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Collectionnite - Entretien avec Samuel Coomans - Le Saint Graal

par lou 23 Août 2011, 15:00

Collectionnite

 

Entretien avec Samuel Coomans

 

Le Saint Graal

Pour beaucoup (qui se reconnaitront, et dont je fais partie) c'est le but d'une vie. La traque obsessionnelle DU collector, de la pièce rare à faire baver le Dieu du vinyle lui-même. Mint, pas mint, état du disque, de la pochette, haine du scotch et de la signature débile au dos... Les générations passées ne faisaient pas de cadeaux à leurs disques. Choses que nous, nourris de CD's fonctionnels et moches, avons tant de mal à comprendre. Alors, on se console comme on peut, en allant saler nos blessures sur des sites à s'arracher les yeux. Parmi ceux-là, celui de Samuel Coomans fait plus que fort. Et nous renvoie sans pitié à nos illusions perdues d'avance. Il nous a paru intéressant de rencontrer le bonhomme, pour discuter passion. Même si Fuzzine est plus Rolling Stones/Pretty Things dans l’âme, que classiquement Beatles, pas tous les jours qu'on croise quelqu'un capable de vous dégainer un pressage angolais (si si) de ces derniers. Avec modestie et gentillesse, Samuel a bien voulu nous distiller conseils et avis. Juste de quoi nous motiver encore plus, pour notre calvaire/but ultime quotidien. En 45 tours, avec pochette glacée. Cas sociaux, vous êtes moins seuls.

 

http://www.7inchrecords.com/

 

 http://www.7inchrecords.com/img/worldep.jpg

 

Laurent : Comment êtes-vous venu à la musique, et de là à la collection de disques ?

 

Samuel Coomans : Vers neuf ou dix ans, j'ai commencé à écouter de la musique. Etant enfant unique, mais rendant visite à mes neveux plus âgés, de temps en temps, au début des années 80, j'ai pu connaître AC/DC, Pink Floyd, Joy Division, les groupes Punk et New Wave. Et avoir une approche musicale, de bonne heure. A quatorze, j'ai commencé à faire le DJ, pour une station de radio locale. Plus tard, quand ce hobby est devenu une sorte de second métier, j'ai rencontré Jos Baudewijn, à l'époque un producteur réputé, pour la radio nationale Belge. Jos avait cette incroyable collection de disques, accumulée au fil des années, avec tout ce que les compagnies de disques lui envoyaient comme promos et démos. La diversité du vinyle, des pochettes et des raretés a aiguillonné mon intérêt. Et c'est pour ça que j'ai commencé à collectionner moi-même.

 

L : Vous faisiez de la radio à 14 ans. Donc, étant encore ado, vous aviez déjà une large culture musicale ?

 

SC : Quand j'ai commencé, ils m'ont donné une émission tôt le matin. Après tout, j'avais besoin d'apprendre. Plus tard, j'ai eu des horaires de grande écoute, sur plusieurs stations de radio belges. La musique était sélectionnée par les producteurs, et on devait se plier à ce format. Pendant les années 90, j'ai présenté un show pendant plus de cent quarante semaines, dans lequel on jouait de la musique des 70's, et sans passer deux fois le même morceau. J'ai appris beaucoup, surtout la diversité des styles. Il y a le début du disco, le glam, mais aussi le rock progressif, etc.....J'ai même expérimenté la transition du vinyle au CD. Ça peut sembler étrange, mais la collection est venue après que les radios aient cessé de passer des vinyles, qui sont devenus plus recherchés. L'introduction du CD avait spectaculairement augmenté la valeur des disques. Pendant les 80's, le vinyle était relativement peu onéreux, et les disques rares coutaient trois ronds. Pour le moment, le CD est presque mort, bien que je n'aie jamais cru qu'il recevrait le même accueil que le vinyle. Pour les collectionneurs, celui-ci représente la matérialisation de la musique. Vous pouvez le saisir, sentir ses vibrations, et, le plus important, entendre ce son profond et chaleureux.

