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Amon Duul - La Sphère Allemande/Entretien Avec John Weinzierl

par lou 9 Mars 2011, 09:19

AMON DUUL

 

La Sphère Allemande

 

Entretien avec John Wienzierl

http://www.albumrock.net/dyn_img/groupes/1704.jpgA l’instar de Can, Amon Düül représente la troisième voix du rock, ou pour mieux dire, de la pop music. Là où le rock californien s’engonça dans les méandres de la dope, où les anglais se prirent au jeu de la mégalomanie avec leur rock progressif, une scène européenne émergea d’un vieux continent bourré de contradictions, entre les vestiges d’une torpeur fasciste et celle d’une éducation rigoureuse et forcément classieuse. D’influence classique, la scène que l’on nomma vulgairement krautrock, ou space rock, s’en inspira indéniablement, de la musique concrète de Karlheinz Stockhausen en passant par Philip Glass.

Amon Düül, au-delà de ses origines musicales, est avant tout un collectif d’artistes avant-gardistes comme il en existait des dizaines à travers toute l’Allemagne, désireux de bouleverser un ordre bourgeois et stérile. Des débuts de la Kommune à l’éclatement du premier collectif, en passant par le chef d’œuvre Yéti, retour sur une carrière qui encore aujourd’hui se poursuit, à travers un panorama des albums cruciaux d’Amon Düül, et d’une rencontre cosmique avec John Weinzierl, leader charismatique du groupe.

 

Lou : Parlez-nous de la Kommune, dans la mesure où vous apparteniez à cette communauté. Comment était ce, en termes d'atmosphère et de rêves ? A quoi ressemblait l'underground allemand, à la fin des années 60 ?

 

John Weinzierl : Comme la famille type (4 générations) avait été décimée par la guerre et l'industrie, nous avions décidé de vivre en communauté, car c'est simplement la façon la plus humaine d'exister. C'était bien. Tout comme l'underground, mais là vous devriez être plus spécifique avec ce genre de questions, on pourrait écrire des livres entiers sur le sujet.

 

L : Au début, Amon Düül était une sorte de groupement très politisé. Quel regard avez-vous aujourd'hui ? Qu'en reste t-il ?

 

JW : Bien sûr, vous devez être politisés aujourd'hui, aussi. Je n'y crois plus, puisque tout cela a été pris en main par les administrations. Les politicards ne représentent plus du tout les gens. Ils font leurs petites affaires avec le monde de la finance, sans faire attention au genre humain, ce qui est censé être leur rôle. Je pense qu'ils ne comprennent rien à ce qui se passe, de toute façon. Et les peuples souffrent de n'être plus représentés du tout. Le peuple est utilisé à des fins de destruction, et personne ne semble pouvoir arrêter ça, c'est vraiment l'autoroute pour l'enfer. Regardez ce qui se passe en Afrique et en Arabie en ce moment. Les gens descendent dans la rue, balancent les méchants à l'eau. Apparemment, c'est la seule solution. Dans les pays industrialisés, c'est encore pire, bien que les gens ne réalisent pas. Nous sommes otages des grosses boites, qui nous exploitent sans pitié. Le vulgaire, le cupide et l'absurde mènent le monde.

 

Laurent : Il est pratiquement impossible de trouver un élément basique du rock dans la musique d'Amon Düül. Par qui étiez-vous influencé ? Que pensez-vous de cette opinion qui veut que chaque groupe allemand ait vu la lumière à travers Stockhausen, le Velvet Underground, Zappa et Pink Floyd ?

 

JW : Si vous écoutez bien, vous trouverez ces longs morceaux, dans nos disques. Pas que nous n'ayons pas su arrêter un morceau, mais ils reflètent la tradition classique de notre pays. Beaucoup de notre travail en a la structure. Donc nous mélangions les aspects traditionnels avec les idées du rock. Et ainsi de suite.

 

L : Quelles étaient vos méthodes d'enregistrement et d'écriture. Quand tant de choses ont été dites improvisées ?

 

JW : Nos disques, bien que l'art de l'improvisation y soit important, étaient produits, écrits, et arrangés.

 

L : Si vous deviez citer trois album clés, dans cette longue carrière ?

 

JW : Sergent Pepper, Piper At The Gates Of Dawn, Hapshash And The Coloured Coat.

 

L : La partie la plus créative des années 60 passe par l'usage des drogues. Qu'en était-il avec Amon Düül ?

 

JW : L'importance des drogues a été amplifiée par les médias. Chaque culture les utilise. Notre culture contemporaine est basée sur l'alcool. Dans les années 60/70, beaucoup de gens expérimentaient avec des choses comme le LSD. Le but n'était pas de s'exploser la tête, ou de fuir la réalité à travers les drogues, mais une tentative pour s'évader d'une prison. Ça n'a pas marché. Aujourd'hui, les dopes sont utilisées pour vous mettre dans le brouillard, ce qui je pense est terrible. La drogue rend impossible n'importe quel développement spirituel, et empêche les gens de devenir de «vrais êtres humains».

http://www.scannerfm.com/wp-content/uploads/2009/11/thumbnailaspmr4.jpg

 

L : Au milieu des seventies, la musique était moins improvisée et anarchique. Vous aviez atteint la fin de ce genre d'approche ?

 

JW : Nous avions un nouveau et mauvais producteur.

 

L : Qui est sur la pochette de Yeti, finalement. Simplement Shrat ?

 

JW : C'est un gars nommé Krischke. Malheureusement, il est mort peu de temps après la prise de la photo.

 

L : Avec le Net, il y a eu des tonnes de groupes allemands à redécouvrir. Comment expliquez-vous cette explosion, dans un pays relativement conservateur. La guerre était-elle importante dans ce flot de nouveaux sons et attitudes ?

 

JW : Pas tant la guerre que les monstruosités qui en sont restées.

 

L : Le téléchargement a fait beaucoup pour la redécouverte de ce qu'on a appelé Krautrock. Que pensez-vous de cette appellation ? Vous connaissez le livre de Julian Cope sur la question ?

 

JW : Cette expression bidon, «Krautrock», a été inventée par un journaliste anglais, qui voyait les groupes allemands envahir son pays. C'était censé être une insulte. J'ai lu le livre de Julian, il y a quelques bonnes idées, mais....

 

L : Avez-vous entendu ce groupe allemand nommé Vibravoid ? Que pensez-vous de la scène allemande actuelle ?

 

JW : Non. Notre scène a été détruite par l'industrie. Les jeunes musiciens ont très peu de chances de jouer. De grosses émissions merdiques distribuées par des télés débiles polluent tout. Le vrai truc se trouve encore dans l'underground, et nous essayons d'échapper à cette mécanique de débilitation. La pub détruit le sens commun, et nous devons souffrir du puant, du cupide, et du stupide. Vous n'êtes pas civilisés, vous êtes juste industrialisés.

 

L : Que faites vous maintenant ? Toujours de la musique ?

 

JW : Bien sûr. Il y a un nouvel album expérimental à télécharger sur www.amonduul.de. Ces deux dernières années, nous avons joué dans de grands festivals comme Athens, Oslo, Roadburn, ou l'an passé, en juin, le Sweden Rock Festival, qui était fantastique. Et beaucoup d'autres. Nous retournons à Oslo en avril de cette année. Nous sommes apparus à la BBC, et sur les TV et radios suédoises. Également, nous avons écrit trois musiques de film, l'an dernier. Nous pensons à rejouer une fois par mois, dans un club de Munich, pour créer une plateforme perpétuelle. Et beaucoup d'autres idées...

 

Entretien mené par Lou avec l’aide de Potato.

 

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