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Vibravoid - Turn On, Turn In, Drop Out !

par lou 28 Septembre 2009, 17:35


Comment ça, un groupe allemand ? Des nostalgiques de l’Euro Disco, sûrement. Ou des attardés du thrash metal teuton. Voire (on vit une époque formidable) un mélange des deux.  Rangez-moi ce sac plastique, vous vomirez plus tard, en écoutant la radio. L’heure est à Vibravoid, nouvelle merveille d’un rock psychédélique fière sur lui, et surtout pas honteux, ou fonctionnant à la nostalgie. Le genre qui connaît toutes les vieilles recettes, et arrive à surprendre encore. Tant on les sent imprégnés, baignés de leur truc jusqu’à l’ADN.  Écoutez-les reprendre un vieux hit, et en faire leur chose. Et tous ces sons parfumés qui giclent un peu partout, pour vous ouvrir la conscience. Rien que la batterie, j’en pleure. Toujours sur les bons coups, Fuzzine leur a donné la parole.

 

Fuzzine : Comment est née l’idée de Vibravoid ?

 

Vibravoid : Probablement d’une coïncidence cosmique. Nous sommes la matérialisation d’une volonté de résister. C’est ce qui nous décrit le mieux.

 

F : C’est facile d’être entendu sur la scène rock allemande ?

 

V : C’est la merde partout.  Les gens ne veulent pas écouter la musique comme une forme d’art ou de communication. Elle est réduite à un bruit de fond, n’importe quoi que ce soit. On collectionne en terme de quantité non de qualité. Très très dur de survivre, pour un groupe comme nous. Quand on a payé notre loyer, il ne reste rien.

 

F : Votre discographie est dense, pas facile à se procurer. En plus, vous multipliez les pressages différents. C’est volontaire ? Dans quel but ?

 

V : Je suis accro au vinyle, et n’impose à personne d’acheter ces disques. Je fais tout pour que ce soit un disque que j’ai envie d’acheter, moi. C’est destiné à tous ceux qui aiment les possibilités de faire quelque chose de spécial, d’un album ordinaire. Je pense qu’il est vital pour la musique, de revendiquer l’idée Vibravoid de plusieurs façons. Tout est créé de morceaux, destinés à n’en devenir qu’un seul qui évolue naturellement, avec le groupe au fil du temps. De toute façon, les éditions différentes sont souvent très limitées. Si vous en trouvez une chouette, c’est un trésor à aimer.

 

F : Vous avez une vraie culture du vinyle ?

 

V : Ça ne se discute pas. Tant qu’on peut se servir du vinyle, allons-y. Et pas pour en produire des tonnes. Il y a toujours des gens qui préfèrent ce son, et le processus d’écoute.  Vous entrez directement dans le vif du sujet. Il faut retourner le disque, ce qui donne plus de liberté artistique, pour créer une certaine dramaturgie dans l’ordre des morceaux.  Vous devez toucher le disque, ce qui le rend plus proche, et d’autant plus vrai. Je pense que le vinyle est une culture irremplaçable.  Les CD sont ok quand ils remplacent les vieux magnétophones. Les définitions modernes du son et les systèmes surround sont vraiment chouettes. Mais incapables de remplacer le bon vieux disque vinyle.

 

F : Sur le premier album, il y a une chanson intitulée Lovely Lady Deb O Nair, c’est un hommage à Deb O Nair, la claviériste des Fuzztones ?

 

V : Oh oui, les Fuzztones étaient un des groupes que j’aimais vraiment dans les années 80.  Et Deb O Nair faisait flasher tous les mecs. Quelque chose comme un fantasme, pour les branchés garage.  Je l’ai rencontré après la sortie de l’album, et elle connaît cette chanson, qui figure aussi sur une compilation des Fuzztones. Elle est tellement adorable, très bonne aux claviers, et présente toujours aussi bien.

 

F : Votre dernier EP comprend des reprises de krautrock. Sur Politics Of Extasy, c’est Incense And Peppermint (Strawberry Alarm Clock) qui y passe. Qu'est-ce qui vous donne l’envie de reprendre ces monuments ? Comment est fait le choix ?

 

V : Toutes les chansons que nous reprenons sont des mises en évidence de mes morceaux favoris. Je les ai écoutés si souvent que je peux presque les jouer automatiquement. En général, on les essaye d’abord sur scène, et si les gens aiment, on les enregistre. Il faut avouer que c’est marrant de refaire les morceaux d’autres gens. Ça aide parfois à analyser ce que vous aimez, puisque vous comprenez mieux la structure et les intentions. Une autre raison, spécialement en live, nous essayons de faire vivre cette musique et ses monuments. Ce n’est pas de l’envie de jouer ça, c’est un devoir.

 

F : Sur votre site, sur vos pochettes, il y a un vrai travail esthétique. C’est important pour vous ? Vous en faites autant en concert ?

 

V : Vibravoid se comporte toujours comme une expérience de multimédia artistique, au-delà des conventions d’un concert ordinaire. Totalement différent de ce que vous pouvez espérer. Le principal c’est qu’il se passe quelque chose, différent de tout ce que vous avez connu avant.  Avec une atmosphère de liberté totale. Au point qu’on puisse penser que tout est possible.  Même si le concert est mauvais, mais il y a toujours une bonne raison.  Vibravoid catalyse l’instant. On a un gros light show, on joue très fort, c’est plus une expérience psychédélique qu’un concert de rock.  Il y a aussi un côté théâtral et satirique. Vous devez le voir pour le croire, c’est totalement délirant.

