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Funk/Soul - Eric Burdon & War / L'Union Sacrée

par lou 27 Avril 2016, 09:37

J'étais encore dans mes années formatrices, quand un bel esprit m'a appris tout le mal que je devais penser de (je cite) «Burdon et sa bande de négros». D'un ton aussi définitif, et tranchant, qu'une guillotine vous entaillant la tronche, à la saison des révolutions. Le rock (c'est connu) étant  une génération spontanée, enfantée par des blancs pour des blancs. Chacun chez soi, et les ghettos seront  bien gardés. Dans le lâche silence de ma réponse (les cons peuvent vite devenir dangereux) se dissimulait ma gigantesque admiration pour l'album Love Is All Around. Dernier panneau de la trilogie Eric Burdon & War, le seul que j'avais pu, à l'époque, trouver. Encore une fois, le décalage provincial faisait prendre les choses à l'envers. J'en retenais surtout ces hallucinantes versions, concassées et dynamitées, de tubes des Stones et des Beatles. En extrapolant un brin, on imaginait fort bien la petite bourgeoisie dominante (vigilante avec les mœurs et pas portée sur le rapprochement des peuples) terrifiée autant que perplexe. Devant SES classiques ainsi rebaptisés, devenant (horreur) représentants de l'apostasie. Avec, à la propulsion, de probables descendants d'esclaves. Devant qui les filles Machin ou Dupont se sentaient soudain toutes moites. Putain Marcel, on est tout juste débarrassé d'Hendrix, et Burdon se découvre une fichue vocation de pyromane. Les élections s'annoncent mal. Honte supplémentaire, ce combo magique comportait DEUX blancs. Lee Oskar (harmonica) étant danois. Fondus dans l'ensemble, les traîtres. Pour excuser (un tant soit peu) les constipés du bulbe, on admettra qu'une ligne de conduite rationnelle (et plate) n'a jamais été l'apanage de Burdon Eric. On l'a connu rocker minimaliste et intégriste, grande gueule en chef des Animals. Rétamant les vieux classiques avec une dévotion à faire pleurer Jagger de honte envieuse. Puis en chantre du flower power. Sans (presque jamais) y laisser sa crédibilité.

Réincarné en soul brother, il brille encore, alors que sa génération mollit déjà sérieusement. Solidaire des blacks. Combattant de leur coté, sans les exploiter. Faites le compte des dégâts, pour des ploucs de droite. Et il n'a pas encore lâché (à l'époque) sa bombe H, avec Jimmy Whiterspoon. De toute façon, placé sous le double parrainage de Memphis Slim et de Roland Kirk, Eric Burdon Declares War (1970) est bien trop classe pour être apprécié par n'importe quel beauf, aux idées ségrégationnistes. Ode à la culture afro américaine, comme rarement représentant de l'Angleterre colonialiste en a administré. Superbe mélange de jazz et de blues, injectant des  vitamines à une «musique pop» aseptisée, baisant dans le noir (gag) et totalement faux cul. A donner envie de vivre, les dix prochaines années, dans un océan de compilations soul et R&B. Bien cuivrées, avec un imbattable sens du groove. L'album (trop court) est d'une approche aisée, donnant l'impression de voyager dans la main de King Kong. Une force gigantesque est là, et se contente du minimum syndical pour tracer son chemin (Tobacco Road). Haussant les épaules (de déménageurs de piano) devant tant d'incompréhension bien pensante.

Même que pour bien marquer sa différence avec les piétons ordinaires, le disque suivant ira (c'est si simple) chasser sur les terres de Trout Mask Replica ou d'Electric Ladyland. Sortant de son grand chapeau un nouveau continent comme ça, d'un coup. Utilisant le format double album à son maximum, au lieu d'en faire un distributeur automatique de trucs creux. Comme le fut Love Is en son temps, avec cette atroce reprise des Bee Gees. The Black's Man Burdon (1971) en fait tellement, dans tous les sens, que même les Black Panthers auraient pu lui accorder le prix Malcom X, si l'administration US leur avait lâché la grappe. La pochette, par exemple, est un véritable appel à la bacchanale inter raciale. Deux blanches allongés face au groupe, et Burdon sur le point de se faire une fabuleuse métis. Ici et là, on a ratonné pour moins que ça. Mais le meilleur est à l'intérieur. Tout débute avec un gigantesque Paint It Black, mutant et étiré dans tous les sens. Où même la Reine d'Angleterre (vieux machin désolant) en prend plein son dentier. Puis les choses vont à une vitesse folle, à peine le temps de relever la tête. Un besoin impérieux (qui a parlé de cri primal ?) s'est mis à fonctionner. Qui faisait défaut sur le disque précédent. L'appel de la jungle, la nuit du chasseur, peu importe. Principale victime (rires gras) Nights In White Satin. Collé au poteau, et tronçonné en deux. Comme un premier communiant, qu'on aurait vacciné à l’œuvre du Marquis de Sade. Puis lâché dans un lupanar exotique. Avec le diable comme DJ, et toute une culture à ingurgiter.


