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Blues - Philippe Ménard - Entretien

par lou 14 Février 2011, 09:54

BLUES

 

Philippe Ménard / Entretien

 

France Bleue

 

Par Laurent et James

Ok, ce pays a sacrément le blues. Et pas seulement à cause de son chômage en hausse, ni de sa croissance en berne. Aussi grâce à des gens comme Philippe Ménard, qui dédient leur vie à la bonne cause du blues et du boogie. Ignoré des «médias qui comptent» (rions un peu) notre homme prolonge la parole de Rory Gallagher et de Johnny Winter, sur toutes les scènes qui veulent bien de lui. A notre goût, pas de croisade plus nobles, ni de croisé de meilleur goût. Grâce à notre ami James (merci) Philippe a bien voulu poser sa guitare cinq minutes, et répondre à nos questions. Après Johan Asherton, encore un talent que la France cachait, et que Fuzzine se devait d'attirer dans la lumière. Bleues les ampoules, bien sûr.

http://2.bp.blogspot.com/-EBuCGgfBIhs/TVjvTAD_1eI/AAAAAAAABKQ/a0aIHjHlY0Q/s400/03%2B-%2BPhilippe%2BMenard%2Bchorus%2Bfebrier%2B2008.jpg

Laurent  : Présentation à nos lecteurs. Premières influences, première envie de devenir musicien, premier disque acheté.

 

Philippe Ménard : Né en Saône et Loire à Paray le Monial le 19 Novembre 1953, première guitare à 14 ans, (premier disque, aussi, un 45t des Stones: Paint it Black/ Lady Jane).  A  17 ans, je découvre Johnny Winter (époque Johnny Winter live And.. avec Rick Derringer, Randy Jo Hobbs et Bobby Caldwell) lors d’un festival à Aix en Provence. C’est la révélation, je serai guitariste (adieu le projet d'être vétérinaire). Puis la famille émigre à Bordeaux, premiers groupes (Arbre, Moby Dick). Je découvre Rory Gallagher. Cinq ans plus tard, arrivée à Nantes , je fonde le groupe Carol, puis quatre ans plus tard, le groupe Cambouis avec lequel j’enregistre mon premier 45t. La même année (1977), création du groupe Téquila avec Claudine Lapart, basse, et Eric Breton, drums. Style blues rock en français. Un an plus tard, signature chez Hexagone, dist. WEA, pour trois Lps. Nous n’en ferons que deux, Lâchés, les Lions enregistré en Normandie, et Chacun pour soi (et dieu pour personne) enregistré à Londres, tournées (nous jouions régulièrement sur les festivals avec Backstage, Ganafoul, Little Bob, etc…), création d’un label (Street Records) avec un ami d'Angoulême pour sortir le 3ème Lp Rebelle  (enregistré au nord de Rennes à Mélesse). Puis Eric Breton quitte le groupe, et Claudine et moi continuons sous le nom d’Appaloosa, avec le batteur Franck Thomelet (qui joue actuellement avec Bo Weavil). Rapidement nous reprenons le nom de Téquila pour ne pas perdre l’avantage d’un nom déjà connu. La nouveauté est que je me suis décidé à chanter en anglais, ce qui a pour résultat de nous ouvrir les frontières, tournées en Hollande, Allemagne (Est et Ouest), Tchécoslovaquie, Autriche… À partir de cette époque, le groupe se résume plutôt à un guitariste chanteur compositeur, qui voit défiler les bassistes et batteurs. Claudine ayant quitté le groupe, il y aura successivement Franck Thomelet et Popof Chevalier, avec qui sort le 1er CD du groupe (Stampede Thru Europe), Hughes Chesneau et Popof Chevalier, puis Hilaire Rama et Kovi Lawson (+), avec qui nous sortirons l’unique CD Live du groupe (Tequila Live), qui sera le dernier, puis Hilaire Rama et Jean-Louis Suschetet (+). Les derniers sidemen seront Miro Dvorsky et Martin Stevko, deux amis musiciens de Bratislava, Slovaquie. Cette dernière équipe s'arrête en 94, avec le retour chez eux de mes potes, car il n’y avait pas d’espoir de visa longue durée pour eux à cette période où les charters commençaient à être à la mode. Dommage, car un nouveau CD était en préparation. C'est à ce moment que j’ai décidé de jouer tout seul, ras le bol de remonter le répertoire, et besoin de changement.

 

L: On connait à peu près Tequila, pas du tout ton autre groupe, Cambouis. Des traces enregistrées ?

 

PM : Cambouis a donc fait un seul 45t, J’attends qu’elle ait ses 15 ans, et en face B, T'entendras parler de moi, style rock punk. Le gag de l’aventure est que nous avions enregistré dans le studio de Serge Danot, créateur et producteur du Manège enchanté (Margotte et Pollux) sur une vieille console de l’ORTF. Wok n’woll ! Line Up du groupe : Albert Choisnet, chant, Marcel Chotard, basse, Jean-Luc Trécan, guitare, Jérôme Gasmi, drums, et Philippe Ménard, guitare. 500 exemplaires pressés, inutile de te dire que l’objet est recherché.

