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Punk Rock : New York Dolls / Branleurs attitude

par lou 2 Décembre 2015, 10:26

La pochette du premier album ressemble à un cauchemar de Jacques Chazot, revisité par un travelo sous acide. De gauche à droite, vous avez Arthur Kane (RIP) le bassiste, avec sa dégaine de starlette des années 30. Totalement cintré et imbibé, poissard du lot, celui qui en a bavé socialement et moralement jusqu'à la fin. Capable d’emplâtrer cinq innocentes bagnoles, le jour du permis. Sa faculté à enchainer les emmerdes est remarquable. Tellement paumé qu'il avait viré mormon rigoriste (c'était bien la peine d'en écluser autant) sur ses dernières années. Juste à coté, ridicule avec sa trombine de panda, c'est Sylvain Mizrahi, l'élément le moins ingérable des cinq. Pas le meilleur guitariste du monde, son égo est réduit au minimum, et il a su maitriser sa consommation de dope. Se mirant avec emphase, un air de Jagger encore plus lippu, David Johansen joue le rôle délicat de chanteur atomique, et de «communicant en chef». Bref, il a la plus grande gueule.
Prompt à attraper le melon, sa façon de reléguer les autres au rang de larbins pèsera lourd dans la fin  si lamentable du groupe. Il a réussi une petite carrière solo de Coluche bluesy, son album live de 1981 est remarquable. Avant dernier, ouvertement méprisant, voici (RIP) Johnny Thunders, l’âme musicale du lot. Quand il tient debout (et que sa gratte est accordée). Riffeur fou, grand fan de Keith Richards, il partage avec son modèle le goût des excès (came dure et gnôle à gogo). Sans en avoir les nerfs d'acier, ni la clairvoyance d’arrêter les conneries à temps. Totalement fracassé, il a gerbé sur les journalistes à la première (et dernière) visite française de son gang, fin 1973. Avant de calmer (le pied de micro dans les dents) une bande de beaufs qui cherchaient la baston, pendant le concert du Bataclan. Parfait pour sculpter une réputation.
Presque autant que la note d’hôtel (salée) laissé aux bons soins de la malheureuse maison de disques. Enfin, l'air poupin, Jerry Nolan (RIP) est le batteur fraîchement arrivé. Certainement plus expérimenté et mature que les autres, son jeu puissant maintient la baraque quand (souvent) tout fout le camp. Grand semeur de boxon (cf son rôle dans le mixage foireux de l'album des Heartbreakers) il a suivi Thunders (leur relation était aussi forte que digne de mioches de dix ans) dans l'autodestruction sans retour. La paire infernale pouvait, à l'occasion, se taper dessus en cas de caprice ou de crise d'égo. Ce qui est toujours moins grave que cette casserole, ultra tenace, qui les accuse d'avoir introduit l’héroïne chez les punks anglais.
Dans leur sillage on retrouve des tarés comme Dee Dee Ramone, Nancy Spungen ou Sid Vicious, clients à éviter comme la peste pour tout être humain normal. Nolan est enterré tout prés de son grand pote Johnny, espérons qu'ils collent le merdier au paradis des rockers. Et c'est avec de tels gugusses qu'on bâtît un pan d'histoire. Car les New York Dolls, si ils ont tout (mais TOUT) loupé en quatre ans de, euh, carrière (appelons ça comme ça) ont eu le rôle clé des années soixante dix. Servir de passerelle entre les Stooges et les Sex Pistols, faire le gros dos pour empêcher Jon Anderson et Greg Lake de régner peinards.
Du coup, le business HAISSAIT cet aréopage de branleurs bruyants. Combien de scandales, de concerts avortés, de campagnes de presse venimeuses. Mais aussi de gamins qui trouvaient bien cool d'emmerder ainsi l'autorité rigide. Et quand les fans en question s'appelaient Steve Jones, Paul Cook ou Morrissey, faites confiance, ils montaient leur groupe tout de suite. Pas besoin des doigts de Jimmy Page, ni du cerveau surchauffé de Ray Davies. Juste de l'envie et du cran. A force de taper dans la porte, elle finirait bien par s'ouvrir.

