) la ramène d'entrée. Il est question de redescendre à la cave, de tout recommencer, de latter les babouins (??) et les souris blanches. Du délire d'ivrogne, quoi. La célébration du rock atomique (concept de base), c'est foutu depuis au moins Raw Power (1973).  Une bombe à neutrons dans le calbute, Belzébuth pour tous. Grosse différence, Grinderman a survécu (comment ?) à la déflagration, et se promène en fouinant les gravats de ce qui fut une grande ville. Le vent apporte des émanations bizarres, et d'atroces hallucinations vous broutent le dedans. Solitude intense, épaisse. No Pussy     Blues résonne dans le matin verdâtre, ricochant sur les cadavres entassés. Cave a la diction d'un fouet, ses syllabes sont des blessures purulentes. On est là pour retarder l'heure de crever et de pourrir au bénéfice des asticots. Se battre pour défendre un bout de terrain, face à l'écraseur de rêves qu'est devenu le quotidien. Entre la ferraille rouillée et les tribus redevenues sauvages. Elles à qui on a probablement piqué des riffs, pour construire les bases de ce disque en papier de verre. Dont les mélodies se collent à la bouche, et y déposent des aphtes qu'il fait bon remuer. Comme ces arrangements inattendus, et mutants. Sur une terre ravagée, tout manque. Les guitares sont tendues d'acier, et vomissent façon vampire gavé de sang. Le vôtre, le mien qu'importe. Et ce type dans sa broyeuse, qui passe et repasse, les yeux fermés. C'est lui le Grinderman, dézinguant les derniers cerveaux. Vision dégueulasse de matière grise inerte, et de nerfs inutiles. Sur son engin un message : les scientifiques se sont fait la malle. Comme les généticiens et les artistes. Dites-le, si vous communiquez encore.

Go Tell The Women, sorte de blues sorti d'un seau de glace liquide. Se casser, se barrer, foutre le camp, même pour aller nulle part. A force de gratter le sol stérile, des souvenirs carbonisés de l'intérieur peuvent ressurgir d'une conscience défigurée. Electric Alice est la pause indispensable, dans ce voyage vers le néant et la mort. Sorte de jolie ballade autiste, en ballerines dans la boue et les tripes fumantes. Bon, le clavier sonne comme un trépan dans une gencive purulente. Mais fait toujours moins mal que ces cuivres funèbres. Le tout en rajoute dans l'angoisse de la sortie. La frontière (toujours hypothétique) entre le bien et le mal. Ici on est du coté… Bonne question. Pas fini de crapahuter, je vous le dis. Disputer un coin d'ombre à un vol de charognards, bien nourris et agressifs. Autrefois, on appelait ça «la vie». Pas toujours marrante, mais avec des compensations. Aujourd'hui le pénible est recherché, pour sa faible rentabilité. Et le douloureux s'invite à manger, dès le matin. Penser aux pilules de survie, quarante toutes les heures. Man On The Moon est si touchant qu'on en chiale, après ce chemin étouffant de barbarie. Cette histoire de papa cosmonaute, jamais revenu, asséné dans la foulée, a la capacité paralysante d'une giclée de cobalt.  A mi chemin entre Neil Young (introversion au piment rouge) et Steppenwolf (la rage permanente) l'auditeur normal craque. Recroquevillé en position fœtale, il en vient à demander l'intégrale de Leonard Cohen, juste pour rigoler un peu.  Beaucoup de peine à se remettre d'une pareille charge de bison. Avec les bleus, le pif qui saigne, et les bouts de corne restés dans la plaie. Tout ça sans conneries sataniques et métal de débiles mentaux. La violence psychique de Grinderman fait d'autant plus de dégâts (partout) qu'elle est esthétiquement consciente. Froide intelligence, où passe quelque chose d' étrangement semblable au meilleur de Bowie. Jamais assez d'un pareil traitement, on est d'accord.

Laurent.

LIEN : Album

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