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Neo Psych - Mushroom / L'art de vous pourrir la vie

par lou 20 Septembre 2016, 11:36

Évidemment, faire facile serait idéal. Pas aller s'emmerder la vie avec un collectif de branquignols inconnus. Basés à San Francisco, et qui semblent avoir tété de l'acide au biberon. D'ailleurs, ils sévissent sous le nom de Mushroom (« Champignon »). Avec un éléphantesque sens du paradoxe. Doublé d'une façon vacharde de crucifier les icônes du rock. Sens de l'humour totalement tordu, qui entraîne des albums nommés Mad Dogs & San Francisans ou Leni Riefensthal. Ces gens peuvent reprendre des clients aussi évidents que Curtis Mayfield, Steppenwolf ou Spirit, sans passer un seul instant pour des charlots. Ou taper Keep On Runing aussi bien que Spencer Davis Group. Puis se comporter en thérapeutes des nefs distendus. Marchant sur les traces de Brian Eno, réduisant Robert Fripp à un animateur de kermesse de village. Leur démarche semble simple. Pour peu qu'on l'aborde de façon superficiel. S’emparer du cerveau le plus obtus (Estrosi, Mariton ou Hervé Morin) jusqu'à obtention d'un paquet de neurones flambants neufs. Je vous raconte pas comme c'est dangereux à manipuler. Un moment de plénitude (Miles Davis chourave les clés du paradis) intense vous expédie très haut. La recette est vieille comme Pink Floyd, mais fonctionne toujours. Vous regardez le titre du morceau, et il s'appelle Progression de l'odeur dans un parking souterrain. Ou (pas évident à restituer) Quand la merde monte trop haut l'excédent à une tronche de bouse. Pendant la gamberge, ils n'ont pas relâché la pression une seconde. Toujours à acculer l'auditeur, le pousser dans son hamac. Alors que défilent des slogans à faire ricaner André Breton (Même les Beatles portaient la barbe). Guy Debord aurait adoré La révolution ne sera pas télévisée mais se vendra sur Ebay. Pour virer une tête de con qui squatte abusivement votre canapé, évitez de lui passer ces disques baptisés au hachoir (Analogique HI Fi Surprise ou Oh, ils sont bizarres et merveilleux, retour à l'expéditeur). Il pourrait s'intéresser, et prendre racine pour de bon. Fasciné par ces arcanes à la logique de Lego. Ce boulot incroyable de mise en place, et de vice musical. D'une propreté à rendre jaloux Steely Dan.

Là, je parcours leur Hydrogen Juke Box (1999) et une très longue suite m'accroche salement. Aucun problème. Sauf que le truc s'appelle Mc Donald And Giles. Érudits, iconoclastes, avec un du détail quasi clitoridien Avant de rendre (d'avance) son tablier, on notera (fébrilement) des chansons qui font référence à Abbie Hofman, Neu, Buddy Miles (!!) ou Eddie Harris. Sans oublier de moucher Brian Auger, au passage. Ou de tirer une bourre à Marc Bolan (allez donc). Avec un anaconda sémantique (prenez votre souffle) baptisé À moins que les gens de cette génération ne comprennent correctement les convulsions musicales des années 70's, ils trébucheront sur de fatales erreurs de jugement envers leur propre époque, et leur propre vie. Replacez le tout dans un climat bleuté (genre Weather Report rentre de bamboula) et multipliez par la longueur d'une plâtrée d'albums. Dans ces conditions, une enquête sur la toile s’avère nécessaire. On y apprend la présence d'Alec Palao (considérable érudit, bien connu pour son boulot sur les rééditions Ace) à la basse. Et c'est à peu près tout. Ah si, quelqu'un donne un avis, du genre « groupe psychédélique sortant des sentiers battus ». On est bien avancés. Ces zozos ont commencé à sévir en 1998, et leur dernier album date de 2011 (I don't remember yesterday, today it rained). Et si j'avais su, j'aurais évité d'y jeter une oreille consciencieuse. Naïveté qui veut toujours que les gens se calment en vieillissant. Le premier morceau (Aucun anagramme trouvé par algorithme récursif) pourrait être une incursion des cuivres de Captain Beefheart. Partis dans une oraison funèbre, joué le dos tourné à la foule. Jusqu'à ce que l'auditeur (ce qu'il en reste) s'aperçoive qu'il est déjà sur la seconde chanson. Qui est jazzy, goûteuse, pleine de chausse trappe, taillé pour les aventuriers sonores. Et (naturellement) s'appelle «Je n'ai jamais compris l'importance accordée aux DJs, ils ressemblent au niveau le plus bas de la chaîne, comme des Fluffers dans un film porno ».

Un Fluffer ? En français, un dérameur. Je suis comme vous, il y a dix minutes j'ignorais jusqu'à l'existence de ce mot. C'est quoi ? Ah, cherchez un peu. Laissez moi écouter ce disque magnifique. Jazz rock funky, kraut cuivré, vous avez le choix. Rarement entendu quelque chose qui laisse, à ce point, l'auditeur se dépatouiller seul. Les vicieux, ils auront joué avec nos nerfs jusqu'au bout. Pour tout (??) capter, il faut une attention maximum. S'ils avaient pu mixer plus sourd, ils l'auraient fait. Une fois le coup des appellations à rallonge digéré (remerciez moi de vous les épargner) une vieille tendance à sortir dans la rue vient se glisser sur le clavier. Vérifier que le monde est toujours là, les voisins aussi (hélas). Dimanche 20 décembre 2015, neuf heures du matin. Certitude d'avoir fait une découverte importante. Hésitation à la communiquer. Le monde est-il prêt ? Pas certain. Du coup, je vais vous refiler le colis. Avant de boucler (qui va faire beaucoup pour ma promotion) j'écoute Foxy Music (très drôle) de 2001. Un enfer de groove ouvre le feu (Grooving With Herbie) puis un tir de barrage éclate. Plus rien à faire qu'à déguster. Parce que c'est bon comme tout. Des titres tordus ? Les américains possèdent la lune, ils l'ont acheté aux allemands qui ont gagné… Je retourne me coucher.

Laurent

Lien : When the Shit Gets Tough to Face, The Tough Get Shit-faced

 

 

 

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