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Terry Stamp (Third World War) - entrevue

par lou 17 Septembre 2009, 15:16



Parti se mettre au vert à Los Angeles, la  grande gueule de Third Word War vide son sac avec le recul de ses 64 ans. Tout le monde aura sa ration, sans problèmes.

 

L : Vos débuts, premières influences, et premiers groupes.


TS : Les Demons, qui sont ensuite devenus Mike Rabin And The Demons, puis le Mike Rabin Band. J’ai été influencé par Eddie Cochran, Lonnie Donegan, Tommy Steele, Little Richard. Cliff Richard, Buddy Holly....entre autres. Je pense qu’à ce moment la, on était trop jeunes pour réaliser. On aimait le rock américain, et c’est devenu une grosse partie de nos vies. Ce truc mod/rocker est  venu vers 1964. A ce moment la, je jouais avec le Mike Rabin Band, sans prêter beaucoup d’attention à tout ça.  J’ai du être un rocker de 1955 à 1960, et un mod vers 1964/65. Je me souviens des mods s’agglutinant au Wimbledon Palais. Quand la baston s’est déclenchée, c’était mods contre mods, pas un rocker en vue. Ils avaient vite disparu, après 1960.

 

L : Premier disque acheté.


TS : Un des premiers, sinon LE premier, était le Memorial album d’Eddie Cochran, dont j’étais (et suis toujours) un grand fan. Quelques années plus tard (en 1964) on ouvrait pour Gene Vincent, et j’étais dans les vestiaires, avant le concert. Vincent, de dehors, a détruit la porte des chiottes à coup de béquilles, et s’est précipité pour pisser. J’avais un million de questions à lui poser, mais je me suis dégonflé. On s’est dévisagé, et il m’a lancé ce méchant regard de Caroline du Nord, que j’ai interprété comme « Fermes ta gueule, gamin ».

 

L : Comment tout cela a-t-il abouti à Third World War ?


TS : John Fenton, notre futur producteur, m’a présenté Jim Avery qui composait pour les éditions Essex, alors que j’écrivais des paroles pour les éditions Schroeder. Fenton, qui avait des intérêts dans les deux,  nous a mis ensemble dans une pièce, en nous disant d’écrire des chansons. Fenton est venu avec ce nom « Third World War », nous a déniché un contrat avec Essex, et pendant un temps j’ai arrêté d’être routier.

 

L : Sur le premier TWW, il a deux musiciens des Rollings Stones. C’est incroyable.


TS : John Fenton avait rencontré Bobby Keyes et Jim Price dans un club de Soho, le Speakeasy. Ils travaillaient vite, tous les deux, à l’oreille, et semblaient communiquer par la pensée. Je me souviens de Keyes me disant qu’ils étaient « pros ». Ce qui me dégouttait. L’enfoiré a failli prendre un coup de pompe dans le train, mais j’ai laissé passer, il était complètement défoncé. Plus tard, accompagnant Lennon, à New York,  Il  a mentionné qu’il avait joué sur un morceau intitulé Working Class Man. Etape suivante, Lennon chantait Working Class Hero. Tant que j’y pense, jetez une oreille au Children Of The Revolution de T Rex. Le riff est piqué sur notre Preaching Violence. Oui, je sais, c’est du passé maintenant.

 

L : TWW était un groupe qui rockait dur. Votre opinion sur le Flower Power. Pouvait-il changer les choses ?


TS : J’ai toujours pensé que nous étions  assez diversifiés. Il y avait des morceaux cool, et ma vision est encore « Terry Stamp et Jim Avery écrivent des chansons » plutôt que celle d’un groupe nommé TWW. Mais la encore, c’est injuste pour tous  ceux qui ont participé.  Le Flower Power ne m’intéressait pas. C’était loin, dans un endroit qui s’appelait Californie. Il faut replacer les choses en situation, vous demander comment vous auriez agi alors. Et  bien sûr ça dépend de votre âge. Comme disait John Fenton, «La guerre de TWW est une guerre de votre survie personnelle ».

 

L : À l’époque vous aviez l’image de gars aux cheveux courts. Les pochettes étaient très crues, les paroles féroces. Avez-vous semé les graines du punk anglais ?


