Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Flamin Groovies - Sisyphe pas mort 

par lou 12 Septembre 2016, 11:21

A la fin, c'est Cyril Jordan qui gagne. Ou croit avoir triomphé. Il lève les bras en signe de triomphe, totalement parti dans sa mégalo. Sans s'apercevoir que la salle est vide, qu'il est seul sur scène, et que tout le monde en a soupé de ses mauvaises parodies des Byrds/Beatles/Stones. Interprétés par un groupe sorti du formol, avec coupe de douilles vintage, et costards réglementaires. Sans avoir laissé plus qu'une référence (blasé) dans les grimoires les plus ésotériques. Et une tonne (deux?) d'albums live pourris jusqu'à l'os. Dont une léproserie ne voudrait pas pour sonoriser ses chiottes. Tas de fumier, où le curieux retiendra Live In Person (1970/71) pour la première période. Avec des baisses de niveau gênantes, parfois. Sans trop gêner l'audition. Le set est énergique, la confiture prend bien (rare chez eux), malgré une balance archaïque. Très belle pochette, livret intéressant, disons que, pour les complétistes, celui la ne ressemblera pas à une poubelle, au milieu de votre salon. Navrant de devoir faire la leçon aux jeunes générations, alors que les Flamin Groovies furent (et restent) un symbole de grandeur, dans leur période incendiaire. Avec un empire certes limité et peu peuplé. Mais où régnait la culture, le bon rock, et qui repoussait sans pitié les envahisseurs anglais, modèle Jethro Tull. Inspectez votre collection de disques, pour bien suivre le propos de ce papier. Vous devez y trouver ABSOLUMENT Flamingo (1970) et Teenage Head (1972). De préférence en originaux Kama Sutra label rose (pas facile). Le second, pressage français, s’avère aussi un petit monstre. Comme la série COMPLÈTE de singles français sur Skydog (très difficile). Naturellement, Slow Death est présent avec ses DEUX pochettes différentes. Et encore, je vous passe l'édition allemande (rare avec sa photo hideuse) et le promo anglais (totalement introuvable). L'amateur éclairé (maniaque délirant) sera aussi fier de vous montrer la variation sur Married Woman (fond noir ou violet). Quand aux VRAIS cinglés, ils auront poussé le vice jusqu'au deux tirages de Jumpin Jack Flash (ordres des visages différents, et ronds centraux noir ou crème). Ont été internés les possesseurs de Can't Explain avec une photo du MC5. Le genre de truc obligatoire dans les écoles de critiques rock (quand elles existaient). Ou la grande décadence des institutions. À coté des Groovies bonne cuvée, Creedence et George Thorogood sont des vendus. Des collabos infâmes, qui ont retourné leur veste à tous les vents. Pire, des arrivistes calculateurs. À faire passer Jagger pour une petite sœur des pauvres, aux intentions pures et désintéressées.

 

Tout est parti (comme pour chaque nouveau important de l'humanité) d'un antagonisme tragique. Avec d'un coté le susnommé Jordan, guitariste qui savait aller à l'essentiel aussi bien que Wilko Johnson. Dont les oreilles ont très vite traîné du coté de l’Angleterre. Et son alter ego maudit, Roy Loney, chanteur qui aurait donné un bras pour être Elvis ou Gene Vincent. L'histoire retiendra aussi les noms de Danny Mihm (le batteur) George Alexander (inamovible bassiste) et Tim Lynch (guitariste vite débarqué). Mais bon, ces trois là ne posaient pas de problèmes. À un groupe venu de San Francisco, bien décidé à opposer un esprit de contradiction TOTAL à Quicksilver, et autre joyeux babas. Pour citer Jordan « tous ces décrocheurs des beaux arts, qui emmerdaient le monde avec leurs solos ». Une bonne illustration de la dichotomie régnante sera la compilation Norton California Bred. D'un coté des reprises qui chargent au canon, tirent des boulets doubles, et font des dégâts impressionnants (Can't Explain, Shaking All Over) dans l'infanterie d'en face. De l'autre, des démos acoustiques, la banane en avant (Headin For The Texas Border) techniquement abordables par Hamster Jovial, pour son cours de guitare. Un jour où l'autre, ce genre de décalage devait se payer cash. Avant d'en arriver là, le parcours avait été, disons, tortueux.