 

L : Quel est votre pièce la plus rare ? Le format que vous collectionnez le plus ?

 

SC : Avant tout, je suis un collectionneur de 45 tours et EP's des Beatles. Les LP's ne m'inspirent pas beaucoup, la principale raison étant la pochette de l'album. La plupart sont arrivés sur le marché avec la même couverture, ce qui n'était pas le cas pour les singles et les EP's. Leur design est différent dans tous les pays du monde. Les compagnies d'impressions locales produisaient quelque chose, chacune de leur côté, et dans la plupart des cas EMI n'était pas au courant. Quand j'ai rencontré Jack Oliver (ancien président d'Apple) il y a quelques années, à Hollywood, il a confirmé qu'un pays pouvait choisir sa pochette lui-même. Tant que la publicité était bonne, et stimulait les ventes de l'album. Ce qui a mené a une grande variété de couvertures. Parfois de véritables pièces d'art, parfois sans aucune créativité. En plus, les branches locales de la maison de disque étaient libres de compiler les chansons, raison pour laquelle on trouve tant de couplages différents. Collectionner les singles et les EP's est plus compliqué, parce qu'ils étaient joués à mort. Des noms écrits sur les pochettes et les labels, et parfois la pochette simplement jetée. Quand on parle de raretés dans ma collection, le numéro un est définitivement, My Bonnie sur Decca, qui crédite les Beatles en «Beat Brother». Ce disque a été pressé aux USA, et il semble qu'il en existe seulement une poignée. En bon état, il peut valoir 10000 euros. Les autres raretés sont celles venant d'Egypte, du Congo, Costa Rica, et autres destinations exotique comme l'Iran ou le Pakistan.

 

L : Parlons de votre incroyable site. Quelle a été la pièce la plus difficile à traquer ?

 

SC : Quand j'ai publié les quatre tomes de la discographie des Beatles, inventorier celles des autres groupes est devenu une vraie passion. Chercher des pressages plus ou moins rares, lire les biographies et histoires des groupes grands et petits, des années 60 ou 70, augmente vraiment vos connaissances musicales. Qu'on parle de Cream, de Roy Orbison ou de Bob Dylan, ils ont tous commencé en jouant dans des petits clubs, et en enregistrant un premier single. Lequel  était souvent pressé en petite quantité, et est devenu très recherché. Le Laughing Gnome belge de David Bowie (avec sa pochette photo) est un bon exemple de rareté. Je l'ai trouvé au début des années 90, pour dix euros. Maintenant il en coute 2000. Les EP's français contiennent souvent des choses spéciales, qui valent beaucoup. Si vous arrivez à les trouver. Pour chaque groupe sur mon site, il y a une édition particulière. Ça peut me prendre des années avant de trouver une image ou un scan. Pratiquement toutes les semaines, je reçois des mises à jour de collectionneurs, qui ne sont pas incluses dans les discographies.

 

L : Au sujet des cotations, comment sont-elle établies ?  Le site est tenu à jour à ce niveau ?

 

SC : Etablir un prix juste n'est pas simple. Au fil des années, j'ai acquis de l'expérience en comparant les prix, dans les foires aux disques, sur Ebay et Popsike, et en discutant avec les collectionneurs du monde entier. C'est comme ça que je peux estimer les prix. Bien que parfois, ce ne soit pas la référence absolue. Les prix sur mon site sont des indications, censées donner une direction. Parfois, des disques de valeur se vendent à des tarifs plus bas. C'est seulement censé donner aux gens une estimation pour leurs disques. La cote de plusieurs groupes a diminué ces dernières années, pendant que d'autres augmentaient. C'est l’ascenseur. La question principale est : restera-t-il assez de collectionneurs ? Les jeunes générations prendront-elles la relève ?

 

L : Qui sont les artistes les plus côtés, aujourd'hui ? Y a-t-il du changement à ce niveau ?