 

L : Je me souviens qu'à l'époque la scène blues française se résumait (pour les journaux) à Backstage.

 

PM : Pas vraiment. Nous avons tous eu des articles dans Best et Rock & folk (merci Michel Embareck, Philippe Lacoche et d’autres), et je me rappelle qu’à l’époque les journalistes nous regroupaient sous l’appellation «blue wave». En radio, Patrice Blanc Francart (émission Loup Garou) nous a également bien aidé.

 

L : Est-il exact que Tequila n'ait pas eu son mot à dire sur le choix des titres du premier album ?

 

C’est vrai que pour chacun des deux premiers albums, on nous a demandé plus de morceaux que ce que pouvait contenir un Lp. Et la production ayant dans l’idée de nous façonner une image rock (voir la première pochette, tous en blouson de cuir alors que nous n’en avions jamais porté avant !), elle a éliminé les titres les plus bluesy.

 

L : Vous estimez avoir tourné et enregistré dans de bonnes conditions, tout de même ?

 

En ce qui concerne les disques, bien sûr. Même si le 1er s’est fait en 6 jours seulement, et  le 2eme (à Londres) en deux semaines en enregistrant uniquement la nuit. Sans doute moins cher. De toute manière, pour un groupe aussi jeune, c’était une belle aventure, même si, avec le recul, c’est tentant de penser qu’on aurait dû attendre et mûrir un peu. En tout cas moi, personnellement, je ne regrette rien. Pour les tournées, c’est autre chose car très rapidement il y a eu clash avec notre tourneur Bobby Bruno, qui ne s’occupait plus que de Trust depuis qu’ils avaient décroché le pactole avec CBS, et il a bien fallu s’y coller tout seul.

 

L : Y a-t-il un syndrome du rock français, une part de malédiction dés qu'on veut faire autre chose que de la variété dans ce pays ?

 

C’est le genre de question que je ne me pose pas, y a qu’a foncer et y croire un peu beaucoup.

 

L : Raconte nous ce qui vous est arrivé à Lyon, à l'époque du troisième album, c'est parait-il assez comique.

 

Bon, ben on s’est fait cambrioler le bus en plein jour, pendant le repas qui suivait la balance. Résultat, plus personne n’avait de fringues de rechange (personnellement j’ai terminé le tour avec un jean sans braguette), plus de papiers d’identité, environ 350 disques envolés. Heureusement, les instruments étaient déjà dans la salle,et donc nous avons pu continuer notre tournée. Le plus délicat était de savoir où on jouait le lendemain, vu que le manager n’avait plus aucun contrat avec lui. Alors on roulait vers le nord et on achetait les journaux pour voir si Téquila était annoncé quelque part. Et une fois sur place on essayait de faire dire à l’organisateur dans la conversation combien on devait être payé car personne ne s’en souvenait. N'empêche, cette tournée galère, avec le groupe Station d'Angoulême en 1ere partie, on a bien rigolé, même si au bout de quelques jours on l’avait baptisée tournée «poches vides et couilles pleines».

 

L : Qu'est que ça implique d'être un artiste indépendant en France ? Surtout si on se risque dans le blues ? La liberté avant tout ?

 

Bien sûr, c’est la liberté de tout décider, tout contrôler, c’est assez jouissif. Mais il y a aussi une raison plus logique. Quand on joue du blues en France, et qu’on tourne régulièrement comme c’est mon cas (merci Brigitte),il n’y a aucun intérêt à être signé par un petit label qui vendra moins de disques que nous, prendra la moitié du gâteau minimum, et ne fera pratiquement pas de promo puisqu’il n’en a pas les moyens. Bon, c’est mon point de vue, confirmé par les deux expériences (sur huit CD) faites l’une avec Night and Day, l’autre avec Mosaïque. Cela dit merci à eux de s'être intéressé à moi.

 

L : On te sait fan de Gallagher, mais moins de Patto, ce qui est plus original.

 

Ollie Halshall (+)( guitare, vibraphone, piano…) était un génie et Mike Patto (+) un sacré chanteur. Ce groupe de barjos me file toujours des frissons et me ramène dans une autre vie, un peu comme quand on réécoute le tout premier disque de Soft Machine

 

L : Tu as joué avec Gerry Mc Avoy (historique bassiste de Rory, ndlr.) C'était un vieux rêve ? Le bonhomme a été à la hauteur ?

 

Tu parles ! Cette idée d’hommage est partie du programmateur du festival des Rendez-vous de l’Erdre à Nantes (Armand Meignan), et comme je n’étais pas très chaud pour le faire, je lui ai répondu «d’accord, mais avec Gerry Mc Avoy».A ma grande surprise il m’a dit OK tu le contactes et on voit ça. Et, Oh bonheur, Gerry a tout de suite accepté, bien qu’il joue la veille en Angleterre avec Nine Below Zero. L’angoisse, c’était qu’on ne pouvait répéter que le matin du concert pendant 2 heures, pour 2 heures de show le soir. Mais Gerry est un vrai gentleman, il a assuré et s’est donné à fond, tout comme Peter Kempe des Juke Joints à qui j’avais proposé de tenir la batterie. Les deux lascars m’ont réellement porté et ça s’est super bien passé devant un public nombreux et chaleureux.

