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Bruce Springsteen - Born To Run / Pars Vite Et Rentre Tard

par lou 29 Avril 2016, 10:28

Nan, j'ai bien vu que l'article sur Nebraska passait mal. Que le Bruce restait suspect d’être un ricain de base. Toujours susceptible de dégainer les grosses guitares, et les pesants sabots qui vont avec. Pas mieux que ZZ Top. Juste moins de pouffiasses dans les vidéos. Renvoyez-le à son hot dog.   Libre de fantasmer sur un une guerre du Vietnam qu'il à évité de regarder en face. Avec Creedence, en format juke box, les choses étaient nettes. Mais question pièce montée (un art que le Boss a  souvent foiré) pas question du plus petit crédit. Allonger du cash ou sortir les pieds devant. Pas la peine de m'égosiller à marteler les faits, donc. Et pourtant, en 1975, Bruce Springsteen (dont une aimable jeune fille, un jour, me confia qu'elle n'en voudrait même pas comme Tampax) a réinventé  le rock. Alors que tout mourrait dans l'infernale équation Cocaïne/Fric/Champagne. Avec son troisième album (Born To Run) qui l'a révélé au monde. Et a failli briser sa carrière (le nouveau Dylan, ça tue sans problèmes). Chassant les charognards de Led  Zep, occupés à dévorer les dépouilles de la concurrence. Le bec enfoncé dans les tripes d'un quelconque cadavre, Jimmy Page n'a rien vu venir. Lui qui avait confondu le rock et la caisse enregistreuse. Sid Vicious pouvait commencer à pourrir. La façon dont Springsteen s'arrache les tripes sur Backstreets n'a rien à cirer de Nancy Spungen, avec un surin dans le bide. Précisions, j'avais dix ans à l'époque. Et les remises en question intergénérationnelle, je m'en foutais à un point…

Ma découverte de Bruce (je parle de moi, parce que le disque est bâti comme ça, centré sur soi-même, bien s'affirmer face au monde qui tourne) date de 1980/81. Acheté en même temps que Axis Bold As Love. Pas loin de quarante piges ont passé, et avoir TOUT saisi du second Jimi Hendrix, c'est pas garanti. Par contre, il m'est arrivé (entre temps) deux ou trois trucs, qui étaient esquissés dans Born To Run. Fichu enfoiré, Bruce. Qui écrivait sur la jeunesse pour quand on serait vieux, à ruminer des trucs. Pourquoi pas avec une annonce « vous pigerez tout quand la salope de vie vous fera un doigt ». Sûr que les soirées terrasse avec les potes étaient loin d'un cénacle philosophique. Mais elles ressemblent aujourd'hui à des étoiles filantes, englouties par la poussière cosmique. Alliance du poing dans la gueule et du recueil de poésie trop feuilleté. Avec ses énormes locomotives (Thunder Road, Born To Run) greffons réussis d'une culture gigantesque. Dont Jean Louis Aubert (rires) ne sera, à tout jamais, qu'une chiure de mouche, sur un miroir planétaire. Du coup, pratiquement tout le reste (courtes pièces hyper articulées et mouvantes) en paraîtrait mineur. Forme parfaite d'un rock à racines, fier de ses influences. Les cathédrales sonores de Phil Spector, les girls groups, la pop soul garage, bref la radio US des 60's. A peine quarante minutes, pour lâcher sa purée, et faire la différence. Table de mixage hantée, où James Brown et Otis Redding tirent la bourre à Bo Diddley. Puis tout se transforme en manège, et Jungleland en devient la vie, la mort, l'autoroute maudite qu'on surnomme « existence ». On y croise des enfoirés, des losers, des flics. Des pièges aussi.

A trente ans, j'ai rencontré une belle femme, plus âgée. Apprentissage rapide des mots « différence sociale ». Méfiance avec les yeux d'un cobra, au pays des icebergs. Elle a disparu au hasard d'une occasion facile. Un truc compliqué, elle aurait loupé de toute façon. Comme un des figurants de Springsteen, il m'a poussé du scotch sur la bouche. Mes dents du haut sont rentrées dans mes gencives du bas. A force, on apprend ses leçons, sans pipeauter. Au hasard de mes pérégrinations, j'ai eu l'honneur de partager l'amitié de super mecs (mes grands potes James et Pascal). Et le plus beau présent qu'on m'ait fait reste l'estime de mon frangin Seb. Sans oublier Anne Marie. En dégonflant, au passage, pas mal de baudruches. Des souvenirs de ce calibre, ça vous tient chaud en passant une IRM du cerveau. Parce qu'une saloperie gluante s'y est installé. Sympa l'assistante médicale. Skiable à fond.   Mais, bichette, Patrick Bruel dans les esgourdes (sacrilège) tu veux ma mort ? J'écris un papier plein de cuir, de couilles, de guitares saturées. Qu'est ce que Calogero vient foutre là-dedans ? (The hungry and the hunted explode into rock'and 'roll bands). La preuve que Born To Run est un académisme à sa façon. Le sax de Clarence Clemons (RIP) aux avant postes.

Comme le gros balaise du gang, celui qui dégage le chemin, sécurise la voie pour les copains. Soyez scénariste de vos vies, prenez des notes. Écoutez de fichus bon disques, aussi. De la vraie musique, celle qui se glisse sous votre épiderme, et ressort du placard en cas de moral à zéro. Mélangez tout ça, et laissez reposer. Soudain il sera trois plombes du matin, et le ciel pissera des tonnes de flotte. Quand la grande faucheuse passera un coup de fil. Je savais bien que j'aurais pas dû rentrer. Ni même me coucher. Souvent on pige avec un métro de retard. Comme le passage de l'adolescence à l'age d'adulte. Born To Run résume tout ça très bien. Sans se prendre le chou à en faire des tonnes (Roger Waters). Clivage de génie entre deux espace-temps (être et avoir été).  Pas mal pour un petit gars du New Jersey (la Creuse, en gros).  


Laurent

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