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Folk - The Moths / Entretien avec John Dunn

par lou 8 Novembre 2016, 10:13

 

Bien sur, on aurait pu trouver plus prestigieux que John Dunn (bassiste de The Moths, groupe de folk resté obscur) pour attirer le client. Mais, c'est notre politique, botter le train à l'annuaire du rock, dont les pages jaunes sont si souvent gonflantes. La parole à un bonhomme qui n'a jamais envisagé de mendier son pain à une maison de disques. Et apparemment, s'en porte très bien. Comme quoi la révolution et le grand soir n’empêchaient pas forcément tout le monde de dormir.

Laurent : Vous étiez donc le bassiste de Moth. Comment s'est fait ce chemin ?

John Dunn : Vous nous appelez «Moth », ce qui n'est pas tout à fait exact. Notre nom est « The Moths ». J'ai eu ma première guitare acoustique à Noël 1965, et ma première basse électrique à l'été 67. Mon premier concert en public date d'Avril 1968, dans ma ville de Norwich, alors que j'étais encore à l'école. J'ai continué à jouer dans divers groupes, après avoir intégré l'université de Hull en Septembre 1968. J'étais déjà intéressé par un très large éventail de musique, mon premier groupe était une formation de blues, basé sur la guitare. Alors que je faisais déjà partie de The Moths en 1970, je jouais aussi du rock avec Bob Mc Kinlay, qui est ensuite devenu un des principaux chanteurs anglais de Country. The Moths est né de plusieurs sessions impromptues à Hull, ou se retrouvaient toutes sortes de musiciens. Nous nous sommes découverts un goût commun pour les auteurs compositeurs. Je hais le mot « folk », je ne suis jamais certain qu'il signifie « auteur-compositeur » ou « musique acoustique » ou « musique traditionnelle ». J'avais plusieurs albums de Tim Buckley à l'époque. On écoutait aussi Jackson C Frank, Richard Farina et Nick Drake. Nous avions travaillé une version de Hazey Jane 2, qui n'a pas été enregistré.

L : Premier et dernier disque achetés ?

JD : Le premier en 1964, Hard Day's Night. Le plus récent, Bob Dylan Tell Tale Signs.

L : Étiez vous dans l'esprit « seul le folk est vrai, décrochons, faisons notre truc loin du business ». Pensez vous que le soi-disant underground ait été une réalité ou une bonne façon de vendre des gadgets branchés ?

JD : Mon cycle universitaire s'est achevé en 1971, et j'ai perdu le contact avec les autres membres de The Moths. Le décrochage a eu lieu l'année suivante, vivant en colocation à Norwich, uniquement à faire de la musique. Une interview pour la radio, ou je décris cette période sauvage, est disponible sur internet (en haut à droite de la page).

http://www.bbc.co.uk/norfolk/content/articles/2006/05/25/music_feature_hippy_house_20060525_feature.shtml

L'idée de l'underground ne me concernait pas, je vivais juste ma vie. Le mot, je pense, était principalement utilisé par ceux qui regardaient, pas par les gens dans le bain. Quoique j'ai été conscient de mener une existence très différente de celle des gens « normaux ». Bien sur qu'il y avait du commerce, mais pas tant que ça.

L : Qui était votre héros folk ?

JD : Mon auteur-compositeur favori a toujours été Dylan, à la vie à la mort. Sinon Martin Carthy, Sandy Denny, The Young Tradition, The Watersons, Alan Stivell, Gabriel Yacoub & Malicorne, Tenores de Bitti, etc etc... Mes bassistes préférés, Ashley Hutchings, Chris Hillman, Georges Porter (Meters) James Jamerson.

L : Parlez nous de Deroy, le label qui a pris votre enregistrement en charge.

JD : Deroy était un label, et un service d'enregistrement, la seule option que nous ayons utilisé. Je pense qu'il y a eu 24 copies. Le guide du Record Collector a toujours donné une valeur entre 400 et 600 Livres (dans les 500/800 euros). J'ai récemment vendu une copie qui craquait, pour 350 livres, après qu'on m'en ait offert 500, pour un exemplaire en bon état. J'ignore si la réédition Guerssen a affecté le prix des originaux.

L : D’après vous, l'enregistrement a été désagréable.

JD : Je me suis cogné la tête avant d'entrer dans le studio. Le linteau de la porte était assez bas, et je mesure deux mètres. La session a durée deux heures, et beaucoup des titres sont des premières prises. Aucun souvenir de la production et du mixage. Je l'écoute encore parfois, comme les chansons que nous avons enregistrés en 2012. Toujours étonné de constater que nous sonnons toujours de la même façon, 42 ans après. Je suppose que vous n'étiez pas au courant de cette réunion et de la réédition Guerssen. Plus de détails ici :

http://www.silverserviceconsultancy.co.uk/mothstogether/story_so_far.htm

https://www.reverbnation.com/theoriginalmoths

L : Le disque contient principalement des reprises. Qui a eu l'idée de s'aventurer chez Tim Buckley ? Pas vraiment facile, mais très réussi. Pour notre éducation, qui était David Ackles ?

JD : Nous aimions tous Tim Buckley. Phantasmogoria In Two était probablement une suggestion de Mick Jones (qui la chante sur le disque). On jouait aussi Morning Glory, et avions travaillé Troubadour et Buzzin Fly. David Ackles était un excellent chanteur/pianiste/compositeur, dans un style inhabituel de cabaret, Brecht & Weill. Il est mort en 1999. Nous l'avions découvert par Julie Driscoll, et sa version de Road To Cairo.

L : Faisiez vous des concerts ? Avec la boue, la drogue, les groupies et la foule qui arrachait vos chemises ?

JD : Oui, entre Avril et Juillet 1970 nous avons fait neuf concerts, à cinq membres. Dont un festival dans un parc de Hull, en première partie de Wishbone Ash. Après les vacances d'été, nous avons continué en trio (deux guitares et la basse) pour six ou sept dates en Octobre/Novembre. Des photos sont disponibles :

http://www.silverserviceconsultancy.co.uk/mothstogether/see_us.htm

Je me souviens que la foule et les groupies faisaient preuve d'une grande retenue.

L : Vous avez continué la musique ensuite ?

JD : J'ai joué en public depuis 1968, et suis toujours actif. Un lien de 1985, je suis le chanteur des Four Stanleys, le second groupe dans le film.

https://www.youtube.com/watch?v=a0rMdACxK1I

L : Au sujet de la réédition CD, vous avez été, disons, oubliés pour les royalties.

JD : Le disque a été réédité en CD en 1994, sur le label Kissing Spell. Ils ont donné de l'argent à Mick Jones et John Ellis, mais n'ont pas pu localiser les trois autres membres. Guerssen a fait les choses correctement, en payant tout le monde.

L : Que savez vous de la France ?

JD : J'ai joué dans un Quartet musette en Dordogne, en 1981, et vécu six mois à Sarlat en 1992, chantant dans les rues. Au total, j'ai du aller en France 30 fois. Le plus récemment en Septembre 2015, pour faire du camping au Larzac et au Dolmen de la Bajouliére, près d'Angers. J'ai souvent joué chez vous, considérant l'idée d'enseigner l'anglais, puisque j'en ai la qualification.

L : Votre île déserte, une personne, un cequevoulez, un instrument de musique, un livre, un disque.

JD : Catherine Deneuve, une éternelle bouteille d'Armagnac, ma Fender 12 cordes acoustique, le livre Ulysses de James Joyce, et le disque Go All The Way des Raspberries.

Amicalement.

Lien : youtube

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