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Folk Anglais : Jade - Entrevue avec Marianne Segal.

par lou 12 Novembre 2009, 16:05


En compétition avec de gros bras folk, au début des années 70, Jade est tragiquement resté un nom confidentiel. La où des Spirogyra bien rasoirs roulent leur caisse, sans raisons. Il aura fallu à pas mal de gens (dont moi) le net pour découvrir leur très somptueux Fly On Strange Wings. Tout y est, les vocaux somptueux, les atmosphères pour humeurs taciturnes, les arrangements soyeux. Cette façon si particulière (et si rare) de mettre l’auditeur dans une autre dimension. Qu’on retrouve aussi parfois chez Led Zep Anne Briggs ou le meilleur de Sandy Denny. Tout je vous dis. Et puis Marianne Segal qui chante divinement. C’est avec beaucoup de chaleur qu’elle bien voulu répondre à nos questions. 

 

Laurent : Parlez-nous de vos débuts musicaux et de vos premières influences.

Marianne Segal : Mes premiers vrais pas musicaux furent les charts US et anglais. J’écoutais, et j’apprenais à me servir de ma voix. Sandie Shaw, Dusty Springfield, Helen Saphiro. J’ai alors économisé pour ma première guitare, à 16 ans. Et appris à jouer (ainsi que de l’harmonica) en écoutant Bob Dylan. À part lui, mes influences américaines sont Joan Baez, Buffy Sainte Marie, Richard et Mimi Farina, Tim Buckley, les Byrds, les Mamas And Papas. J’aimais les productions de Phil Spector dans les années 60, ses arrangements décapants de rock et de cordes. Et l’écho utilisé dans les enregistrements. Si personnel. Chuck Berry également, et j’ai reçu une éducation classique. Tous les dimanches mon père en passait, très fort, dans la maison. Au niveau des compositeurs, ce sont Bob Dylan, Cat Stevens, Buffy Sainte Marie et Richard Farina qui m’ont marqué, à mes débuts. Plus tard, Joni Mitchell, Cat Stevens, Paul Simon et Tom Paxton. J’ai commencé à écrire à 18 ans. À cause de mes managers de l’époque, qui insistaient sur ce point. Jusqu’à la, je faisais des reprises, dont une de Jacques Brel.


 L : Premier et dernier disques achetés ?

MS : Le premier (un vinyle à l’époque) fut Dream, des Everly Brothers. Le dernier CD Fotheringay 2.


 L : Comment est né Jade ?

MS : Après avoir enregistré Fly On Strangewings, pour lequel les chansons avaient été basiquement enregistrées sur des guitares acoustiques, par Dave Waite et moi même. Avant, nous avions eu du succès en duo, dans le circuit du folk et des universités, ayant fait plusieurs apparitions télé et radio. De là, le disque a été enrichi par tous ces merveilleux musiciens, et la production de Jon Miller. Il était alors nécessaire de former un groupe, pour tourner. Le producteur a suggéré que Rod Edwards (qui avait joué du piano sur l’album) nous rejoigne. Elton John avait d’abord été envisagé. On a alors répété un peu, et avons adopté le nom Jade. Une tournée anglaise tout de suite (avec des émissions télévisées) et quelques temps plus tard les USA. À New York, on a joué une semaine avec Tom Paxton, au Bitter End. Puis à Chicago, au Gate Of The Horn, et au Troubadour de LA. Dave était à la basse et à la lead guitare, Ron tenait les claviers et aussi la basse, je jouais de la guitare et des percussions. Tout semblait bien se passer dans les clubs, le son était bon. John Wetton nous a rejoint pour le concert de LA. Bons souvenirs des concerts, nous étions bien reçus, et excités d’un tel accueil.


 L : Qui était, pour vous, le meilleur sur la scène folk, à ce moment la ?

MS : J’aimais beaucoup John et Beverly Martin, Bert Jansch, John Renbourn, Al Stewart, Ralph Mc Tell. Simon et Garfunkel venaient parfois jouer dans les clubs anglais. Je me souviens les avoir vus, dans une petite boite.


 L : Les années 70 avaient-elles une quelconque magie ?

