Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Blues Rock : Jeremy Gluck - Caractériel avant tout

par lou 8 Décembre 2015, 17:00

Thèse :  Si Fuzzine était un gros truc capitaliste (ça se saurait) on s'y emmerderait à cent sous de l'heure. Fini le joyeux bordel, la liberté de ton et le contenu à ressorts. Sans compter le sponsor qui donne son avis, et les impératifs commerciaux (beurk).

Antithèse : Par contre, nous voilà obligés d'aller toujours plus loin dans l'exhumation des restes historiques. Pas franchement un problème, non plus. Pour un disque qui s'est vendu au wagon, des tonnes sont restés sur le quai. Daubes bien sur, mais aussi bijoux totalement déjantés. Plusieurs noms tournent dans chaque esprit, chacun ayant à cœur de  présenter son Graal obscur à lui. Tout le monde, en effet, semblant connaître au moins une galette anonyme, et parfaitement adaptée au créneau en vigueur.

Synthèse : Les ennuis commencent (c'est peu dire) quand il faut faire le choix du moment. Il y a les chéris pas évidents à placer (Simon Stokes, Denny King). Et les albums remarquables, qu'on ne voit plus tellement on les pense universels (Swampgas). Plus pointus seront ces vinyles dont on a jamais (mais alors JAMAIS) trouvé la clé. J'allais me décider pour Morgen, mais une discution avec un pote a, finalement, arrêté le couperet sur Jeremy Gluck.

Qui ?

Jeremy Gluck. Album I Knew Buffalo Bill, de 1987.

Silence de mort dans la salle. Celui qui suit (où précède) les catastrophes XXXL.

Ben oui, quoi. Jeremy Gluck, l'ancien chanteur des Barracudas. Ce groupe proposant (au début des années 80, les pauvres) de reprendre l'Histoire Sainte là où les Flamin Groovies l'avaient laissée. Juste après Teenage Head. Ces mêmes Barracudas qui ont fini leur carrière comme on se fait jeter dans une déchetterie. Alors que la rédemption était leur lot. Mieux, le sauvetage de tous ces fans de Duran Duran ou Heaven 17, égarés dans une voie sans issue. Tu parles. A vous dégoutter de diffuser le bon karma, au bon moment.

(une voix dans l'assistance).

Mais tout le monde s'en fout de votre revivaliste. Ce que les gens veulent c'est Twitter à gogo. Le rock and roll basique est déclaré ringard depuis longtemps.

(haussement d'épaules du rédacteur, en vieux pro de la contradiction).

Je vous attendais au tournant. Avec ma massue. I Knew Buffalo Bill est tellement motivé à éviter les étiquettes qu'on en devient chèvre. Rockabilly passé au concasseur, dont les morceaux seraient rendus au compte gouttes. Farcis d'éclats empruntés aux Doors et au Velvet. Country liquéfiée, qui aurait avalé une lame de rabot. Blues punkifié et punkifiant. Robert Johnson interprété par Rahan. Structures archi simples, qui résonnent loin dans l'inconscient. Conjurant des visions de grandeur, en riffs testostérone. Briser les icônes, pour que vienne enfin le soleil, dans la nuit glaciale. Une belle ballade lunaire (Gone Free) aux accents incantatoires n'aide pas (surtout pas) à dépasser la quadrature du cercle. Noter que Gluck est accompagné de gens tous morts depuis, n'apporte rien. Sinon la sensation d'un immense gâchis de talent.

 

Paix aux cendres de Nikki Sudden, de son jeune frangin Epic Soundtracks. Reposez en compagnie de Rowland S. Howard, le formidable guitariste de Nick Cave. Même Jeffrey Lee Pierce (Gun Club) était de la partie. Occupés à redéfinir la notion de langage vernaculaire. Laissant l'auditeur demi comateux. A raconter qu'il a vu quelque chose de grand. Un disque à vous rendre prophète. Ambassadeur de bonne volonté. Plénipotentiaire de ce folk dopé au granit massif. Taillé au burin, râpeux comme une barbe de trois jours. ADN  incertain comme le futur, mais sensations grandioses. Pour bien envisager la portée de ces sept morceaux, on se reportera à la réédition de l'album, qui propose onze bonus (du sympa au médiocre). La mouture originale est tellement au dessus du lot, qu'on envisage assez vite de scier son  CD en deux.  Garder uniquement le bon grain, s'en faire un petit paquet de  poche. A passer quand tout ennuie. Quand la médiocrité menace de gagner définitivement la partie. I Knew Buffalo Bill est le pendant direct du Kiss You Kidnapped Charabanc de Nikki Sudden (dont l'auteur aura l'obligation morale de reparler) partageant avec lui  beaucoup d'idées et de sonorités. Il est juste dix fois plus naturellement sauvage. Vous voulez racheter votre existence d'auditeur trop sage ? C'est encore possible.

Laurent

LIEN : Gallery Wharf

 

commentaires

Haut de page