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Dossier Spécial Chanteuses - Vos Gueules, Les Machos

par lou 12 Mars 2013, 10:14

DOSSIER SPECIAL CHANTEUSES

 

Martha Velez / Jo-Ann Kelly / Bridget St John

 

Vos Gueules, Les Machos!

 

Chez Fuzzine, on respecte tout le monde. Et si on passe notre temps à écouter de la musique, une large partie de notre appareil auditif est dévolue à des filles. Demandez à Sardine (amie de la rédaction) qui vous confirmera que les blagues bien lourdes (style Patrick Sébastien en goguette) sont loin de nos préoccupations, tant on a autre chose à faire. Bon, de temps en temps une vanne sur les blondes, mais juste pour détendre l’atmosphère. Avant de replonger dans nos disques. Un papier qui devrait (au moins) nous valoir des félicitations dans Marie Claire (on aurait bonne mine).

 

http://farm4.static.flickr.com/3067/2491682962_5f646d7cb7_m.jpg Attaquons donc avec l'américaine Martha Velez, et son CV impressionnant. Si certains n'ont rien fichu à l'école (merci) elle est surdiplômée en psychologie. Elle a également tâté du cinéma, du théâtre, et vu un de ses albums produit par Bob Marley lui-même. Son chouette Friends And Angels date de 1969. La pochette la voit se tenir la tête, avec des gants d'acier. Elle a soit une bonne migraine, soit l'envie de nous suggérer que c'est elle qui tient les rênes. Parce qu'avec la brochette de musiciens convoqués, il faut en avoir à offrir pour maintenir sa place. Jugez : Clapton, Jack Bruce, Brian Auger, Stan Webb et Chicken Shack, Jim Capaldi, Paul Kossoff, Mitch Mitchell, Chris Wood, Duster Bennett, et un paquet d'autres moins connus. Ajoutez une section de cuivres, et bonne chance à Mick Vernon (le producteur) pour gérer tout ça. Fort heureusement, personne ne cherche à se mettre absolument en avant. Avec un casting pareil, la discipline de groupe est essentielle. Ambiance bluesy, mais rigoureuse. Quand tous ces pros cuisinent dans le même sens, ça peut être gouteux. Et l'ensemble passe à peu près bien. La patronne possède une voix puissante (très Joplin) et chaleureuse. Si les chansons (dont une reprise de Dylan) sont sans génie, elles forment un ensemble équilibré, qui permet d'envisager un bon moment. A signaler un horrible exercice en Castafiore majeure, totalement incongru. Vous êtes vautré sous vos écouteurs, quand (morceau cinq) la voix bien rocailleuse se mue en l'organe d'Hildegarde Choucroute (cantatrice teutonne) et vous glace de terreur. Moment d'angoisse fort bref, mais réussissant presque à gâcher le pied qui se dessinait, doucement.

LIEN : Youtube

 

Restons dans le blues, et chez les anglais. Où toute une armada de barbus/chevelus semble avoir squatté les places de devant. La bière et la sueur, John Mayall qui vient faire le bœuf dans une boite de Soho, tout ça est archi connu. Mais quasiment aucune présence féminine, à part celle de Christine Mc Vie. Qui jouait les utilités ici et là, a sorti un disque solo, avant de participer au hold up du siècle (alors que Peter Green faisait la queue à la soupe populaire). Demandez aux millions de gens qui ont achetéRumours de vous citer son nom, ils vont tirer une drôle de trombine. D'ailleurs qui s'intéresse encore à toutes ces histoires de Blue Horizon, de nos jours. Encore moins à l’arrière salle du rock anglais. Aberration de l'Histoire, Jo Ann Kelly (1944/1990) reste un nom confidentiel. Par exemple moins connue que Gordon Smith. Alors qu'elle jouait exactement la même musique. On sait que son frère (Dave) était le leader du Blues Band (estimable combo) dans les années 80. Pas non plus la meilleure période pour ce genre de sport. Mais de Jo Ann, point. Elle qui s'éloignait pourtant largement de l'option je-copie-Elmore-James, donnant une vision plus personnelle du vieux douze mesures. Je me souviens avoir pris une baffe gigantesque à l'écoute de son premier disque. En dépit de conditions d'enregistrement plus que rudimentaires, l'album se descend comme du jus de cactus. Le jeu de guitare est certes puissant, mais la voix arrache tout sur son passage. Difficile de croire qu'une petite blanche possède un organe pareil. Comme remixée à travers un phonographe. Surgissant entre deux cordes vocales en acier.