MS : Oh oui. Nous avions de grands compositeurs, émergeant d’Angleterre et des USA. Une nouvelle approche des chansons, les gens étant ouverts et personnels, parlant directement de leurs expériences. Comme Leonard Cohen et Joni Mitchell. Les arrangements devenaient audacieux, avec des morceaux de 4 ou 5 minutes, loin du format pop. Le tempo changeait pendant les chansons, par exemple CSNY. Il y avait de l’expérimentation. On protestait contre le Vietnam, contre le sort des Amérindiens. L’usage de certaines drogues à ce moment-là, qui influençaient à la fois les auteurs, les musiciens et le public. Nous avions Jimi Hendrix et Jefferson Airplane, dont l’impact se ressentait même dans le folk. Dylan passait à l’électricité. Les rapports entre le folk contemporain et le rock n’étaient pas évidents, à l’époque. On passait de l’un à l’autre en riant. Presque sauvages, et la tête dans les nuages. Bien sûr, le folk pur était toujours là, la musique traditionnelle dans chaque pays. Plus tard, Fairport Convention en a réarrangé certains morceaux anglais, à sa propre sauce. Comme Steeleye Span.  Et le folk rock est arrivé. En Angleterre, nous avions les Settlers et les Seekers. Qui reprenaient les chansons des autres, ou des traditionnels. Mais avec leurs magnifiques arrangements vocaux à eux. Dusty Springfield était à l’origine dans un trio folk, avec ses frères, avant de faire des choses plus commerciales. Ils avaient de superbes vocaux. Je me souviens avoir vu Tyranosaurus Rex, dans un club prés de Leicester Square, nommé Les Cousins. À l’époque, les maisons de disques signaient les artistes pour 5 ans, leur donnaient du temps, et sortaient principalement des albums. Nous avions reçu une avance financière, pour pouvoir nous consacrer à notre musique. Je pense que les labels nous respectaient et nous protégeaient, à ce moment-là. Les albums étaient importants alors, beaucoup plus que les singles.



L : Qu’avez-vous fait après Jade ?

MS : Après la séparation, pour plusieurs raisons, Dave Waite et moi sommes revenus à un duo. Dans les clubs de folk. Mais je voulais quelque chose de plus électrique, de plus rock. Donc nous avons dû trouver un bassiste. Nous avons auditionné, et sommes tombés sur Lee Oliphant, qui débarquait du Canada. Après quelques mois, est arrivé Dave Morris à la batterie. Nous avons alors beaucoup travaillé, pendant trois ans, sous le nom de Marianne Segal Band. Je pense que nous étions un des premiers groupes folks, à l’approche contemporaine, avec une section rythmique, dans les clubs anglais. Au départ, on nous y regardait de travers, parce que ces endroits ont toujours été très conservateurs. Mais ils nous appréciaient, et on a toujours fait un tabac. Le plus gros de notre travail se trouvait donc la, et dans les universités et les collèges. Avec un peu de télévision et de radio, et aussi une tournée européenne. Nous avions conservé les fans de Jade, et tout se passait bien. À cause de l’émergence du Glam et du Punk, ma musique ne plaisait pas aux compagnies de disques. Et donc, nous ne trouvions pas de contrat d’enregistrement. Ni de management. J’évoluais aussi dans mon écriture. Et après trois bonnes années sur la route, nous avons senti que nous n’allions nulle part. Alors, chacun est parti de son côté, c’était à l’amiable. Mais nous sommes toujours en rapport, bons amis.

 

L : Vous avez deux albums qui sortent en ce moment ?

MS : La question tombe bien. J’ai déjà mentionné un changement dans mon écriture à l’époque. J’expérimentais beaucoup, et j’espérais mettre le pied dans cette industrie musicale qui changeait. Juste pour survivre. Actuellement, je réédite une bonne partie de mes archives, de 1972 aux années 90. Énormément de travail, dans un studio avec Julian Mendelshon (ingénieur du son et coproducteur). Je composais des chansons plus commerciales, probablement influencées par la musique des charts, et les artistes qui passaient. Je pratiquai aussi d’autres instruments pendant mes sessions (piano, basse, synthétiseurs) et travaillais avec de super musiciens. Julian m’a aidé à former un nouveau groupe, pour la scène. Mais encore une fois, le punk bouleversait les choses, et encore une fois pas moyen de trouver un management, même s’il y avait des musiciens très connus dans le groupe. Donc, nous avons laissé tomber l’idée de jouer live, et continué à écrire et enregistrer.  C’était vraiment une époque créative dans ma vie. Plusieurs morceaux vont bientôt ressortir, sur un nouvel album intitulé Gypsy Girl. J’ai aussi travaillé avec Jeff Wayne (War Of The Worlds, David Essex) ? Dave Dee, Neil Harrison et Eugène Moule. Après la naissance de ma fille en 1978, je suis retourné faire de la scène, seule et en acoustique, pendant quelques années, pour pouvoir m’occuper d’elle. L’album de Jade ressort ce mois-ci, sur Sunbeam. Un double CD avec beaucoup de bonus. Je viens juste de voir le livrer, il est adorable. En Angleterre, Mojo Magazine l’a voté comme un des dix meilleurs disques de folk anglais des 70’s.

 

L : Le folk est toujours d’attaque, quand le rock se dessèche sur pied. Vous avez une opinion ?

