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Eric Burdon/Jimmy Whiterspoon - Guilty/Coupable

par lou 3 Octobre 2011, 10:32

Eric Burdon / Jimmy Whiterspoon

 

 

Guilty / Coupable (1970)

 

 

Le Goudron Sans Les Plumes

http://tralfaz-archives.com/coverart/W/witherspoon_guiltyF.jpgGuilty/Coupable, c'est le titre de l'album. La culpabilité, le prix à payer pour faire sa place dans la vie, évaluée par la justice des hommes. Quand on en arrive à mesurer la sienne, un bon morceau de la piste a déjà été parcouru. A mi-chemin entre le comptoir et le cimetière. Les complexes sont loin d’être le genre d'Eric Burdon, son truc aurait plutôt été d'explorer toutes les impasses. Au besoin d'en faire des disques. Pardon, des exutoires à tout ce que les gouvernements peuvent inventer, en permanence, pour réduire (nous réduire) la longueur de notre laisse. On sait la façon dont il a conduit le rouleau compresseur War, petit blanc en charge d'une gigantesque machine à funk. Chauffard impénitent, tout juste assez grand pour arriver à hauteur du volant, mais ayant parfaitement pigé comment il fallait appuyer sur les pédales. Un peu moins connu (du moins de moi) l'album qu'il a enregistré en 1970, en compagnie du bluesman Jimmy Whiterspoon. Avec toujours les costauds de War derrière.

 

Blues donc. Matière gluante collant à la peau du soir au matin, qu'aucune douche, aucun solvant ne saurait dissoudre. Et qui fait saigner, qu'importe votre couleur. L'internationale de la poisse ne connaît aucune frontière, ses délais de livraison sont extrêmement réduits, ses coûts de fonctionnement minimums. Le contrat d'engagement est lui de forme tacite, pris à la naissance, sans aucune démarche à effectuer. Après, tu chantes mon bonhomme. Que les flics t'ont niqué la gueule, que ta gonzesse s'est tiré avec le magot, n'importe quoi, mais tu sors tes tripes. Sans anesthésie, bien sûr. Ton disque ressemble à une gigantesque pièce montée sur douze mesures, et tu peux jouer à croire que tu sonnes aussi bien que ce Guilty infernal. C'est un système de valeur en mouvement perpétuel, on avance dans la vie en donnant un peu plus à chaque fois. Gagnants, perdants, qu'importe le nom, au fond. On finira tous au même endroit. La longue bagnole noire nous laissera seuls à méditer, pendant que les charognards commenceront à tourner, dans le ciel si bleu. Bien sûr, on avalera notre bulletin de naissance en été, dans la poussière et les embouteillages. Et nos dernières paroles seront couvertes par le bruit des camions. La roue du karma continuera à tourner, mais sans nous, c'est la règle. Ce disque est disponible en CD (en cherchant bien), avec une pochette passe partout, méprisant absolument le superbe concept libertaire de l'original. Le titre a également été changé, au profit d'une banalité gauche caviar. Et le texte qui figurait au dos de la pochette (écrit par un type tirant son temps à San Quentin) a disparu, remplacé par quelque chose de beaucoup plus tiède. Pour parachever le massacre, il manque un titre. Fort heureusement, les marchands n'ont pas pu tempérer le goût acre de toile émeri qui se dégage de l'ensemble. Souffle de volcan, qui préfère coucher l'auditeur d'entrée. Au moins l'assistance ferme sa boite pendant que la lave ruisselle, et dévaste le flanc de la colline, jusqu'à la mer. Tord boyaux de première.

 

Laurent

 

LIEN :

 Soledad

http://tralfaz-archives.com/coverart/W/witherspoon_guilty_in.jpg

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