L'héritage sonore des Dolls est assez restreint, pourtant. Todd Rundgren a salopé (flagrant avec le CD) la production du premier album. Sabotant l'élan de base, castrant la pulsion de Jerry Nolan. Johansen est le mieux servi, serré de prés par une guitare qui enrage de mordre dans le vide. La basse est absente, reléguée au fond de la classe, sans une chance de sévir. Quel gâchis, quand (pour une fois) nos glandeurs avaient fait l'effort de composer. Au mieux, on dirait une démo d'Alice Cooper.  Sans le coté camion poubelle décontracté de School's Out de I'm Eighteen. Preuve éclatante que faire frappadingue et crédible, c'est tout un job. Bowie (jamais en retard d'une bonne idée) leur tirera une sacré bourre avec Rebel Rebel.

Seule surnage (ramassée et coupante) la reprise du Pills de Bo Diddley, agressive à souhait, morveuse autant que libératrice. Niveau «la honte», une niaiserie comme Lonely Planet Boy semble (ce culot) vouloir égaler Angie en taux de glucose. Et Private World ressasse (au petit trot) le riff de Louie Louie. Cruauté du temps qui passe, j'ai peur de ressortir mon vinyle. Pas décidée à perdre un sou, la maison de disques (Mercury) les a renvoyé en studio tout de suite, avec ordre de cartonner. Le producteur des Shangri Las au volant. Too Much Too Soon (printemps 1974) porte bien son nom, pour une fois. Occupés à tourner/baiser/se défoncer/niquer/se bourrer la caisse/s'engueuler, pas franchement bosseurs et sérieux, les Dolls avaient un MINIMUM d'originaux dans le tiroir. Le rafistolage à coups de reprises R&B est pitoyable, véritable pantomime à touristes.
Et les nouveaux morceaux rament sérieusement, empestant les devoirs de vacances et la corvée. Seul Chatterbox (du pur Thunders à son Richardien meilleur) lacère d'estoc et de front. Dans un espace sonore à la fois dynamique et concis, qu'on aurait tant aimé voir appliquer au premier album. Deux disques et deux foirades, quand on est ultra débiteur de sa boîte, c'est suicidaire. En se forçant un peu (et quoi encore ?) à donner des concerts sérieux (???) le groupe aurait pu assurer un minimum vital. Et là se greffent les sempiternels problèmes de management. Les Dolls avaient trois coaches, pour éviter trop de dégâts (et pourtant...).  Il faut saluer Marty Thau (RIP) habitué à travailler avec des cas (Van Morrison ou Suicide) qui STOIQUEMENT à encaissé chaque nouveau patacaisse. Passer l'éponge sans broncher, juste parce qu'il espérait que ses comiques troupiers exploitent ENFIN leur damné potentiel.
Ce qui voulait dire moins de gnôle/dope/pétasses/noubas à répétition. Impossible pour de pareils irresponsables. Les deux autres pilotes du foireux navire, la redoutable paire Leiber & Krebbs, avaient aussi des intérêts dans Aerosmith. On pense ce qu'on veut de Tyler and co, mais voilà des bosseurs qui savaient injecter (c'est drôle) du sérieux au bon moment. Et remplissaient les stades, alors que les New York Dolls étaient crucifiés dans l'enfer des petites tournées minables. Allez affronter le public de Lynyrd Skynyrd avec une dégaine de tarlouze, vous risquez de trouver le temps un peu long. Et encore, les sudistes étaient de bons buveurs, avec qui il était possible de s'humecter correctement le gosier. Alors que (damnation) Bachman Turner Overdrive étaient d'une déconcertante rigueur morale. Imaginez la qualité du dialogue.
Entra en scène l'escroc Malcom Mc Laren, ce type qui vendrait du sable à un plagiste. Problème, comment jouer encore sur l’image de gens déjà connotés épouvantails de base ? En commettant une connerie énorme, pardi. Déguiser les Dolls (bouffeurs de hot dogs) en communistes d'opérette, par exemple, ce serait pas super décadent ? Dans un pays qui venait de prendre une raclée au Vietnam, le résultat fut… rafraichissant. Mc Laren avait utilisé le groupe (totalement immature) comme laboratoire d'idées, pour ses arnaques futures. Bien qu'il ait tenté de faire d’urgence soigner Arthur et Johnny, on arrive pas à se débarrasser d'une image de vampire calculateur et cynique. La politesse lui fut rendue, lors d'une tournée ringarde en Floride. Après que Johansen ait (one more time) traité les autres de charlots et de branquignols.
Las et défoncés, coupés de leurs habituels plans de dope, Thunders et Nolan rendirent leur tablier. Laissant les autres se dépatouiller, pour (enfin) jouer du rock. Fin (mocharde) de l'histoire. Qui survivra un temps avec des remplaçants/rustines, et  ramassera un peu de cash (enfin). Horrible détail, dans ces intérimaires figurait le Fernandel du métal, j'ai nommé Blackie Lawless. Marchand  de déchets en chef, chez les très puants Wasp. Dont le coté outrancier rappelait VAGUEMENT quelque chose. Comme (beurk) l'avait fait Kiss en son temps. Se faire piquer ses idées c'est humiliant. Mais voir des rigolos en tirer de l'or, ça doit provoquer de sacrés démangeaisons anales. Pour bien fixer les choses, une journaliste anglaise (Nina Antonia) a commis deux excellents livres sur la question. Too Much Too Soon est la chronologie minutieuse (super bien écrite) de quatre ans de folie furieuse. Avec ses moments à pisser de rire, comme cette conférence de presse prévue de bonne heure (midi) et qui débute le soir. Après qu'on ait enfin localisé trois Dolls, pas vraiment clairs ni réveillés.