 

 

F : Vous avez participé au festival Yellowstock cet été. Racontez-nous l’atmosphère.

 

V : C’était vraiment chouette. Un festival charmant limite théâtre de rue. J’espère qu’il sera possible d’y revenir.  L’organisateur est très jeune, et fait un super boulot. On a pu utiliser une partie de nos éclairages, et acheter de la bonne tisane sur le parking. Donc, notre condition était bonne pour le concert. Malheureusement, je n’ai pas pu voir les autres groupes, comme je dois aussi m’occuper de notre stand, et parler aux gens.

 

F : Et la France ?

 

V : Que dire ? Hé, la France, demandez-nous !!! On est juste trois mecs maigrichons, donc on mange peu, et on tient peu de place. Comme on est végétariens, on ne coûte pas cher à nourrir. Donnez-nous des feuilles, ce n’est pas grave. On est faciles à vivre, et on a un super look.  Je veux jouer à Paris, vous savez qu’on vient de Düsseldorf,  qu’on surnomme le petit Paris, car c’est la ville numéro un de la mode, en Allemagne.  Et je vous promets de travailler mon français, ce qui j’imagine vous fera beaucoup rire. Bonjour, voilà les Vibravoid.

 

F : Même si vos influences sont évidentes, il est difficile de vous caser dans un genre précis.

 

V : Vibravoid est un paradoxe, un but pour créer un art durable et unique. C’est la musique que j’aime, sonnant comme je pense qu’elle doit le faire. Il y a mes influences, et bizarrement j’ai tendance à aimer la musique des années 60, sans le vouloir. Chaque fois que je découvre quelque chose de nouveau et d’intéressant, c’est toujours de cette période. D’accord, il y a des exceptions, comme les Spacemen 3, Loop ou Dukes Of Stratosphear.

 

F : Vous enregistrez un album par an, comment réagit votre label ?

 

V : Ils sont cool avec ça, ils savent que j’écris beaucoup, sans dépendre de personne, puisque je joue de tous les instruments. Je fais tout le temps de la musique, et je l’enregistre. Tant que c’est de bonne qualité, pas de problèmes pour le sortir. Comme les disques s’épuisent vite, les gens doivent aimer ça.

 

F : En lisant quelques magazines "inde", "underground" (NOISE pour ne pas les citer, excellent magazine d'ailleurs) , on a un peu l'impression que depuis quelques temps tout le monde se réclame un peu du psychédélisme. Vousqui êtes quand même indubitablement à fond dedans depuis pas mal de temps, j'aimerai savoir ce que vous en pensez?

 

 

V : Malheureusement, on vit dans un monde où ce genre de choses n’est pas mis en avant. Vous apprenez seulement de la merde à l’école, et comment obéir à ceux qui vous exploitent. Il est vraiment difficile d’attendre des gens la révolution rock, qu’est basiquement la musique psychédélique. J’ai vraiment du mal avec ce qui porte ce nom aujourd’hui. C’est principalement du  mauvais hard rock, sans rien de psyché. Ça fait branché de se réclamer Psyché, ça donne une image underground. Juste un effet mode, reflétant bien notre époque de désorientation. Mais chacun de nous a besoin de musique psychédélique, pour être bien et se trouver. Aucun doute.

 

F : Connaissez-vous ces groupes français, qui se revendiquent kraut ou psychédélique ? Particulièrement ceux du label Pan European Recordings (Aqua Nebula Oscilllator, Turzi).

 

V : Oui, je vais voir Shazulla et Aqua Nebula Oscilllator la semaine prochaine, pas loin d’ici. Comme ils ouvrent pour le Cult, leur musique sera plus resserrée, ils ont seulement trente minutes. J’espère qu’ils vont m’arracher le cerveau.

 

F : Le téléchargement est maintenant une réalité.

 

V : Je me fous de tout ça.  J’écoute seulement du vinyle, pas de CD, je ne regarde pas la télé, ni ne lis les journaux.  De la musique tout le temps, ce qui est plus important que la politique. Je ne veux pas être gouverné par des idiots.

 

: Politics Of Extasy  est une référence directe à Tim Leary. Les drogues sont importantes pour vous ? Pour votre créativité ?

 

V : Une part de la culture. Vous en tirez ce que vous voulez en faire.  Une seule chose à dire : l’alcool pue, c’est la pire et la plus inefficace des drogues. Tout juste bon à nettoyer les tapis. Pourquoi cette merde est-elle légale ?

 

F : Un petit scoop pour nous ?

 

V : Croyez-le où non, je pense à enregistrer des classiques français des années 60. Comme Pierre Henry, France Gall, Polnareff ou Gainsbourg. J’ai toujours aimé ce côté pop, cette atmosphère. Bien sûr, j’aime ce que ces artistes ont enregistré en allemand. La musique est un tel triomphe de l’art et de la culture !

 


 

Entretien mené par Venukse et Lou, traduction et intro réalisées par Laurent.

 

LIEN : Myspace
           Vibravoid


A venir prochainement quelques chroniques de leur discographie délirante.



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