Un mini album en autoproduction (Sneakers, 1968) d'abord. Pour le moins surprenant. Quoique, quand on a vu la pochette, et le batteur arborant à la fois une lavallière ET un badge Presley, une certaine angoisse monte doucement. A l'intérieur, un genre de folk rock préfigurant assez étrangement Syd Barrett en solo (Babes In The Sky, Lovetime). Voisinant avec des choses beaucoup plus musclées (Golden Clouds ou I'm Drowning). Le point de référence tournera autour des Charlatans (c'est loin d’être un hasard). Ensuite (allez comprendre) les Groovies ont décroché la timbale, et signé avec Epic.

Arrivés ici, vous avez obligatoirement une opinion sur Supersnazz (1969). Parce que c'est un album important, une borne, un repère sur la planisphère du rock. Qui donne le sens du vent à venir. Comme Transformer, Ziggy Stardust, All The Young Dudes. On aime ou pas, mais on connaît. Moi ? Suis pas emballé. J'ai l'impression d'entendre Au Bonheur Des Dames, en plus défoncé. On peut passer un sacré moment à cogiter. Se demander comment une grosse boîte à risqué du blé là-dessus, en pleine période hippie. Retournez le problème dans tous les sens, quelque chose coince. Même les réussites les plus flagrantes (Laurie Did It, vraiment salace) ont le cul entre deux chaises. Sans compter qu’enchaîner le galopant The Girl Can't Help It (bien servi par des cuivres) avec un compromis Procol Harum/Moody Blues (A Part From That) aide VRAIMENT PEU à donner une ligne de visibilité. Bref, c'est bordélique à souhait, un peu à la manière de Between The Buttons. Voilà les morceaux, à l'auditeur de s'en accommoder. D'autant plus rageant que quand ils veulent, ils peuvent vraiment (Something Else). Au lieu de balancer un néo country tartignole (Brushfire, sauvé par une belle guitare fuzz). Ou une chansonnette neuneu (Pagan Rachel). Epic a pris note, et les a jeté à la poubelle. Sûrement pour leur apprendre à nous infliger un genre de polka yiddish (Bam Balam) quand on demande simplement notre dose de rock. Laquelle est fournie par Flamingo (1970).

Finies les conneries, le son est tranchant, et ça fonce Alphonse. Les papistes vont crier à l'hérésie, mais je parierais un single (rayé) de Ronnie Bird, qu'ils ont beaucoup écouté le MC5, entre temps. La même façon carnassière d'attaquer les morceaux. De débouler comme des furieux, et de tirer sur tout ce qui bouge. Écoutez les tailler un short au Keep On Knocking de Little Richard. À la fois totalement barbare, et ultra respectueux de la forme originale. Attention, quand ils mordent (Jailbait) l'affaire ne se résume pas au schéma basique rythmique qui coulisse/solo de dix heures. Pas le genre de la maison. À leur rock, il y a toujours le roll solidement scotché. Seule plantage à signaler, le trop parfumé She's Falling Apart. Ou les Flamin Groovies s'essayant à sonner psychédélique. Comme si on leur avait demandé d'escalader le Golgotha. Le début est bien vu, mais ils ont été coller une conclusion boogie. Foutus pour le délire acide, il ne leur restait plus qu'à gagner la partie, en finissant l'album à coups de lattes. C'était mal connaître un caractériel comme Cyril Jordan. Le dernier morceau (Road House) bien que raclant le bitume avec les mâchoire, se voit coupé en deux par une bouffée de chaleur « cosmique ». Avant de recoller les morceaux, au fusil à pompe. La réédition est augmentée de six superbes bonus, où le groupe explique les gravures à toute la profession. Laquelle baigne allégrement dans la gadoue de Woodstock. Et ne daigne pas arrêter de tirer sur son joint, pour accorder une oreille à ces iconoclastes. Pire, Bowie ne parle pas d'eux sans arrêt, et ne leur fait pas une pub d'enfer. Dans ces conditions, jeunes gens, vous êtes condamnés à ramer seuls dans votre coin. Pendant que toute la planète se paluche sur les Stooges et le Velvet Underground.