Et qui doivent encore se demander les raisons d'un tel bouleversement d'hédonistes habitudes. Niveau grimaces, la mort du premier batteur (Billy Murcia) est terrifiante. Symptomatique de la cerise qui plombait le groupe, et de sa totale incapacité à marcher droit dix minutes d'affilé. Murcia (hyper porté sur la bouteille) a été tout bonnement noyé par des fêtards de rencontre, lors d'une tournée anglaise en première partie de Rod Stewart. Fracassé au champagne et aux somnifères, ses acolytes l'ont cru overdosant. Et l'ont tué en le plongeant dans une baignoire pour tenter une  réaction. Ou encore la copine d'Arthur Kane (encore plus barge que lui) qui tente de le planter dans son sommeil, manquant de justesse de lui couper un pouce. Avant de s'enfuir (à poil) dans les rues de New York.


De la crasse, du stupre, le tout noyé dans des hectolitres de bibine, et beaucoup de dope, on en sort souvent les pieds devant. Et la mâchoire sur les genoux, rien qu'à l'idée de devoir passer une journée de ce style. Rock and roll, mais la santé c'est sacré. Pour s'en convaincre, il suffit de s'immerger (de nuit, bien sur) dans In Cold Blood, ou le récit de la trépidante (autant que courte) vie de Johnny Thunders. Terrifiant portrait d'une personnalité bien trop complexe pour résister à une existence de junkie grand modèle. D'un coté, l'enfoiré total aveuglé par son brouillard de blanche. Grand spécialiste de la copine tabassée, du concert saboté et du public insulté. Terreur des tourneurs, des hôteliers, comme de tout ce qui implique un peu de fiabilité. Épave tragique cramponné à sa guitare. Vacillant sous les yeux effarés de son groupe du moment. S'il était en état de se souvenir des morceaux. De l'autre un type fragile et malade (la leucémie) qui avait souffert d'un manque d'autorité paternelle. Un faux dur arrogant, privé de ses gosses. Que seul un manager dévoué avait réussi à faire aller dans le bon sens.
Tout ceci se lit comme une série noire, généreuse en sueurs froides. Jusqu'à ce jour d'avril 1991, où Johnny Thunders a certainement été assassiné. Alors qu'il tentait de se mettre au vert, à la Nouvelle-Orléans. Enquête bâclée, flics blasés, pas question de remuer le pays pour un tel dégénéré. Si vous en voulez encore, le DVD Looking For Johnny s'impose sans problèmes. Très bien conçu, tout juste un peu trop rapide. Avec le renfort de l'image, on vire carrément au docu sur la brigade des stupéfiants. Juste à voir la tête de certains intervenants, on aimerait pas franchir une frontière en leur compagnie. Gueules à faire baver n'importe quel douanier. La palme revenant à Billy Rath (RIP) ancien bassiste des Heartbreakers, qui a carrément l'air d’être âgé de 250 ans. C'était avant les boys band en plastique.

Laurent

 

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