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Folk / Catherine Howe - Entretien

par lou 8 Mars 2013, 09:58

FOLK / Interview

 

Catherine Howe

 

Le Sens Retrouvé

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Long processus que la découverte personnelle de What A Beautiful Place. Notre ami Sylvain l'avait déjà brièvement évoqué, dans les colonnes de Fuzzine. Ensuite, j'ai dû lire quelque chose dans le Record Collector. Toujours est-il que les quelques morceaux entendus sur YouTube m'avaient, c'est peu de le dire, beaucoup intrigué. Le temps de trouver une réédition et Catherine Howe répondait à ma demande d'interview. Entre les deux, il y avait eu ce moment géant, à parcourir un album pas vraiment facile. Du genre têtu, avec une vision, un objectif. Et beaucoup de placards secrets à ouvrir. Potion à usage interne, uniquement. A garder longtemps en bouche. Mais capable, au final, de récompenser le curieux. Remise à l'heure des pendules. Ou comment le business le plus tocard a (une fois de plus) envoyé un chef d’œuvre à la casse.


Laurent : Comment avez-vous débuté votre aventure musicale ?  Aviez-vous ce qu'on peut appeler une culture rock classique ?

Catherine Howe : Le voyage a commencé quand j'ai réalisé, à quatre ans, que j'étais la seule dans ma classe qui pouvait garder un rythme. C'était bien, car j'étais mauvaise pour tout le reste. J'ai écrit ma première chanson à cinq ans, et ai découvert la discographie de mes aînés, Buddy Holly, Fats Domino. J'ai pris des leçons de piano qui me déplaisaient, n'étant pas destinée à devenir une utilisatrice expérimentée. Bien que ce soit de cette façon que j'ai toujours composé. Voilà mon unique éducation formelle. Toutes mes influences viennent de la musique populaire. Et mes compétences de mon héritage génétique.

L : Premier et dernier disque acheté. Pensez-vous qu'il soit important de posséder physiquement sa musique ?

CH : Il y a quelque chose d'intense dans les vinyles des années cinquante et soixante. Rien n'est comparable au fait de sortir le disque de sa pochette, le poser sur la platine, et placer le saphir dans le premier sillon. C'est mon passé, et je l'aime. Mon premier disque devait être la musique des Canons De Navarone, mais pas moyen de trouver l'original. J'ai dû me contenter d'une reprise. Le dernier CD/DVD à visiter ma boite à lettres, James Taylor et Carole King en concert. J'ai égaré Aerial de Kate Bush, qui sera probablement mon prochain achat. Posséder de la musique enregistrée (CD ou vinyle) est important, car elle possède une valeur, et devait être respectée en tant qu’entité.  Disant cela, j'ai atteint le point où j'apprécie ma musique live. Une bonne expérience, comme le moment de recevoir un cadeau.  

L : Si j'ai bien compris, pour le premier album vous envoyez des démos, et vous vous retrouvez à travailler avec un grand producteur. Qui est Bobby Scott ?

CH : J'ai rencontré Andrew Miller chez CBS, ici, à Londres, en 1968. Nous avons signé un contrat d'édition. Et Andrew, qui travaillait avec Bobby Scott à l'époque, l'a fait venir de New York, pour enregistrer What A Beautiful Place, à l'hiver 1971. Juste avant mes 21 ans. Le label se nommait Reflection. Bobby était un grand compositeur et musicien. Il a joué du jazz avec les plus grands, et a écrit de merveilleux morceaux populaires, comme  Taste of Honey et He Ain’t Heavy, He’s My Brother.

http://www.israbox.com/uploads/posts/2013-02/1360233777_t4556y7hg.jpgL : Au sujet de la direction musicale de What A Beautiful Place, avez-vous eu quelque chose à dire ? Elle allait dans votre sens ?

CH : What A Beautiful Place était mon départ. Et dès le moment où j'ai joué les morceaux à Bobby, j'ai su qu'il leur rendrait justice. La sensation instantanée que nous ressentions les choses de la même façon. Il m'a beaucoup influencé, pour la suite. Il comprenait la vérité d'une chanson, et éliminait tout ce qui ne tenait pas la route. Musicalement, tout était bien. Hélas, nous avons seulement enregistré un album ensemble. Mais c'était une sacrée façon de débuter.