 

SC : Oh oui. Elvis par exemple. Les disques des pionniers du rock ont beaucoup baissé, dans les 10 ou 20 dernières années. Le prix des vrais trésors est toujours respectablement haut, contrairement aux éditions plus banales. Les groupes de glam comme Sweet ou T-Rex ont aussi diminué. Les artistes à suivre aujourd'hui sont Bob Dylan, les Who, Beatles, Sex Pistols, Queen, Pink Floyd et les Rolling Stones. Mais aussi les disques Motown. Et le jazz sur Blue Note est hautement collector.

 

Pascal : Que pensez-vous de Popsike ? Vous l'utilisez ou vous faites confiance à votre propre expérience ?

 

SC : Popsike ne peut pas mentir, puisque-il concerne les enchères sur eBay. C'est une bonne indication du prix d'un disque. Et il est intéressant de voir la tendance pendant un certain laps de temps. Ce n'est pas une discographie, comme mon site. Et je doute que ce soit leur but principal.

 

http://www.7inchrecords.com/Discography/Stones/SconlemielacrimeITA2.jpgP/L : Une question pour le clan Rolling Stones. Cette édition italienne de Con Le Mie Lacrime (horrible version, NDLR) est-elle originale ? J'ai le single (sans la pochette) et c'est un BIEM.

 

SC : Un original, sans problème. Pas moins de 10 variations sur le label, la moitié en BIEM. Le disque se présente souvent avec la pochette Con Le Mie Lacrime, et a été réédité dans les années 70, avec un design totalement différent. Ce tirage est une vraie rareté.

 

L : Vous gagnez votre vie seulement avec la musique ?

 

SC : J'aimerais bien, mais pour l'instant c'est non. Mon site est en accès libre, parce que je veux partager  l'information avec chaque collectionneur. Je travaille parfois pour Capitol Records, à Los Angeles. Il y a plusieurs années, j'ai été amené à rencontrer les responsables média de la branche d'Hollywood. Qui m'ont demandé de coopérer au design de I Tunes. En leur envoyant des scans de ma propre collection, ils ont pu créer le graphisme des CD, ou de la bibliothèque I Tunes. J'ai un diplôme d'architecte, et pendant la journée je conçois des saunas et des centres de remise en forme.

 

L : Parlez-nous de ce single angolais des Beatles ?  Comment l'avez-vous connu ?

 

SC : Etant une ancienne colonie portugaise, l'Angola vendait des pressages portugais. Un seul disque mentionnait Fabricado Em Angola, l'édition de Oh Darling/Here Comes The Sun. Jusqu'à maintenant, on ignore combien de copies ont été pressées. Mais il est certain qu'elles étaient destinées aux résidents portugais, comme les pressages anglais en Inde, ou belges au Congo. Il est certain à 100% que toutes les anciennes colonies européennes sortaient des disques des Beatles.  Pas facile de les trouver, ça demande un peu de chance. J'ai acheté ma copie à la foire d'Utrecht. A l'époque j'ignorais son existence, et c'est seulement après avoir lu les petits caractères sur la pochette que j'ai réalisé que c'était un original. Pour les collectionneurs expérimentés, notez que le pressage angolais à une pochette noire et blanche, tandis que la portugaise est en couleur.

 

L : Vous découvrez toujours de nouvelles musiques ? Trop de collection peut tuer un peu, quelque part.

 

SC : Je ne suis certainement pas scotché au passé. Mon époux, Tim, collectionne Placebo, les groupes alternatifs anglais (notre préférence) et on va souvent voir des concerts comme Muse ou Coldplay. Le Rap, la Dance ou le Hip Hop ne sont pas notre tasse de thé. Ce que j'observe, c'est la façon dont le vieux façonne le nouveau. Beaucoup de groupes récents confessent avoir été grandement influencés par les Beatles. Ce qui prouve que les jeunes musiciens connaissent l'histoire du rock, et ils célèbrent les vrais maitres. Mais, écouter de la musique, c'est aussi fonction de son humeur du moment. Je peux apprécier Enya, ses sons relaxants, mais j'aime aussi le mur du son de Killing Joke, avec Jaz Coleman, leur chanteur sauvage.

