Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Charles Bukowski - Shakespeare n'a jamais fait ça

par lou 15 Juin 2012, 10:20

LITTERATURE

 

Charles Bukowski - Shakespeare N'a Jamais Fait Ca

 

 

Mes cuites sont plus belles que vos jours

http://2.bp.blogspot.com/-gJfWJC4mfgk/T1u5uj9KoXI/AAAAAAAAAFY/9t-el9GKhF0/s1600/IMG_0053.JPGCertains (mauvais citoyens probablement) vous diront que les trois plus grands écrivains américains du vingtième siècle, étaient de foutus allumés. Ce qu'on nomme aussi dans le monde civilisé (Michel Drucker's trademark of langue de pute) des «personnalités atypiques». Autre façon de dire qu'on a rien pigé, jamais lu un traitre mot de leurs bouquins, mais tout est dans la nuance. En clair, vous pouvez les inviter à coté de Mme Chirac (oh oui) ils vont rester polis. Et éviter de vomir partout au bout de dix minutes. Encore moins tarter la gueule de l'animateur (one more time) après la énième question con. Les atrabilaires du début (qui se révèlent plus érudits que l'ordre moral et le vide cérébral des rayons de la libraire locale ne le laissaient supposer) ajouteront, dans un silence consterné autant que consternant, que leur œuvre compte autant dans la contre-culture que Jimi Hendrix où le festival de Monterey. Et renifleront de mépris en éteignant leur télé. John Fante (1909/1983) Hunter S. Thompson (1937/2005) et Charles Bukowski (1920/1994) sont maintenant considérés comme de vrais maîtres, chacun au moins un livre adapté (bien) au cinéma. Et on a toujours un petit pincement d'émotion quand sortent des inédits. Peut-être un jour viendra le temps de Richard Brautigan, qui reste si désespérément confidentiel. Prions le diable. Aujourd'hui, c'est le vieux Buk qui s'y colle. S’il est célèbre en Hexagonie, c'est bien pour son scandale chez Pivot, en 1978. Rond comme une queue de pelle, il avait quitté le plateau, avant d’être viré par la sécurité. Des histoires pareilles, Gainsbourg en alignait une collection exhaustive à son tableau de chasse. Qu'on lui ressortait à toutes les sauces, chaque fois que possible. Pauvres médias français, plus à l'aise pour cirer les pompes de BHL que pour envisager un brin de sympathie envers l'outrance et l'haleine de putois.  

http://3.bp.blogspot.com/-TCatgL7D7uA/T1uZYjWD_EI/AAAAAAAAAE0/Iv5ZHG1dVzM/s1600/charles-bukowski-shakespeare-n-a-jamais-fait-ca.jpg

Shakespearen'a jamais fait ça (tu m'étonnes, ce buveur d'eau chaude) est donc le court récit d'une petite tournée promo en Europe. Bukowski se voit alors un écrivain reconnu, plus besoin de zoner dans des taudis, ou de se foutre sur la tronche avec des clodos. Monsieur aime flamber aux courses, également. Et roule en BMW. Mais question gnôle, entre lui et sa nana, c'est toujours des hectolitres ou rien. Alors, un carnet de voyage net et précis, efficacité et concision d'abord. Buk a beau écluser sans trêve ni répit (du pinard, de la bière, tout ce qui passe) son acuité et son recul restent intacts. Il a trop galéré pour croire au miracle. Spectateur plus qu'acteur, il se contente de décrire, et d'un coup vous balance une imparable tirade sur n'importe quoi. Dieu, le temps qu'il fait, ou les oiseaux. Sans y penser. Comme il pisserait sa gnôle contre un mur. Le reste du temps, il semble avoir mis un filtre sur ses émotions. Même la rencontre avec son oncle, pas vu depuis des lustres, n'éveille chez lui que le minimum syndical de prise à offrir au danger. Risque de se découvrir trop, d'en ramasser une fois de plus plein les dents. Loin de jouer à la star le vieux poivrot génial se contente de se protéger. A sa façon. La seule fois où il pousse sa gueulante, c'est à propos des foutus hippodromes européens. Pas seulement capables d'offrir un service de paris à la hauteur. D'ailleurs il est déjà temps de retrouver Los Angeles. La comédie absurde de la promo ne changera pas l'homme. Qui s'embrouille d'entrée avec deux antiques perruches. L'une d’elles a malencontreusement reçu un coup de valise de Buk, l'autre voit déjà le procès arriver, et les dollars tomber dru. Sauter dans un taxi, retrouver son chat et ses bourrins de course. Nous sommes tous des Bukowski, dans le fond. Juste (beaucoup) moins imbibé. Et avec infiniment moins de talent. Celui qui consiste à dire beaucoup, avec des phrases simples. Rester naturel, quoi. Les fans apprécieront, les autres peuvent toujours préférer le Goncourt et le Nobel. A signaler une iconographie (noir et blanc) abondante. Mon camarade Homeward me rappelle que j'ai oublié de parler de Kerouac (honte à moi) et je citerais aussi Selby. On oublie trop souvent de lire, pour se remplir les oreilles. Les deux ne sont pas incompatibles. La qualité, elle seule, faisant la différence. Buk adorait le classique, détestait le rock, et avait consacré presque autant de temps à bouquiner qu'à s'arsouiller. Aucune raison pour vous de l'ignorer plus longtemps, si c'est votre malheureux sort.

Laurent.

 

commentaires

Haut de page