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Punk Rock - Damned/Stranglers/Dead Boys / Nous aussi

par lou 13 Octobre 2016, 10:32

Je viens de lire quelque chose de passionnant, sur la troisième division du punk anglais. Les scrofuleux d'entre les boutonneux. Les moches d'entre les laids. Les indémontrables d'entre les affreux. Petits groupes condamnés (deux singles bricolés dans un studio pourri, au maximum) d'avance. Surtout, l'article en question m'a plu parce qu'enfin quelqu'un osait saquer les Clash et les Pistols. En les traitant de parvenus, surfant sur un mouvement aux intentions pures. Quelque chose que je pense tout bas, sans trop oser ramener ma fraise. De peur de me prendre un pogo dans le portrait.

Donc, impossible de dire tout le bien que m'inspire du premier album des Damned. Putain de grand disque s'il en est que Damned Damned Damned. Sur la photo (argument de vente basique) quatre types moches ne jouent pas aux rebelles, avec des poses héroïques. Mais sont occupés à se rouler dans la crème, en se pourléchant les cheveux gras. Pas de message politique, de slogans prêt à l'emploi, aucune panoplie. Tout à leur honneur, ils ont participé au premier festival « punk » français (Mont De Marsan, fin 1976) et (bien sûr) se sont fait traiter d’énergumènes par la critique nationale, si clairvoyante. Du coup, les Damned sont rarement convoqués, quand il s'agit de célébrer quelque chose. Ainsi, le rédacteur en chef de Fuzzine (z'avez pensé à mon augmentation, boss ?) m'a un jour confié n'en avoir rien à battre. Voyant plutôt le salut du rock and roll chez Nirvana, ou les White Stripes. Ça va patron, vous voulez un remontant ? Par contre, Lemmy adorait Neat Neat Neat, la charge salvatrice qui ouvre le bal des Damnés sur leur opus inaugural. Qui fut aussi (en quelque sorte) leur testament. Un sacré bout de viande (verdâtre) à ronger. La technique ? Au delà du rudimentaire. Deux (allez, trois) accords de Brian James, hésitant entre la hache et la pioche. Mais toujours en plein front. Et, pour peu qu'on aille y voir de près, pas si balourds que ça. Positionnés en guillotine, sur débit moyen mais régulier. La rythmique Captain Sensible/Rat Scabies (super batteur) compte les points, à coups de massue. Tabassant joyeusement, comme si elle assommait toute la famille royale anglaise d'un seul coup.

Là-dessus, Dave Vanian est la gargouille déjantée d'histoires horribles. Façon Feel The Pain (très Lou Reed/lugubre) qui hésite entre le suicide et la nécrophilie. Ou le sautillant Stab Your Back, presque trop sophistiqué avec sa dose d'écho. Sûrement le seul effet de console qu'ils ont dû arriver à maîtriser. Le tout tient avec du gros scotch, mais parvient à former quelque chose de cohérent. Certes, le charme est celui d'une bouffée de gaz carbonique. Mais on se surprend à trouver des bouts de mélodie, ici et là. Comme collés sur une tornade, pour la rendre un peu plus jolie. Parce que, bien sûr, durant ces quarante minutes, jamais la garde ne baisse. N'allez pas faire un jogging avec ce disque dans les esgourdes, la crise cardiaque est assurée. Et quand on croit les prendre en défaut, ils vous balafrent encore plus fort. Écoutez Fan Club, avec sa jolie intro en Do arpégé. Les deux riffs sont presque propres (quoi ?). Sauf que la chanson (c'est la seule) règle des comptes. En particulier celui des superstars, méprisant ouvertement leur public. Puis tout passe à l’équarrissage. Faire agoniser le rock, qu'il crache ses synthétiseurs, sa prétention et les Phil Collins à venir.

1977 a duré seulement douze (sinistres) mois, et Doctor Feelgood s’essoufflait déjà. À la limite, on se fout totalement de savoir si les Damned étaient des punks. S'autorisant un Help sous amphétamines, bandant et affûté, qui a dû décrocher quelques dentiers en son temps. Ou un I Feel Allright lobotomisé. Comme les meilleurs disques de cette année là (Stranglers, Radio Birdman, Saints) Damned Damned Damned a été protégé (du fait de son refus de tout clinquant) des atteintes infernales du temps. Tellement que le CD est incapable de retrouver le son du vinyle (grand hommage, ça). Une intégrale existe, avec des démos crasseuses, de superbes Peel Sessions et du live kérosène. So Messed Up est même défiguré par un «bip» de la censure. Merveilleuse BBC, si soucieuse de ses auditeurs. Revanche amère, le pressage original (avec Eddy and the Hot Rods au verso de la pochette) est un super collector, de nos jours. Quand le No Future se fait enculer par Paypal, la loi Macron passe en force. Navrant qu'un type aussi doué que Brian James soit reconnu dans l'histoire uniquement pour sa participation aux Lords Of The New Church. Mais si ! Ce groupe attifé comme la poubelle d'Alice Cooper, qui « sauvait le rock » (ben voyons) au début des années 80. Et avait (un peu) vendu ses disques gigognes en reprenant un hit de Madonna (la honte). Un vrai Blind Faith (mélange d'anciens de Sham 69, Barracudas, Damned donc, et Dead Boys).