L : Les paroles et le chant sont incroyablement matures, pour quelqu'un d'aussi jeune. La rigolade était de sortie ?

CH : Il y a cette idée fausse, selon laquelle les jeunes doivent être drôles. Mais ce sont des années où les gens abordent la vie, et essaient de comprendre ce qui se passe autour d'eux. Une période de vulnérabilité, et d'erreurs. Ce dont la jeunesse a le plus besoin, c'est de calme et de raison. Alors, ils ont une chance de s'amuser. Qu'est-ce que le bon temps ? Prétendre se foutre de tout ? Je ne pense pas. Mes années d'adolescence étaient difficiles, je devais composer avec beaucoup de choses. Écrire des chansons était ma seule façon d'exprimer tout cela honnêtement.

L: Un copain à nous trouve que votre voix rappelle Judy Collins. D'accord ?

CH : J’ai déjà entendu ça. Aussi qu'elle sonne comme Joan Baez et Karen Carpenter. J'aimerais avoir la voix de Janis Joplin, mais je suis obligé de faire avec mes moyens. Et je m'en sors plutôt bien.

L : Pourquoi la maison de disques a-t-elle suspendu la promotion de Beautiful Place ?

CH : Au départ tout marchait bien, il y avait de l'espoir. Mais les américains se sont embrouillés avec Andrew Miller, et le disque a été placé sous une action judiciaire. C'était la fin de tout, pour 36 ans. Jusqu'à ce que Numéro la réédite en 2007. Je venais d'avoir vingt et un ans, et n'ai pas totalement apprécié les implications. Rétrospectivement, l'effet sur moi a été assez négatif, il m'a fallu quatre ans pour enregistrer à nouveau.

http://www.psychedelicfolk.com/new/Catherine_Howe-Vo_Fletcher_-_English_Tale.jpgL : J'avoue ne pas connaître les trois disques après Beautiful Place. Ils sont dans la même veine ?

CH : Celui dont je suis le plus fière depuis Beautiful Place est le dernier enregistré. English Tale, produit avec Vo Fletcher, qui a un sens instinctif de ce que veut dire une chanson, et de le traduire en musique. C'est un bon disque, dans la veine créative de Beautiful Place. Dans les années 70, il y a eu deux albums pour RAC. Harry était produit par Del Newman, pas aussi lyrique que Beautiful Place, mais pas mauvais tout de même. L'autre était Silent Mother Nature, produit par Pip Williams, un bon disque, très marrant à faire. Il y a encore un, dont je préfère ne rien dire. Puis, j'ai cessé d'enregistrer pendant vingt-cinq ans. Princelet Street (produit par Kevin Healy) a été réalisé en indépendant, en 2006. De tout ce qui a suivi Beautiful Place, je souhaiterais que ce soit English Tale qui soit le plus entendu par les gens.

L : Vous avez souvent fait de la scène, à l'époque ?

CH : Pas à l'époque de Beautiful Place. Professionnellement, jusqu'à l'enregistrement de l'album, je ne travaillais pas comme chanteuse. Mon job était actrice de TV et de théâtre. J'écrivais beaucoup de chansons, et me voyais entièrement en tant qu'auteur. Je le pense toujours, d'ailleurs. Bien que Vo et moi fassions de la scène, chaque fois qu'on nous le demande.  
C'est une bonne expérience, surtout quand Ric Sanders se joint à nous. On joue maintenant des morceaux de Beautiful Place, autant que des nouveautés. C'est intéressant de voir comment les vieilles chansons évoluent vers quelque chose de neuf, à travers le temps.  

L : Est-il vrai que quand on vous a demandé de changer votre direction musicale, vous avez claqué la porte pendant plus de vingt ans ?

