Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Rock Progressif : Julian Jay Savarin / Charlotte

par lou 1 Décembre 2016, 17:28

D’après la Bible, le monde fut crée en sept jours. Puis vint Bérurier (un sacré boulot). Et enfin, tout un tas de disques mal fichus, en partance directe pour l'au delà, sans passer par le purgatoire. Plongez un panier dans le fleuve des Enfers, et vous ferez des découvertes gratinées. Vos mains (crochues autant qu'avides) se posant sur l'album de Julian's Treatment (A Time Before This, 1970) c'est, de façon paradoxale, votre tarin qui va s'allonger. Aux commandes, un certain Julian Jay Savarin, auteur de science fiction, natif de la Dominique. Avec l'australienne Cathy Pruden au micro. Précision, voici du vrai progressif prétentieux, comme l'époque en distillait. Terrassé par une vocaliste nullarde (elle braille façon « me marche pas sur les pieds, connard »). Sérieusement, la mère Pruden se ferait même jeter de La Nouvelle Star. Notez, avec le fond musical qu'on lui propose, elle colmate les trous comme elle peut. En gros, le machin parle d'oracles, de prophéties, de donjons obscurs. Bref, se prend grave au sérieux, avec un cigare énorme.

Ian Anderson ? Un monument d'humilité, en comparaison. Comme n'importe quel brise burnes, Savarin n'écoute que sa propre parole. Faust en carton, englué dans une mégalo tragique (pas comique du tout) où l'auditeur (qui?) est attaché sur un calvaire. Du sel versé sur ses plaies, et des pinces à linge fixées sur ses burnes. J'en ai subi des disques chiants, mais de ce niveau rarement. Seul ELP (et encore pas tous les jours) a réussi à accumuler autant de poncifs, en si peu d'espace. Pas moyen de fermer les yeux cinq minutes. Ne jamais se dire qu'ils ont ENFIN trouvé a) un bâillon pour la chanteuse b) autre chose que des circonvolutions grotesques en guise de chanson c) les deux en même temps. Plus j'y réfléchis, plus je me dit que des lots aussi avariés doivent être une sorte de prix à payer, avant de découvrir sa rédemption au coin d'une rue. Et Belzébuth m'en soit témoin, retourner les poubelles à ce niveau là mérite bien une récompense. Un genre de nettoyage de l'enclos à éléphants, après un cassoulet tragique. D'après Savarin, son manque de succès incomberait (ben voyons) à une promotion zéro. Excusez mes rudiments en marketing, mais dans un marché gravement saturé, risquer un paquet de blé sur cette « chose » désagréable et sympa comme une épidémie de vérole, relevait de l'utopie pure et simple. Du coup, Pruden s'est ramassée un bon coup de latte dans le train, et l'entreprise a plié les gaules. Provisoirement.

Et là ça devient (enfin) marrant. Puisque Waiters On The Dance (1971) est génial, grand, beau, simple et magnifique. Une nouvelle chanteuse (Jo Meek) avec une belle voix, et trois tonnes de prétention en moins. Pas con, Savarin s'est dit : «si je mets les choses dans un ordre serré, avec du scotch qui tient bien, et si j'arrête de me prendre à la fois pour Homère et Shakespeare, peut être que ça va fonctionner mon affaire ». La cure a été radicale, en tout cas. Au placard les clichés pompeux, le guitariste interdit de faire des flaques (son gros défaut, sur l'album précédent). Du coup (merde, c'est pas vrai) nous voilà avec un prétendant sérieux au grand chef d’œuvre progressif inconnu. La pièce qui avance masquée, tant elle est belle. Si elle montrait son visage, tous les beaufs en baveraient dans leur futal. Condamné à vivre dans l'ombre, craint le soleil. Comme ces gens trop intelligents, qui préfèrent se taire. Allez-y en confiance, j'ai testé pour vous. Là, c'est pas un chouette album ? Aucune note en trop, beaucoup de logique. Pourtant j'ai la réputation de noter vache. Mais là vraiment (à part une reprise de basse foireuse) c'est la bénédiction totale. L'adoubement sans chichis. Le putain de skeud comme on en voit tous les 3700 ans. L'OVNI à collision frontale. Avec traumatisme indélébile, et commotion irréversible. Comme ce jour où débarquant aux urgences, mal barré pour le futur, je fus accueilli par une très charmante Charlotte. Ange déboulant dans mon existence, pour retourner de suite au néant. J'ai jamais oublié son prénom, ses yeux, ni sa voix. C'est comme ça, Waiters On The Dance, la porte s'ouvre, et dans les dents mon poteau. Arrêtez de me charrier, les mecs, je métaphorise. Champion du soliloque aigre doux, je suis. Et bougez vous le train pour dégotter le pressage original. On a tous une Charlotte qui nous travaille la viande. Suffit juste d'y mettre un nom.

Laurent

LIEN : Waiters On The Dance

commentaires

Haut de page