TS : Je ne me suis senti confortable avec les cheveux longs. Je me souviens que pendant nos concerts, il y avait toujours un groupe de gamins, plantés la, la bouche ouverte. A capter tout ce qu’ils pouvaient. Je voyais bien arriver la suite. 

 

L : TWW faisait beaucoup de concerts ?


TS : Pas assez pour se maintenir à flots, financièrement. On jouait en Angleterre, Allemagne, Finlande, France, toujours plus ou moins fauchés.

 

L : Mick Farren vous tenait en haute estime, allant jusqu’à vous comparer au MC 5. Mais dans une de vos chansons, vous crucifiez les Pink Fairies.


TS : C’est juste une remarque amusante. J’en connais peu sur les Pink Fairies, Hawkwind, et tous ces groupes. Ma seule pensée était « Bonne chance les gars, vous en aurez besoin ».

 

L : Vos combats étaient différents ?


TS : J’ai toujours pensé que c’était une bande de rigolos. Simplement, ils sont dans une autre catégorie. Jamais ils n’ont eu le grand plaisir de démarrer un dix tonnes, dans le froid du matin anglais. Parce que ces enflures étaient bien au chaud dans leurs lits.

 

L : Qu’est ce qui a causé la fin de TWW ?


TS : Simplement le manque d’argent. Mais j’étais content de sortir de là. Sur la fin c’était devenu n’importe quoi. C’est d’ailleurs de là que j’ai eu l’idée de Stage Of Fools, sur Fatsticks, mon premier album solo.

 

L: Parlons en un peu de ce disque. Il est assez dur à trouver de nos jours. Sera-t-il réédité, un jour ?


TS : Il existe quelque part, en CD. J’en ai trouvé une copie sur Internet. Du très bon travail, d’ailleurs.

 

L: Le ton y est  relax, il y a moins de thèmes politiques, vous souriez même sur  la pochette. Et Ollie Halsal (Pattoo) est à la guitare.


TS : Oui, Ollie a fait toutes les guitares, bien qu’on entende la mienne sur Itchy Feet. A&M trouvait celle là trop dure, elle devait disparaître de l’album. Ils donnaient beaucoup d’importance au rôle du producteur, aimaient contrôler ce qui sortait de chez eux.  Et pensez à sourire surtout ! A leur demande, j’ai du adoucir les textes.

 

L: Vous êtes alors parti pour les USA, et produit  un incroyable volume de chansons. Pourquoi a-t-il fallu attendre presque trente ans, pour avoir une distribution en Europe ?


TS : J’étais cramé avec le business anglais, qui nous a tant arnaqué. Mais la fibre de l’écriture était toujours présente, alors je m’amusais à bricoler des chansons. Comme dans Stardom Road, j’en avais soupé des managers, des producteurs, et des maisons de disques.  Depuis 1978, Jim Avery et moi avons repris le contrôle de notre répertoire. Tous renseignements disponibles à GSLMUSIC@AOL. COM.

 

L: Parlez nous de ces deux disques distribués en Angleterre, sur Burning Sheds.


TS : Je ne connais pas les gens de Burning Sheds. C’est Alistair Murphy qui nous a mis en rapport. Il a fait un super travail de production, en emmenant mes démos poussiéreuses, et en leur donnant vie. Avec de supers musiciens. Il a vraiment des doigts en or.

 

L: Que préparez vous actuellement ?


TS : Je complète un coffret de 6 CD, intitulé Terry Stamp’s Stardom Road 1962/2008. Avec 84 chansons.  Et je joue toujours, avec un groupe de blues rock nommé US 99. C’est vraiment le pied.

 

L: Que pensez vous du téléchargement illégal ? Avez-vous des choses à dire sur le business du disque ?