CH : Personne ne devrait tenter de tuer la poule aux œufs d'or.  Le problème avec l'industrie musicale d'alors, est bien que c'était un commerce, pas un forum artistique. L'élément consumériste s'oppose à la créativité, et les gens font l'erreur d'essayer d'augmenter leurs ventes en changeant la composition de leurs productions. Plusieurs artistes ont eu le choix entre leur vision ou les conseils de leur maison de disques, pour vendre plus. J'ai essayé ce chemin, pour ma honte éternelle, puis j'ai laissé tomber. Vingt-cinq ans sans enregistrer.

L : Pouvons-nous parler de votre expérience d'actrice ?

CH : Mes débuts remontent au départ des années 60. Principalement pour la télévision, beaucoup de travail pour la BBC et aussi les compagnies indépendantes. Des téléfilms et des séries, comme Dr Who. J'ai aimé jouer, c'est une aventure de vie. Qui m'a enseigné le professionnalisme, et m'a introduite dans le monde du divertissement.

L : Que faites-vous maintenant ? Toujours de la musique ?

CH : Toujours de la musique, et j'écris des livres. L'un sur le radical social anglais George Jacob Holyoake, emprisonné pour blasphème en 1842. Et je travaille à un ouvrage consacré à ma ville natale d'Halifax, durant les années 1830/1840. Un temps où la vie de la classe ouvrière était abominable, ils n'étaient pas représentés au parlement. Le livre parle de la lutte contre les affreuses conditions de travail, et pour l'égalité parlementaire. L'industrie d'Halifax était le centre vital de ces actions, et beaucoup de gens allaient en prison pour leurs opinions. 170 ans plus tard les choses se sont améliorées (pas tant que ça, NDT) et continueront de cette façon au fil du temps. Du moins peut-on l'espérer. J’aime les livres et l'Histoire, j'ai donc combiné les deux en écrivant des ouvrages historiques. D'une façon très abordable, je veux le croire. Mes livres sont très documentés, mais je raconte quelque chose, plutôt que de présenter une thèse. En espérant que le lecteur commence à développer sa propre opinion.  

L : Beautiful Place est maintenant très rare et cher. Si on vous avait dit cela en 1971, vous auriez ri, pleuré, ou téléphoné à l'asile de dingues du coin ?

CH : J'y ai toujours cru. Encore plus depuis la réédition. Il est dommage que les questions d'argent l'aient placé hors d'atteinte, si longtemps. Étrangement, il recevait de bonnes critiques au moment de l'enregistrement de English Tale. Comme si un peu de sa spiritualité récompensait nos efforts.
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L : Que savez-vous de la France, à part qu'on y mange des grenouilles (beurk, NDT).

CH : J'ai étudié la langue pendant une année, à l’âge de onze ans. Et j'étais assez bonne. Un de mes plus grands regrets est d'avoir dû interrompre ces leçons, pour une école d'art dramatique. Je voudrais être capable de parler français, mais ne suis pas d'accord avec la façon dont il est enseigné aujourd'hui.
J'ai visité un peu le pays, Beaune qui est très beau, et Autun, incroyable. Cannes, pour un festival de cinéma, intéressant. Paris, le jour de fermeture du Louvres. Vous avez Fauré, Debussy, Ravel, et je suis une fan de Guy de Maupassant. Je pense avoir reçu quelque chose de l'essence même de la France. J'y reviendrai dans peu de temps.

L : Votre ile déserte. Un disque, un film, un livre, une personne, un instrument, un ce que vous voulez.

CH : C’est difficile, mes gouts changent tous les jours. Le film, quelque chose de marrant, peut être Les Vacances de Mr Bean. Un disque, aujourd'hui ce serait peut étre Helplessness Blues de Fleet Foxes. Mais en deuxième pensée, Pet Sounds. J'ai le vinyle original. Le livre, quelque chose d'Anthony Trollopes, comme The Barchester Chronicles, il y a du Maupassant dedans. La personne serait mon père, avec les questions que je ne lui ai jamais posé. L'instrument le piano. Le ce que je veux, ma fille. A condition qu'elle puisse quitter l'ile dès qu'elle le voudrait.

 

Entretien mené par Laurent

 

LIEN : Site Officiel

 

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