http://wurzel0.de/sound4u/img/Jo-Ann_Kelly.jpg
La pochette de l'album ne révélait qu'une nénette un peu baba, planquée derrière ses grosses lunettes. Sauf que JAK se permettait de reprendre Charley Patton ou Muddy Waters, sans craindre les phallocrates. Et le diable sait que taper un blues juste est un don que bien peu de gens possèdent. Si, évidemment, on veut faire autre chose que d'esquinter un gros accord de mi majeur. Demandez à Robert Johnson. Mieux, JAK aurait décliné une offre de Canned Heat et une tournée avec Johnny Winter. Alors, son nom est resté confidentiel, jusqu'à son décès (tumeur du cerveau) en 1990. Tout juste était-il donné d'apprendre qu'elle avait enregistré en duo avec Tony Mac Phee. De plus elle avait un sacré caractère, se méfiait d'un métier qui vous caresse pour mieux vous balancer. Bien sûr, elle a peu enregistré, mais on trouve facilement du matériel inédit. Notre référent blues ardennais nous conseille (entre autres) la double anthologie Black Rat Swing, couvrant toute sa carrière. Soit 45 morceaux, live ou en studio. Un parcours aussi complet qu'une vie, à œuvrer dans le même sens. Mais pas en restant sur place. Blues acoustiques (les meilleurs) ou avec un couleur rag (le grand Bob Hall au piano) la patronne n'est jamais prise en défaut. Ou pire, suspectée de manger à plusieurs râteliers. Même sur les morceaux plus soul (pas un exercice facile) on la sent à l'aise, voire encombrée par des choristes inutiles. Un bon paquet de reprises figurent sur la compilation, et c'est toujours un repère pour situer la compétence d'un artiste. I Can't Quit You Babe, par exemple, n'a rien à voir avec la maitrise absolue de Led Zep, mais sonne parfaitement. Agréablement débarrassé, il faut le dire, du côté racoleur de Robert Plant. En fait, JAK possédait cette école du bon goût, qui veut qu'on essaye de restituer une chouette chanson de son mieux, sans forcément la copier parfaitement. Prenez Make Me A Pallet ou Key To The Highway, difficile de passer après Mike Wilhelm, sa force et sa culture racinée dans le terroir US. Et pourtant l'anglaise le roule dans la farine lui aussi. Très impressionnant. Jo Ann Kelly avait la stature et la vision, d'un Rory Gallagher. Un compliment qu'on adresse une fois par siècle.

LIEN : Youtube

http://img.photobucket.com/albums/v208/detchibe/cover-1.jpg

Terminons cette modeste revue avec une autre anglaise, j'ai nommé Bridget St John, et son merveilleux Ask Me No Questions, encore de 1969 (année Gainsbourienne). Ceux qui me connaissent bien commencent tout doucement à ouvrir la fenêtre. Ils savent quel culte je voue à Bridget, et à ses trois premiers albums. A ce sujet, j'ai toujours en travers ces quelques lignes d'un chroniqueur rance, aux dents jaunies. Comme quoi, pour énerver l'artiste, il faudrait au moins un incendie. Des comme ça, on en entend à tous les comptoirs, à l'heure du pastaga. On marche dedans, ça porte bonheur. Alors, dans ce disque, j'aime tout. C'est plus simple. Le titre d'abord. Ne me posez pas de questions. De toute façon, je vous répondrai si j'en ai envie. Belle formule que j'emploie souvent. On passe un temps fou à articuler des réponses, comme si il était obligatoire de donner le mode d'emploi de nos existences. Parfois, je traverse une rue, et j'ai envie de m'assoir sur le passage piéton. Pour provoquer un embouteillage monstre. Que tout le monde descende de son cercueil à roulettes, et fasse silence. Me posez pas de questions, c'est ça aussi. Agir pour sa santé mentale. L'album en lui-même est un chef d’œuvre. Très simple, concentrant tout ce qu'il est conseillé de trouver bien meilleur dans les premiers Leonard Cohen. A commencer par un dépouillement, quasi maladif. Une guitare, deux au maximum, quelques percussions, et la voix. Magnifique la voix. Profonde. Comme des paroles qu'on ne pourra pas retirer. Le ton n'est pas à la fiesta, ceci dit. Voilà une belle promenade automnale, qui sent arriver l'hiver. De quoi donner envie de s'enfoncer dans les bois, où il fait souvent moins froid que sur les chemins de randonnées. Bien sûr, les textes sont dans l'humeur générale. Rappelant des notes prises au hasard d'une inspiration vagabonde. Et qui se retrouvent à illustrer, en noir et blanc, toute la difficulté de vivre. Avec des formules tarabiscotées, qu'on se gardera de traduire, pour éviter de les affaiblir. Curl Your Toes, Lizard Long Tongue Boy (belle vacherie, école Dylan) ou Curious Crystal Of Unusual Purity.


Écouté en boucle, l'album révélé aussi l'influence vocale de Nico, mais ne lasse pas avec une arrière cour gothique. Et l’après midi avance. Dans le froid et le vent. Déjà, les feuilles mortes ont disparu. Les arbres ressemblent à des squelettes, un peu ridicules. Il est question d'un sandwich et d'attendre la fin de l'orage. Mine de rien, le temps s'est salement rafraichi. Deux disques attachants ont suivi, sans retrouver la sombre magie de l' opus de référence.Puis Jumblequeen (La reine du foutoir ?) atrocement produit par le bassiste de TYA. Dégoutée du business, Bridget s'est exilé aux USA, avant de refaire des apparitions ici et la. John Peel (qui passait pour avoir du goût) la qualifiait de meilleur chanteuse anglaise. A vous de juger. Mon opinion est faite depuis longtemps. A noter que le live ( capturé à la BBC entre 1969 et 1976) sorti il y a deux ans, est assez contestable.
Bizarre mélange de magie et d'escroquerie sonore. Laissant à l'auditeur une fort désagréable impression d’être la uniquement pour le ménage. Cette époque ne voit vraiment que par la vulgarité.

LIEN : Youtube

 

Laurent


 

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