 

Les Dead Boys ? Ah, je vous tiens. Stiv Bators était le chanteur (ultra Stoogien) de ce groupe de marteaux, et leur premier album (Young Loud And Snotty, 1977) cognait fort. Pile entre les deux yeux. Pas mal produit par Genya Ravan, rescapée de Ten Wheel Drive (jazz rock cuivré et complexe). Le titre du disque (Jeune Fort et Morveux) convient à merveille, en tout cas. Beaucoup de boucan saturé, bardé de guitare en plomb. Avec ce don pour crucifier la chanson d'entrée, puis la finir lâchement à coup de godasses dans la gueule. Et je t'emmerde si je te réveille en pleine nuit. Ils arrivent même à réussir un titre lent, lourd et convulsif (Not Anymore) avec panache. Saurez-vous reconnaître le pompage de Wishbone Ash ? Oscar du nom de morceau à Chopé avec la viande dans ta bouche. Et qu'est-ce que ça va vite. Parfait pour exister comme un petit branleur, persuadé que l'éternité lui appartient. Stiv Bators est mort banalement, renversé par une bagnole en plein Paris. Pour une fois qu'il se décidait à faire les choses comme tout le monde. Et là, je vous demande le silence. Nos clients suivants étant, comment dire, pas simple à gérer .

J'ai évoqué plus haut les Stranglers. Qu'est-ce qui me prend de parler de ces types, qui collectionnaient des hits d'une froide intelligence (Always The Sun) au milieu des années 80 ? Genre de réflexion renvoyant à mon antique mémoire, la première fois où il m'a été donné d'entendre un « punk ». C'était (encore !!) chez Michel « lèche cul du pouvoir » Drucker. Et l'inamovible (hélas) ami de la ménagère de moins de 5000 ans, avait pris tout un tas de précautions pour annoncer… Plastic Bertrand. Hiatus qui a plombé les Stranglers au début de leur carrière.

« Punk, eux ? Comme Scott McKenzie était hippie » tempêtait Alain Dister. À qui on faisait difficilement prendre un projecteur pour une prostate. Je me repasse leurs deux premiers albums (sortis à quelque mois d'intervalle). Franchement, oser sonner comme des échappés de Nuggets, au moment ou Johnny Rotten s’entraînait encore à vomir sa bile, fallait être bien arrimé. Surtout à 30 ans de moyenne d'age. Vous avez vu leur dégaine, sur la pochette de IV Rattus Norvegicus ? Le cadrage emprunté à Ummaguma. Les claviers de Dave Greenfield, sorte de savant fou, à tronche de vieux pervers, en avant poste. Façon Jon Lord ayant sniffé de la colle, et juré de rendre l'auditeur marteau. En croisant, décroisant et entrecroisant les gammes, donnant un coté progressif (hein?) à un ensemble redoutablement au point. La basse de JJ Burnel (fouteur de merde maison, insoumis, karatéka, farouche partisan de l'identité Européenne) agresse plus qu'elle ne tapisse le fond. Tandis que la guitare d'Hugh Cornwell est limité au strict minimum, ne pouvant s’empêcher (souvent) d'aligner ce qui ressemble à plus de trois mois de pratique de l'instrument. Le propos (énoncé d'une voix gutturale) est sexiste à mort. Avec ces chœurs angéliques ne braillant pas d'aller tous se faire mettre. Mais le pensant si fortement, qu'on en recule d'instinct. Là-dessus, Jet Black (force de la nature) martèle primitivement. Distribuant mine de rien son lot de coup de pieds au cul. No More Heroes est un brin plus civilisé.

Oubliant( un peu) la lourde influence des Doors, pour envisager une option de carrière valable. À la fois propre et austère (pas de solos de vingt minutes) à qui on évitera tout de même de marcher sur les pieds. Paquet de nerfs se référant à Trotsky (allons bon), cynique et hyper conscient de son époque (Something Better Change). Un rock psychotique et foncièrement méchant, toujours aussi câlin avec les gonzesses (Bring On The Nubiles). Il y a du chemin (et un bon paquet d'émeute diverses) avec le groupe qui commettra le sublime Feline (1983) certes. Se risquant sur des sujets aussi glissants que les manipulations génétique, les Hommes en Noir, ou la politique intérieur de l'Iran (si si). Mais (au moment où la gauche est plus à droite que la droite) ces deux albums, âgés de pas loin de quarante piges, sortent encore des rayons avec droiture, classe, et sans un poil de bedaine.

Laurent

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