En descendant de scène, Gerry me dit : « Hey, c’était pas mal pour trois jours de répétitions». Et, en prime, il a ajouté: «Si tu as d’autres plans comme ça, pas de problème, on remet ça». J’espère vraiment que ça se refera.

 

http://1.bp.blogspot.com/-I-d-unrrkgw/TVjv_bYBSGI/AAAAAAAABKY/NhNFm73rWAU/s1600/05%2B-%2BPhilippe%2BMenard%2Bchorus%2Bfebrier%2B2008.jpgL : D'après James, tu écouterais encore des 78 tours ? Avec quel matériel et qui ? Robert Johnson ?

 

Effectivement, j’ai toute une collection de vieux 78t époque jazz New Orleans (Kid Ory, Tommy Ladnier... et quelques big bands (Duke Ellington, …) récupérés à la mort de mon père. Je les écoute sur un vieux Teppaz, et aussi quand je suis vraiment maso, je branche un ancestral lecteur à aiguille, mais avec ampli, s’il vous plaît (Phillips la Voix de son Maître, 1942). Et là, ça sonne d’enfer. Mais il y a très peu de blues dans ma collection (de 78t, parce que Lp et Cd,  ça va bien, merci)

 

L : Quels musiciens actuels (tous genres confondus) ont tes faveurs ?

 

Jimi Hendrix, Rory Gallagher, Ollie Halshall, Sean Costello, Joe Strummer, Keith Moon,

Steve Mariott, Hound Dog Taylor, R L Burnside, J B Lenoir, Billie Holiday, Mahalia Jackson, Rosetta Tharpe … ben zut, ils sont tous morts.

 

L : Que penses tu de l'état du «divertissement» à l'heure actuelle ? De tous ces gamins qui croient au Père Noël médiatique, et qu'on presse comme des citrons ?

 

Je m'en fous royalement, sincèrement, à eux de réagir.

 

L : Parle nous de cet instrument bizarre que tu as inventé ?

 

Je ne l’ai pas inventé, c’est juste un peu modernisé parce que je l’ai électrifié. On appelle ça un Diddley Bow : une planche, une corde et n’importe quel objet pour jouer en slide (moi j’utilise deux tournevis ). On peut voir Jessie Mae Hemphill en jouer dans un documentaire sur le blues rural. Souvent, la corde est fixée à la verticale sur un mur.

 

L : Tu as joué au Japon, comment était le public ? Plus chaud que par ici ou peu habitué au blues rock ?

 

J’ai joué au festival de Jazz de Niigata, je suis passé entre deux big bands de 30 et 11 musiciens. Inutile de te dire que Mémène avec son bazar bricolé ça a fait de l’effet. Et comme je ne jouais pas très longtemps, j’ai envoyé la purée, et ça a bien mis l’ambiance. Super souvenir. Pour la chaleur, indépendamment du public, il y avait ce qu’il fallait, la clim de notre piaule était réglée à 27°, et quand tu y entrais, tu avais l’impression d’avoir froid par rapport à l’extérieur.

 

L : Prochaine étape dans ta carrière ?

 

Le Père Noël m’amène une guitare neuve. Et je continue à jouer partout.

 

L : La question qui tue, l'ile déserte. Où ?

 

Pas loin, pour pouvoir tricher de temps en temps et revenir voir les potes et la famille.

 

L : Et si tu devais y emmener une personne ?

 

Brigitte, c’te question !

 

L : Un film ?

 

Un Ken Loach au choix.

 

L : Un disque ?

 

In the Upper Room, par Mahalia Jackson.

 

L : Un livre ?

 

Le  dictionnaire en 6 volumes de 1923 de mon grand père, qui se lit comme un roman et avec plein de belles cartes en couleurs qui se déplient, et avec lequel on apprend plein de choses. Bon, d’accord, ça fait 6 livres... Ou alors le bouquin de Keith Richards en anglais, que je viens d’acheter et que je n’ai pas encore ouvert.

 

L : Et un instrument de musique ?

 

J’sais pas, un machin avec des cordes, accordé à gauche...

 

Photos issus du concert organisé par Chorus en Mai 2008.

 

 http://www.philippemenard.com/index_suite.htm

 

commentaires

GOUARIN Yannick 18/01/2014 12:33

Bonjour, je suis président d' une association culturelle ACL PORNICHET.et je suis a la recherche d' un musicien voire + pour animer une après-midi de 15h a 17h00 dans une salle publique a pornichet.le dimanche 7 décembre 2014 ( Nous le faisons chaque année) Pouvez vous me dire quels cachets vous attendez, dois je déclarer sacem ??GUSO??Nous avons un petit budget et nos spectateurs sont attables avec patisseries et boissons.Merci de me contacter ( notre recherche musicale se trouve dans le repertoire folk, rok, pop exotique a gouarin.yannick@neuf.fr Cordialement

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