TS : Jim Avery a une formule pour ça. « Quelle différence pour nous ? Puisque les maisons de disques ne nous ont jamais versé un sou ». Je vais beaucoup sur You Tube, il y a beaucoup de choses qui sont simplement un don d’une personne à une autre. Merci à eux. Ce disque (le premier TWW en pochette française) je l’ai vu pour la première fois sur E Bay, il y a quelques années. On ne nous tenait pas au courant des sorties extérieures à l’Angleterre. Sinon, il aurait fallu nous payer plus. Quand à ce 45 tours (français) c’est une nouveauté pour moi. On dirait une compilation de deux faces A anglaises. A ce jour, nous n’avons pas touché un centime pour les disques de TWW, ni pour les rééditions (Repertoire, Spalax, Mason) et probablement beaucoup d’autres que j’ignore. Quand Marc Almond a repris Stardom Road en 2007, je suis allé gueuler chez l’éditeur actuel (Universal Allemagne) pour nos royalties. Un an après, ces rats nous ont versé 300 livres chacun.

 

L : Vous n’échapperez pas à la question sur Obama, et l’état du monde actuel.


TS : Je suis désolé pour Obama, on lui laisse un tel merdier, et tout le monde l’attend au tournant. On verra bien, je lui souhaite bonne chance. Peu de choses m’ont mis en colère ces derniers temps. Je suis parti d’Angleterre, pour me construire une vie meilleure, et j’ai eu de la chance. Me voila grand père, tout est normal. 

 

 

Discographie.

 

 Les deux albums de Third World War communiquent façon enclume sur les doigts. .Rock très pur, fatigué de ruminer son désespoir. Et décidant de gueuler un bon coup par la fenêtre. Plutôt que de coller des affiches pour la révolution, en regardant sa montre.  Fierté prolétarienne affichée, pour faire un doigt à la poisse. En se penchant un peu, on voit néanmoins battre un cœur format cachalot. Qui pompe de la tristesse, avant tout.  Et un sang rouge, insolent de bonne santé. Autant que noir. Celui du mauvais côté de la rue. Stardom Road se déguste la bouche sèche, collé au mur par laforce dégagée. Sa structure rappelant étrangement celle d’un certain Escalier Pour Le Paradis. Nous voici  dans un univers de goudron, de flaques d’huile et d’entrepôts. Monstrueux piége à ours, se refermant doucement, pour annihiler toute forme de frivolité.  Après la débâcle de TWW,  le rare (et fort mal distribué) Fatsticks affichait  un ton beaucoup plus relax.  Et  aurait  presque senti  bon son pub rock, sans cette production stérile. Incapable de museler la voix, toutefois. Seul l’émouvante et dépouillée chanson titre, relevant vraiment la tête. La, au moins, la stérile  brochette de requins de studio (Chris Spedding, Herbie Flowers, and co) ne venait pas gâcher la soupe. Un boogie blues pointu comme Stage Of Fools aurait pu faire des dégâts, mieux exploité. 

 

 

Quadragénaires aux  illusions mortes, mes compagnons de voyage, venez comme des gueux affamés.  Ce fut un immense plaisir de voir ressurgir notre homme, après trente ans d’oubli. Reconverti en Dylan/Waits/Springsteen, quand ils sont les plus grands. Ses grosses paluches de routier distribuent toujours des baffes, mais aux mots maintenant. Une plume étonnante, pour une musique adulte et grave.  Pleine d’histoires tragiques, de héros aussi banals que glorieux. Servis par une écriture supérieure, et un vrai génie des mots. Autant que des trésors de leur agencement. Ballades, rockabilly teigneux, il sait tout faire. Sans s’abriter derrière son ampli. Une forte coloration acoustique, beaucoup d’espace. Rien de plus. La voix accuse son comptant de cernes sous les yeux, et de clopes. Tant mieux pour nous. Cerise sur le pudding, l’énorme anthologie Terry Stamp’s  Stardom Road (6 cd) fait le point sur quarante années d’écriture acharnée et précise. Un univers peu connu, mais passionnant à explorer.  Peaufinage maniaque d’un idéal libertaire, et profondément humain.

 

 

 

Third World War.  Same (1970) et TWW 2 (1972).

En solo. Fatsticks (1975) Bootlace Johnnie And The Ninety Nines (2004) Howling For The Highway Home (2007).

 

 

 

Merci à Alistair Murphy sans qui tout cela n’aurait pas été possible.

 

http://www.cromerzone.co.uk/Cromerzone/Alistair_Murphy.html

 

 

Version intégrale de l’entretien à retrouver sur

 

http://goodvibes.canalblog.com/archives/2009/07/25/14504427.html#comments

Laurent.

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