 

L : Toujours à la recherche de nouveaux vinyles ? Vous êtes du genre à vous lever tôt le dimanche matin, ou à acheter relax sur eBay?

 

SC : Pour découvrir de nouvelles musiques, You Tube a certainement ouvert des portes. On peut découvrir beaucoup de fantastiques jeunes talents, rejouant des chansons connues. Leurs interprétations sont souvent meilleures, voire plus accrocheuses que les originaux. J’achète parfois de nouveaux CD sur Amazon ou Bol.com. Comme le dernier Duran Duran, et on a aussi pris des tickets pour leur concert de Bruxelles, le mois prochain.

J'étais du genre chineur du dimanche matin, mais hélas, ces petites foires sympas ont pratiquement disparues en Belgique. Et les choses qui se vendent là ne sont pas intéressantes, beaucoup de CD et de DVD.  Mais les vrais disques rares ont disparus. Pour les trouver, c'est eBay.

 

L : Que pense votre mère (ou copine, ou épouse) de votre passion ?

 

SC : En fait, je suis marié à un homme. Et j'ai la chance qu'il partage ma passion pour la musique. Quand je découvre un nouveau trésor, il est le premier à le savoir.

 

L : Pensez-vous que le net a changé quelque chose, dans le monde tranquille de la collection de disques ? En bien ou en mal ?

 

SC : Certainement dans la façon dont les gens collectionnent. Le monde est devenu un village, avec la possibilité d'acheter des choses très rares et obscures, venant des pays les plus reculés, simplement en cliquant. Comme je l'ai déjà dit, Internet a non seulement tué les petites foires aux disques, mais aussi les disquaires de quartier. Et c'est à pleurer. D'un autre côté, trouver des raretés est devenu si facile. Un ami à moi collectionne le jazz latin et la bossa nova.  Pour trouver les grosses pièces, il faut chercher dans le pays d’origine, ce qu'il peut faire en cherchant sur Internet. C'est une sacrée évolution. Et je dois admettre que sans le web, je n'aurais jamais créé mon site.  L'information est abondante, et le contact entre collectionneurs n'a jamais été aussi facile. 

 

L : Que savez-vous, musicalement, de la France (à part le fait que nos EP's sont beaux).

 

SC : Je connais les chansonniers français, puisque mes parents étaient de grands fans de Gilbert Bécaud, Charles Aznavour et Dalida. Mais j'apprécie aussi des artistes comme Johnny Halliday. Un jour je ferai sa discographie, là je manque de place sur le serveur. J'aime aussi France Gall. En fait, on apprécie tous les deux la France, et visitons régulièrement le pays. Vin français et chansons françaises, la rencontre parfaite. Pour le beat sixties et le psychédélisme, je manque de connaissances. Bien que je connaisse les Yper Sounds et les Rhythm Checkers.

 

L : Trois conseils que vous pourriez donner à un jeune collectionneur, dans la mesure où on en connait pas mal.

 

SC : Règle numéro un, collectionnez seulement ce que vous aimez. Pas la peine de commencer à entasser des disques, parce que vous avez entendu dire qu'ils ont de la valeur. Après tout, qui peut prédire leur valeur, dans les années à venir. Ce serait très désagréable de se dire qu'une collection  de disques que vous n'aimez pas, ne vaut plus rien.

 

Règle numéro deux, ne dépensez pas trop d'argent pour un disque. Parfois, c'est tentant. Mais soyez certain qu'un jour vous le retrouverez, beaucoup moins cher.

 

Règle numéro trois, n'écrivez jamais votre nom sur une pochette ou un rond central. A moins que vous ne soyez Paul Mc Cartney.

 

Entretien mené par Laurent et Pascal.

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