Pauvre chose toute pale du séminaire, nourrie au petit lait. Se découvrant des ailes et des burnes. Incapable de retrouver son chemin, dans ce grand labyrinthe. Mais, en apparence, pas mécontente de faire un doigt à ses parents. Décoiffée, débraillée, jetant son bonnet de nuit et fréquentant les clubs louches. Parfaite icône de ce premier volume totalement herculéen, soufflant force dix dans les oreilles ébahies. A tel point que (petits veinards) se la repasser en boucle est conseillé, pour bien tout saisir. Les fausses perspectives y abondent, sous l'apparente simplicité. A noter que la leçon sera bien comprise (même si moins épicée) par un groupe aussi bon que le Lafayette Afro Rock Band. Tout se simplifie, dès qu'on devine les racines. Le second volume est plus traditionnel, propulsant un blues funky hypertendu. Increvable sur la longueur, War semble libéré des visions tordues de son chanteur, et lui sème du poivre dès que possible. Impressionnantes remontées (toutes en puissance) de Burdon, et duel au couteau pour la première place. Impossible de dire qui dresse l'autre, l'auditeur se faisant tout petit. De peur d'en prendre une, par ces furieux occupés à secouer ainsi la baraque. Le final (avec son côté gospel) est une sorte de chant d'espoir, intitulé Ils ne peuvent pas nous couper le sifflet. Où les coupeurs de coton foutent le feu aux plantations, et rejoignent les hippies dans la rue. Pas un flic en vue, belle occasion de faire rendre gorge à tous les capitalistes du monde. On commence quand ? Jamais, la comète a explosé en vol peu de temps après. Sur scène, c'était parait-il quelque chose à voir.

Quelques tisons (brûlants) ont été exhumés fin 1976, sur la compilation posthume Love Is All Around. A qui je dois tant. Un rock DUR, torride comme le Sahara, oblitère la face un, donnant aux Rolling Stones de Black And Blue, un leçon de funk suant et groovant. Ou l'art d'aborder les problèmes en acceptant, un tant soit peu, de se salir les mains. Quatre titres studios donc, à dresser les cheveux d'un chauve, tant l'attaque en est forcenée. Trois inédits imposants comme un pain de Cassius Clay, et Tobbaco Road dans une version moins déjantée (bien meilleure) que celle déjà parue. Cette fois c'est sûr, votre tonton Maurice (CRS syndiqué FN) va débarrasser le plancher pour un sacré bout de temps. Mention spéciale à Magic Mountain, conjuguant les marabouts africains avec le vaudou sauce alligator des marais. On n'est pas si loin de Doctor John. Enchaînement direct avec deux morceaux «blancs», et retour à la problématique de départ. A Day In The Life devenant un énorme blues, occupé à tortiller du cul, attendant l'arrivée des chinois. Final en beauté avec un Paint It Black live, ramassé et direct, percuté autant que percutant, avec des breaks crans d’arrêt. Comme un air de triomphe, quelque part. Une autre vision de cette hydre nommée Blaxploitation. Et arrêtez de faire les radins, il vous faut la trilogie Eric Burdon & War, c'est sans danger et bourré de vitamines. A noter que War sans Burdon   (The World Is A Ghetto, par exemple) délivrait un funk standard, mais privé de toute magie. On y cherchera en vain cette haleine d'alambic de contrebande, capable d’enivrer le plus coincé des mormons rigoristes. Ou un con de facho qui s'ignore gentiment.          

Laurent

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