Il est donc étonnant de trouver sur la pochette de Teenage Head (1971) des remerciements à tout un gratin branchouille (Lenny Kaye, Lisa Robinson, Lilian Roxon, Danny Field, Richard Meltzer Kim Fowley, ou Danny Goldberg). Quand même étrange d'avoir oublié Lester Bangs. Bon, sont aussi cités Doctor Ross (pointure du boogie blues) et Loose Gravel (le groupe de Mike Wilhelm). Et la pochette en rajoute dans la frime. Tous rassemblés autour de Jordan, qui exhibe sa Dan Armstrong, et ses bottes étoilées (!!!). Avec la basse de George Alexander reposant dans un flight case. Coté musique, c'est une phase Stonienne. Donnant l'impression d'avoir séjourné dans l'ampli de Keith Richards, un jour de grand vent. Ça tronçonne dru, en tortillant du fion. D’après les notes du livret, Jagger aurait admis (conditionnel) que Teenage Head était supérieur à Sticky Fingers. Pour les rocks triple lame, et la balaise version du 3220 blues de Robert Johnson, c'est un peu vrai. Je passe sur les deux concoctions rockabilly (reléguées en fin de seconde face) bien gonflantes. Le disque se termine par un magnifique Whsikey Woman, ballade musclée, transfigurée par des vocaux superbes. Là encore, la réédition est agrémentée d'un bon paquet de reprises. Que ce soit Louie Louie (carnassier) ou Carol, tout un art est ici déployé. Celui qui s'endort pendant l'holocauste du Scratch My Back de Slim Harpo, doit consulter tout de suite. Il a un problème grave, de l'ADN de fan de Guy Béart. Une mort horrible est à envisager. Les profanes hausseront les épaules, mais les initiés recevront le message subliminal. D'autant que l’ère fastueuse tire à sa fin. Loser un jour, loser toujours. Ont donc fait leurs valises à cette date Roy Loney (bonjour Chris Wilson, bien moins raide et enclin à tomber dans la parodie que son prédécesseur) et Tim Lynch (en cabane pour dope) remplacé par le moustachu (??) James Farell. Retombons sur nos boots (sans froisser notre cuir). C'est ici que les Flamin Groovies s'inscrivent dans la longue liste (porte malheur) des chouchous d'une élite française du bon goût. En gros, vous vendez dix disques par an, mais votre cote d'amour est colossale. La critique rock hurle (dans le vide) vos louanges, alors que vous peinez à remplir des salles de cinq cent places. Pendant que Led Zeppelin écrase TOUT sur son passage.

 

Période de disette pour les Groovies, retournés jouer dans les bars de leur quartier. Ayant même envisagé un changement de nom. Jusqu'à ce qu'une maison de disques anglaise (United Artists) ne transforme la citrouille en Cadillac Rose bonbon (les carrosses c'est dépassé). Avec un contrat, des heures de studio, et un artisan rigoureux à la console. Tête de nœud assumé, caractériel et bougon, Dave Edmunds peut se targuer d’être un producteur avisé. Autant qu'un érudit rock, capable de dégainer une reprise de Smiley Lewis, dans un congrès de fans de Mireille Mathieu. Le résultat de cette alchimie risquée, du moins ce qui aurait dû être un album, peut s'écouter sur l'essentielle compilation Buckets Of Brain.

