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BOUQUIN - Mick Farren / La Mauvaise Réputation

par lou 7 Août 2012, 10:25

BOUQUIN ROCK

 

Mick Farren

 

Give The Anarchist A Cigarette

http://www.historyofnme.com/wp-content/uploads/2012/03/farren.jpg

 

Drogues ? Communiste ? Anarchiste ? Liste des revues et publications auxquelles vous avez participé ? Mick Farren, Grovesnor Square, Ambassade des Etats Unis. Londres. 1979. Notre vieil anar chéri est sur le grill.  D'un entretien, pour obtenir sa carte de résident US. Comme il le dit lui-même, en principe, ce genre de choses est une formalité. Seulement, quand la machine a ingéré son dossier, elle a eu comme une remontée d'acide. Voilà bien toute l'histoire d'un monde où un vieux hippie n'a plus guère sa place. A plus forte raison s’il s'est outrageusement singularisé dans la décennie passée. Et quand on connait le bonhomme, son penchant pour le chaos constructif, autant que ce don pour être là où ça se passe, il est facile d'imaginer que lui et les coincés du Pentagone, ça fait deux. Voire trois. Son autobiographie (Give The Anarchist A Cigarette) fait partie de ces bouquins mythiques, qui balisent le chemin de la libre pensée. Revue et corrigée avec BEAUCOUP de dope, de cul, et de rock. Pensez Do It ou Acid Test. Aussi visionnaire acerbe que Hunter S. Thompson, bien que largement moins connu, Farren a dégagé un sacré bout de terrain. La plupart du temps seul, autant qu'incompris et raide fracassé. Pendant que les petits bourgeois Jagger et Mac Cartney prospéraient, et prenaient le thé (non trafiqué) avec la famille royale.

 

http://2.bp.blogspot.com/-Xc-V1YmG9tk/Tjs326T3BdI/AAAAAAAAUzk/ohkQmewXLns/s1600/Cape+Farren+Give+the+Anarchist+a+Cigarette.jpg400 pages, donc. Non traduites, bien sûr. Et il a la plume généreuse, le père Mick. Pas moyen de lire en diagonale, l'importance et l'impétuosité de sa prose calment tout de suite. Alors il faut, bon élève, suivre en ordre. Et apprendre des tonnes de choses. Sur la vie en Angleterre dans les années 60, quand les mœurs étaient encore bien rigides. Les flics de sa majesté avaient un système de gestion des freaks assez simple. Ni dialogue ni concertation, directement dans la tronche. Laquelle complaisance se retrouvait aussi dans le système judiciaire. Les procès intentés aux principaux  canards underground (fidèlement et largement relayés ici) apparaissent, avec le recul, plus relevé d'une forme d'inquisition et de contrôle de la pensée que d'un motif rationnel. L'autorité était réac, par exemple, au point de considérer les comics US comme pornographiques. Torquemada n'avait pas réussi à envoyer les Rolling Stones en cabane, mais on pouvait encore essayer d'enrayer les miasmes du vent mauvais. Même si toute cette jeunesse inconsciente prenait le partie des hirsutes à guitares.

 

Au milieu de tout ce barouf, Farren reste égal à lui-même. La révolution avant tout. Dès 1967, alors qu'il bossait comme portier au club UFO (haut lieu des nuits branchées du Londres acide) il voyait les choses partir en saucisse. Son travail consistait, surtout, à gérer les resquilleurs, et à empêcher les ex mods/futurs skinheads de cogner sur les chevelus. Pour les fleurs et l'amour, vous repasserez. Mine de renseignements sur un tas de choses intéressantes (la genèse des Deviants et de leurs trois disques) le livre laisse pantois quant à l'acuité des souvenirs. Ce type en a ingurgité des tonnes, bu des hectolitres, mais sa mémoire est quasi parfaite. Et puis il a la dent dure. Avec Joe Boyd, arriviste calculateur. Avec Paul Rudolph (mauvais esprit). Avec les punks, jeunes cons incapables de prendre le relais. Pas de règlements de compte (pourtant attendus) par contre avec Twink. Et pas un mot sur la production de Think Pink. Le silence est le plus grand des mépris, disait mon arrière-grand-mère.

 

Maintenant, soyons justes, si des siècles de tradition Victorienne, bien gluante, nous avaient transformés en momies gâteuses (et vissés sur un trône pour nous cirer les pompes) beaucoup de subtilités (la condition du bas peuple) nous auraient sans doute échappés. Celles qui font le sel de Give The Anarchist A Cigarette. La vie en communauté, les plans foireux de dopes diverses (le passage sur le gaz hilarant est gratiné) et la luxuriance des débauches. En bringue avec les Pretty Things, par exemple. Les Deviants restant (Mick dixit) des amateurs, question hédonisme sauvage, face au groupe de Phil May. Et puis il y a les festivals, la grande terreur des flics. La description du stalag qu'était Wight 1970 donne des frissons. Fertile terreau pour la contre révolution. Dans la mesure où la version officielle avait du plomb dans l'aile. Si tout avait bien marché. Puisque en réalité le troupeau se faisait gentiment tondre. Et en redemandait.

 

Ou l'apocalyptique foire aux bestiaux qu'était Weeley 1971 (le dealer officiel se nommait John Lechiotte, si si). Prendre son pied dans ces conditions, relevait de l'exploit. Et faisait peu de cas des bons conseils de la médecine. Regardez la tête des Pink Fairies aujourd'hui, pour comprendre.  Mick Farren a survécu à tout cela, et à bien pire. Il a vu l'Angleterre virer en eau de boudin. Et craqué le jour où le batteur d'Hawkwind lui a avoué être favorable à Thatcher.  La rombière blindée, amie de Pinochet. Vous avez bien lu. Les carottes britonnes étaient vraiment cuites. Pour finir sur une note drolatique (navrante ?) le bouquin est, je le disais, dur à trouver. Mais disponible en téléchargement sur tablettes tactiles. Ces machins qui sont à la lecture ce que le fromage light est au camembert puant et coulant. De toute façon (rires gras) rien ne remplace le plaisir de traduire (soi-même) le récit de ce que Mick nomme «my first rock and roll blow job». Merci la subversion.

Laurent

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