Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Captain Beefheart - An Ashtray Heart

par lou 27 Septembre 2012, 10:22

LIVE

 

Captain Beefheart - An Ashtray Heart


 

Les Convictions Sont Des Prisons

L'autre jour, grosse crise de rire à la radio. Ça m’arrive de temps en temps. Par exemple, le jour où j'ai entendu «le nouveau Dylan». Un franchouillard rimaillant sa poésie de collégien acnéique. Comme si il avait overdosé sur Cabrel, et confondu Joan Baez avec une cheftaine scout (la niaise qui mène la chorale de Saint Coincédufion). Mais la semaine passée, on battait des records.  Touchant à l'essence même de ce que fait exister Fuzzine, la cohorte des rédacteurs, et les milliers de fans avides. Le sujet proposait, c'est ambitieux, de comprendre comment les nouveaux artistes étaient fabriqués (pardon «préparés à leur carrière»). Et c'était pas triste. Façon ludique de planquer  une opération promo. Dans ces occasions, tout le monde a droit au micro, à part peut-être l'artiste (pardon «le cœur de cible»). Le peu qu'on lui accorde, réside dans le débit régulier d'une leçon bien récitée. Et on est prévenus d'avance, le type bosse dur. Il doit se prendre en main, se construire tout seul. En d'autres termes, on a investi sur toi coco, alors tu te bouges les miches. Sinon tu retournes empiler des sacs de patates, au fin fond de ton trou pourri de l'Idaho (ou du Cotentin). Pour bien nous prouver que tout ceci est impitoyable, on nous balance même la révélation suprême. Celle qui, VRAIMENT, fait la différence. Le gars, là (on s'en balance de son nom, retenez juste le titre du disque), il apprend à se servir......d'une Gibson Les Paul ? Non de Twitter. Appréciez la musicalité. Dans mon esprit vieille école, un artiste murit sur scène, d'abord. Allant chercher les fans l'un après l'autre. Dans des rades infâmes, entassant gig miteux sur concert foireux. Et puis un single, deux, un album...

http://ecx.images-amazon.com/images/I/61uuCvGNnXL._SL500_AA300_.jpg

Les Pink Fairies, Rolling Stones ou MC 5 sont passés par là. Pas de honte. L’oreillette me souffle que j'ai douze siècles de retard.  Maintenant, on veut des produits (si si) rentables à court terme. Comme  toute forme de sens critique a été anéantie dans l'esprit des gens, ça passe tout seul. Alors, merci aux courageux qui sortent un nouveau live de Captain Beefheart. Des dingues ou des idéalistes. Surement un peu des deux. Allez, on va pas demander l'impossible non plus. Juste un comme ça tous les trois ans. J'en vois beaucoup qui sortent, mais un petit nombre s'approche. Visages connus. Amateurs de vibrations tordues. Occasion de plus en plus rare de sacrifier à la purification spirituelle. Se prouver qu'on est pas encore totalement bouffé par le putain de système. Cracher au bassinet pour une bonne cause. Capable, toujours, d'apprécier une double couche de piment sur un lit de tabasco. Et d'en redemander. Notre jeune ami Homeward a, assez brillamment, évoqué le cas Don Van Vliet récemment. Rajoutons en une dose, à la santé de tout ce qui tourne carré. La mort du bon Captain (2010) a été l'occasion de remettre en lumière (stroboscopique) ce vieux coucou. Dont on était sans nouvelles depuis  pas longtemps de trente ans. Son dernier disque doit dater de 1982 (Ice Cream For Crow, pas le plus mauvais de la cuvée). Un magnifique album live (tirage ultra limité, concert de 1978) est bien sorti chez Rhino, mais bonne chance pour se le procurer sans prendre une hypothèque. An Ashtray Heart compile donc quatre concerts différents, sans catastrophe sonore irréversible. Et d'abord, le gros du lot, 12 morceaux capturés à Vancouver le 17/01/1981. Le temps passant, la bête s'était un peu calmée, mais absolument pas standardisée. Toujours ces rythmes biscornus, ces architectures sorties d'un mauvais trip à la HP Lovercraft. Blues détruit à la hache, reconstruit free jazz mal boulonné. Le son (un peu) caverneux ajoute à la sensation d’être agressé par un maniaque. Qui vous prend par le col, et vous braille des bizarreries en pleine poire. Parce que le Captain est, vocalement, en pleine forme. Les octaves et les gammes, l'homme s'en fout totalement, savez-vous. Sa modulation à lui relève du schéma de votre (notre) budget. Que ça monte un peu, avant de descendre beaucoup. Et ainsi de suite, sans que derrière on ait bougé d'un centimètre. Résultat certain d'un dressage impitoyable, comme le lanista entrainait ses gladiateurs. Quel rapport entre la cour et le jardin, me direz-vous. Franchement aucune idée. Au bout de dix minutes, on s'aperçoit que, finalement, c'est bien mieux comme ça. Non, beaucoup mieux. Souvenir d'une interview de l'époque, ou un des guitaristes restait mystérieux sur la tonalité des morceaux.

 

On imagine que s'accorder dans la tonalité du lapin carotte bémol, voire en homme miroir mineur, doit poser quelques problèmes. Voilà de quoi réjouir les vieux amateurs, même si un peu raide pour les débutants. J'en connais qui vont chérir, par contre, les trois chansons suivantes. Capturées à Detroit (15/01/1971). Malgré l'âge, le son est superbe, et ce concentré de Bo Diddley propulsant Sun Ra à coups de pompes dans le train fait son effet. Celui d'avoir la tête coincé dans une machine à laver en plein essorage, sans prélavage. Disons Charlie Parker, après une indigestion de grenouilles trop fraiches. Comment le micro tient le coup n'est pas précisé dans le manuel. La, honnêtement, faut s'accrocher pour survivre au tsunami. Essayez seulement de comprendre le jeu du batteur. Et vous pourrez monter votre boite de métronomes.  Plat de résistance, raison principale de donner quinze euros, Orange Claw Hammer (1/11/1975) déboule comme un cran d’arrêt.  Sorte de folk blues, où Captain Beefheart ridiculise toute forme de toile émeri. Le vieil ennemi Zappa à la guitare, pour une démonstration d'efficacité rythmique. L'enregistrement provient d'un show radio, avec les deux oiseaux en invité. L'ambiance devait être loin de la morosité. Un trésor à sortir d'urgence. On conclut avec deux extraits du Saturday Night Live (Novembre 1980). Les bandes patinent un peu, mais l’interprétation violente emporte tout au passage. Pas parti pour battre des records de vente, certes, juste une bonne tranche de blues surréaliste. Marque déposé. Inimitable.

 

Laurent

 

commentaires

Haut de page