MS : Je ne sais pas si on peut dire ça du rock. C’est juste que la musique commerciale change tout le temps, et que la technologie nous emmène toujours plus loin. En même temps qu’elle influence les jeunes artistes. Ce qui reste fort, je crois, c’est l’approche organique de la musique. Si vous êtes sur scène, n’importe quel style que vous pratiquiez, il y a une vibration, un son brut. Pas toujours commercial, mais la question est ailleurs. Pourvu que vos compositions soient bonnes, les gens seront touchés à un niveau ou un autre. La musique acoustique est revenue il y a à peu près une dizaine d’années. Des clubs se sont ouverts en Angleterre, qui s’inspiraient de ceux des années 60/70/80. Les artistes avaient à nouveau leur chance, tandis que les vétérans redevenaient intéressants. On voulait acheter leurs disques de nouveau. C’est la que le revival folk est arrivé, et que des gens m’ont contacté au sujet de Jade. Les originaux se vendaient plus de 200 livres, vers 2202/2003. J’ai donc travaillé avec une de ces maisons de disques, et le disque est ressorti. Depuis, il y a eu trois rééditions différentes. Les membres originaux se sont regroupés, pour la première fois depuis trente-cinq ans, et ont rejoué live, l’intégralité de l’album. C’était dans une salle de Londres, il y avait de vieux et de jeunes fans. Pour moi, le rock rock toujours, et les bons auteurs sont un bol d’air frais.

 

L : Sur l’album de Jade, il y a une reprise de Joni Mitchell. C’est une grande influence ?

MS : Nous avons repris Big Yellow Taxi, avant que Joni ne soit (à juste titre) reconnue en tant qu’artiste. J’ai eu l’occasion de discuter brièvement avec elle, au Troubadour de LA, en 1971. Elle avait apprécié le concert de Jade. Avant cela, Dave Waite et moi avions eu la chance d’entendre son premier album, avant qu’il ne sorte en Angleterre. C’était chouette de faire une de ses chansons, elle est vraiment spéciale comme auteur.


 L : Sur votre site web, il y a une photo de Pamela Wyn Shannon. Je l’ai déjà interviewé et j’adore sa musique. Une autre jeune artiste à retenir ?

MS : Pamela m’a envoyé un mail, en me demandant à figurer sur mon site, j’étais très honoré. Je crois qu’elle a des contacts avec le groupe anglais Circulus, avec qui j’ai enregistré en 2007. Je ne connais pas encore trop sa musique, mais j’ai entendu de bonnes choses à son propos.

 

L : Quelle est votre opinion sur le téléchargement illégal ?

MS : C’est la façon de faire des jeunes d’aujourd’hui. Encore une innovation technique. Très différente de mon époque, avec les vinyles et les bandes magnétiques. C’est facile à faire, et je pense que ça plait. Mais les gens de mon âge aiment avoir un disque dans les mains. Pour le tenir, pour lire facilement. Je le sais, c’est mon cas. Les gens qui téléchargent illégalement ? C’est assez peu futé, de leur part. S’ils savaient le travail que ça prend pour faire un album ou un single, ils seraient plus respectueux des artistes. Après tout, c’est la propriété de quelqu’un. N’importe qui aime être payé pour le temps qu’il passe au boulot. Y compris les auteurs compositeurs.


 L : Que connaissez-vous de la France ?

MS : Au moins deux personnes qui y possèdent des maisons. J’ai conduit à travers Lille, en tournée. J’aime les vins et le fromage. Et j’ai fait des recherches, sur des parchemins cachés dans une église, en rapport avec les Templiers. Je m’intéresse beaucoup à l’histoire.


 L : Votre île déserte, une personne, un livre, un disque, un film.

MS : Là c’est dur. Ça dépend du temps où je vais rester bloqué, et des conditions de vie. Il y aura un hôtel ?

 La personne serait ma fille. Je l’aime plus que tout au monde. Sinon, ma bonne vieille copine Anna, en Norvège. Comme elle a les pieds sur terre, elle m’aiderait à construire une cabane, faire du feu, et trouver les bonnes fraises à vin.

 Le livre. Assez comiquement, la bible. Il y a assez là-dedans pour lire TRES longtemps. Ça pourrait m’inspirer pour écrire. Oh, je pourrais avoir un stylo ? 

Le disque. Tapestry, de Carole King. Je chanterais FORTEMENT, dans la mer.

 Le film. Encore une fois c’est compliqué. J’ai tendance à regarder des films selon mes humeurs. Mais probablement Shawshank Redemption. C’est l’histoire d’un long enfermement, et d’une forte volonté de survivre. Peut-être que ça m’aiderait à rester cool sur l’île.

Entretien mené par Laurent

Quelques Liens :

Marianne Segal & Jade

Myspace

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