Sorte de pièce de musée, à rayonnement intense, qui jette des éclats troubles dans la grande nuit. Contamine les cerveaux, et vous transforme recta en détenteur d'un lourd secret. En démarrant le matin, votre ombre ressemble à celle d'un Templier, gardien du saint Graal. De votre lourde épée, les tronches d'incroyants rouleront dans la poussière. Sur un bûcher, agoniseront les fans de Duran Duran, tandis qu'un soleil rouge montera dans le ciel. Aux première notes de Shake Some Action. Ou l'invention d'un sous-genre (le power pop) et, dans la foulée, les codes du genre inscrit dans les tables de la loi. Gravés sur marbre, au fronton des cathédrales sonores. La façon mélodique de ces quelques minutes, qui ont inspirées autant de suiveurs que de chieurs, reste une exclusivité Cyril Jordan. L’enchevêtrement des accords, les vocaux, les reprises, tout est calé au petit poil. On notera le travail sonore, le dosage de l'écho, bref l'utilité d'un studio enfin adapté au profil (et aux ambitions) du groupe. Autre chose qu'une égalisation basique des niveaux. Slow Death sulfate à tour de bras, rien que pour les réponses entre les arpèges et la slide guitare, on ramperait sous des barbelés avec une enclume entre les dents. Pour mieux enchainer You Tore Me Down (un genou à terre, Tom Petty, courbes toi, et apprends). L'espace n'est plus meublé que par la reprise de Little Queenie. Parce qu'une orgie musicale est incomplète sans revisiter un classique de Chuck Berry. Pour des raisons bien obscures, ce qui aurait dû être un pavé (en granit) est resté au placard. C'est moche à dire, mais à partir de là, le chemin va dans le mur. Et les Flamboyants Frimeurs (agrémentés de Mike Wilhem, à qui la tenue réglementaire va comme des baskets à un cachalot) ont pris une voie sans issue. Devenant une sorte de musée figé, prévisible dix ans à l'avance.

Mais (il y a toujours un sursaut de vie avant le grand appel de la mort) leur dernier acte de noblesse aura été de taille. Encore à chercher sur une compilation Norton (Slow Death Amazing High Energy Rock And Roll 1971-73). Conceptualisé de telle façon qu'on a l'impression (jouissive) d’être dans le chaudron Get Yer Ya Ya's Out. Au programme, Roll Over Beethoven à la télé française en 1972 (!!!!) qui, on l’espère, a décollé le dentier de Léon Zitrone. Et des démos à la nitroglycérine. Il fallait avoir le culot de braquer Jumpin Jack Flash, après Johnny Winter. Encore mieux de coller en intro des « We Want The Stones » qui sortent tout droit de Got Live If You Want It. La version des Groovies s'attache à retrouver l'esprit originel, bien loin de la pantalonnade souvent délivrée, live, par les Stones. Crise de rage blanche, peu de peau sur les os. Une brume de souffre descend sur le monde. Et, surgissant dans une odeur de bouc, Satan vient s'assurer que tout le monde danse le boogie. Les damnés comme les saints. À Lourdes, on déclare forfait pour concurrence déloyale. Les curés vendent leur soutane, pour acheter des cuirs. Les chiens tirent sur leur laisse, mais la grande caravane du rock est passée. J'allais oublier qu'il existe un formidable livre (Flamin Groovies Le Feu Sacré) par un gars nomme Alain Feydri, aussi auteur de bouquins sur les Kinks et les Cramps. Ouvrage TRÈS érudit, écrit dans un style sobre qui va bien avec le sujet. Malheureusement, pas évident à se procurer. Vous n'avez pas le droit de renoncer. La loi est dure, mais c'est la loi (Dura Led Sed Lex).

Laurent

commentaires

Haut de page