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Blues Rock - Robin Trower / Cactus - Crise d'adolescence longue durée

par lou 25 Janvier 2016, 16:25

Cette année 2015 verra , hélas, le rédacteur avoir 50 balais (18262 jours). Dont 36 ans (13149 jours) passés à écouter du rock. Pour échapper à la bienséance de rigueur, et à l’hypocrisie familiale, qui veut des gens «bien». Lire montrables le dimanche après la messe. Pas des ladres idéologiques et chevelus, faisant claquer les décibels, en se contrefoutant du tiers comme du quart. Quand la Gibson saturée abat des siècles de civilisation, et où triomphe (enfin) le bordel sur deux accords. J'ai bien retourné mes souvenirs, et peux affirmer que deux disques ont coupé les ponts. Entre le branleur amateur de jolies chansons électriques (Santana, Pink Floyd) et le sauvage réfugié dans un panzer intraitable, pour fuir la connerie généralisé. Putain, c'était dans les premiers mois de 1980. J'avais tout juste 15 piges, et Police s’apprêtait à son long règne de terreur. Il allait falloir supporter ça sans rien dire ? Explorateur pressé, Hendrix et Led Zep me laissaientt dubitatif. Trop puissants et incompréhensibles, comme de donner une Ferrari à un conducteur novice. Toute une éducation. Dont Robin Trower (gloire à lui) a déterminé l'orientation, en zébrant mon existence de larsens gras et goulues. M'man, c'est ce petit bonhomme le responsable de tout. La tignasse, les bulletins scolaires minables, les skeuds à la pelle, et ma philosophie disons… particulière. Le père Trower a pourtant commis un paquet de galettes plus transcendantes que Victims Of The Fury. Citons simplement les bijoux que sont Bridge Of Sighs, Long Misty Days, In City Dreams, Caravan To Midnight, Back It Up ou encore l'énorme Seven Moons avec Jack Bruce.

J'ai une excuse, je savais pas encore. Ce qui est dommage (vieux con) c'est qu'en ressortant Victims Of The Fury (vinyle précieusement conservé) j'en entends principalement les défauts. Oreille impitoyable, dressée à aller à l'essentiel sans barguigner. Les chansons sont faibles, la production manque de burnes velues, et la rythmique patauge en arrière garde. Grand chanteur à la voix de sépulcre, James Dewar est un bassiste plus que moyen. Quand à Bill Lordan on jurerait un batteur qui vient d'acheter sa première caisse. Tempo appliqué (un deux… trois quatre… un deux) et jeu statique sont son lot. C'est le boss, tout seul, qui se tape le gros boulot. La Stratocaster en rut, à l’assaut en permanence. J'ai tout appris de ces trente trois minutes, nonobstant. A écouter travailler un groupe, pour savoir ce qu'il avait dans le bide. Ne pas se laisser berlurer par une belle introduction. Celle de Jack And Jill coupe comme un requin dans une charcuterie, pour déboucher sur un riff standard et plat. Du coup, pour que ça bouge, faut monter le volume. Vous sentez arriver le cercle vicelard ? A fond la caisse, pour trouver du sens. Sous le médiator, l’immense plaisir de blasphémer. Accompagner les boys dans leur trip, sans se laisser parasiter par des idées aussi connes que préconçues. Devenir libre penseur, maitre de sa destinée musicale, fuck le Hit Parade d'Europe Un. D'autant que le champ d'action était immense. Et les vieux Rock And Folk disponibles à la commande. Putain, j'avais trouvé ma voie.  Muni d'une liste de disques à écouter d'urgence (qui allait me faire ramer des années) j'attendais le défi. Paré à rester debout quoi qu'il arrive.

Alors quand Cactus a déboulé… Si Robin Trower reste définitivement anglais, Restrictions (1971) se mouche dans les rideaux, en torchant des bières. A l’arrière de la pochette, les musicos se barrent tranquillement, tournant carrément le dos au photographe. Première innovation (j'étais pas au bout des surprises) c'est la section rythmique qui commande. Monstrueux bélier de combat, que même Jeff Beck renoncerait à dompter. Carmine Appice cogne à faire peur, sa casserole deux fois plus bruyante que celle de Keith Moon. Aussi lourd que Bonham, et encore plus prompt à se lancer dans des marathons solo. Associez le à la basse de son vieux pote Tim Bogert, avant de planquer la vaisselle. La quatre cordes excelle à  mélanger martèlement de gorille et contrechants subtils. Sans bouger d'un centimètre, je précise. Avec des bielles de ce niveau N'IMPORTE QUI ferait un malheur.


Mais voilà, Rusty Day (RIP) et Jim Mc Carty sont relativement loin d’être des clampins. Le premier possède une voix extraordinaire, rauque et surpuissante, qui enflamme les morceaux en dix secondes. Quand au second (ex artificier chez Buddy Miles et Mitch Ryder) il joue (facile) aussi bien que James Patrick Page, sans le coté frime. Résultat, un vache concentré de dynamite sonore, idéal pour bien saisir comment un musicien fonctionne par rapport à la masse sonore de son combo. Avec une référence comme Cactus, vous devenez vite exigeant sur ce qui vous est proposé. Qui d'autre pouvait (les doigts dans le nez) reprendre un morceau d'Howlin Wolf, sans passer pour de gentils touristes. Et boucler l'album par par un blues acoustique/harmonica, l'électricité débranché, histoire de renvoyer Deep Purple se dégonfler le melon. Face à mon destin, j'ai signé LE pacte de sang. Celui qui vous engage pour deux vies. Restait à avaler de sacrés morceaux, sans bicarbonate.  En vrac : Get Yer Ya Ya's Out, White Light White Heat, Born To Run, Songs From A Room,  Paranoid, Raw Power, Rock And Roll Animal, Live At Leeds, Captured Live, Electric Ladyland... J'en suis resté demi cintré. Avec ce TOC, qui consiste à expliquer (encore et toujours) au monde incrédule que les Dogs, Saints, Pink Fairies, Silverhead, Third World War, Randy Holden ou Stackwaddy sont des icônes à vénérer d'urgence. La seule religion qui vaille qu'on se laisse par elle guider. Sting ? Qu'il aille se faire mettre par un gars de Dire Straits, mais surtout qu'il la ferme. P'tain, c'était bon de sécher les révisions pour aller (encore) gonfler le disquaire du boulevard. Vivement les cent berges.     

Laurent

 

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