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Folk / Joni Mitchell - Le Feu Avant La Glace

par lou 19 Novembre 2012, 09:41

FOLK

 

Joni Mitchell


 

Le Feu Avant La Glace

http://www.music.lt/images/groups/3/2840/Joni_Mitchell_/jpg.jpgJoni Mitchell vous dites ? Ah oui, cette drôle de canadienne à profil de décapsuleur. Une baba convertie jazz rock, vers la fin des années soixante-dix. La copine de CSNY. Quand elle faisait la joie de l'intelligentsia rock critique. En invitant Jaco Pastorius sur ses albums ambitieux. Tout ce folk, ça manquait singulièrement de burnes (paradoxe intéressant) pour ma période mégawatts chevelus. Encore une émule de Joan Baez, tout juste bonne pour la leçon de guitare de Hamster Jovial.  Les contemplations hédonistes, l'exploration des états d’âme contradictoires c'était pour plus tard. Vers quarante ans (à condition d'y arriver).

 

http://www.forfolkssake.com/wp-content/uploads/2010/05/joni_clouds69.gifQuand, subtilement usé par l'existence, occupé à mesurer tout ce qu'on a à jamais perdu, on en viendrait à découvrir Clouds (1969). Comme on saute sur une mine, en fait.  Pas, bien sûr,  qu'on en soit devenu  arrogant à renier notre attachement à nos copines Bridget ou Pamela, loin de là. Ou à Nick Drake, notre vecteur vers les immensités abyssales de l'introspection faite supplice. Alors Joni Mitchell (offrande du sort en même temps que Jackson C. Frank, autant dire sur un plateau) vous colle un  seul taquet (l'intro toute simple de Tin Angel) et vous baissez votre garde. On pourra gloser bonne musique au  bon moment. Philtre mystérieux.  Alchimie bizarre avec vos capteurs sensoriels. Éveil d'une partie inédite de votre conscience. Par le biais d'une forme nouvelle d'hypnose. On causera, d'accord. De tout ce qu'on voudra, mais après quand le disque sera fini. Qu'on me laisse savourer le privilège (tu parles) d’être un adulte responsable (ben voyons) avec trop de recul. Le reste de la journée pour raconter (ou tenter de) ces instants arrachés au néant. Magistrale raclée sans témoins.  Au-delà du clivage des genres et des ethnies. Quand seul compte la dichotomie bonne musique/grosse daube populaire.  Alors leçon de bras de fer à tous les machos de cette planète. Élégant coup de bélier,  piétinement discret d'égos aussi froissés que velus.  Pourtant le genre auteur/compositeur-qui-raconte-combien-c'est-dur-la-vie, merci bien. Randy Newman m'a, ainsi, toujours paru remixé à travers un kilo de valium. Clouds vous plombe sans anesthésie, avec ses seuls qualités intrinsèques. Et quand vous réalisez que Song To Aging Children Come (traduisez-vous même, ça calme) est le référentiel direct de Linda Perhacs, la porte blindée s'est refermée. Des saisons entières à vanter le charme discret des premiers Suzanne Vega, parties en fumée. Émule douée, mais petite joueuse. Refonte du paysage. Avec affaissement des creux et renforcement des parties escarpées. Une des plus grosses découvertes depuis longtemps, pour le rédacteur. Qui tente d'expliquer (à un monde incrédule) que le plastique dans les oreilles peut disparaître. Et que les soldes sur Amazon, c'est parfois utile. Quelques euros pour le premier album, par exemple. 

LIEN : Both Sides, Now

http://www.jmeshel.com/wp-content/uploads/2011/08/album.jpgBingo, Song To A Seagull (1968) fait dans la plus belle des simplicités. Produit par David Crosby, qui devait surtout éteindre la lumière à la fin de chaque session (mais dont le premier album solo est une bien belle réussite) l'ensemble est déjà d'une absolue maturité. Écriture redoutablement au point, capacité à capter l'attention en deux intonations et trois arpèges. Très haut niveau technique, d'une étonnante accessibilité  Même le style vocal si particulier fonctionne sans failles (notez élève Plant).  Fermez les volets, les portes, vos yeux, ce monde est bien trop compliqué. Destructeur. Faites une pause. Prenez le temps de recompter vos pansements. Demain sera une autre galère. Mine de rien, voilà déjà deux albums marquants, vers qui on aimera se tourner en cas de saturation auditive. Un peu essoufflé l'auditeur réclame d'en savoir plus, c'est normal. Tout en appréhendant une rapide forme de sophistication glaciale. Impossible d'imaginer qu'un talent de cette taille puisse stagner. Ou user une formule, si parfaite soit-elle.

LIEN : The Dawntreader

http://3.bp.blogspot.com/_asrXtDGpObY/SdXfyyzU4nI/AAAAAAAAAOQ/cNp5nfvKcWU/s400/joni+mitchell+-+ladies+of+the+canyon+-+%28front%29.jpgLadies Of The Canyon (1970) est un album de transition, pas encore définitive, mais déjà marquante. A l'image de sa pochette, le blanc domine et le trait est fin. Quelques cuivres et un violoncelle ont été discrètement ajoutés aux arrangements. Et toujours cette fabuleuse qualité de plume, monstrueuse  capacité à se renouveler sans jamais se trahir. Si on doit trouver un défaut, on évoquera le hit crétin (Big Yellow Taxi) sorte de cataplasme basique sur l’impressionnante solennité du reste. Et encore trop bien foutu pour tomber dans le vulgaire et le sous vide. Jusqu'à maintenant, le taux d'impression dans les neurones a frôlé le carton plein. Tout ceci est fort  comme la proclamation des sentences définitives. Continuons donc à avancer.

 

LIEN : Ladies Of The Canyon

 

 

 

 

 

http://3.bp.blogspot.com/-Iffr8EEFfOs/TxNyfzhu4-I/AAAAAAAACF8/k7CMb2L9eUQ/s1600/Joni+Mitchell+-+Blue.jpgBlue (1971) annonce déjà l'hiver. C'est pro, au sens ratatinant du terme. Parfait, donc. Consciencieux. Et allez savoir pourquoi, celui-ci me laisse indifférent. La différence entre un vrai manifeste et un exercice de style. Ici et là, heureusement, on retrouve des accents touchants (River et sa belle partie de piano). Trop rares instants pour espérer sauver l'intégralité du disque. Subitement, on sent arriver les plans, la route trop bien tracée. Brusquement, la coupure se fait avec cette Artiste (grand «A») qui nous raconte sa vie, sans plus s'occuper de la nôtre. A moi la couverture chauffante. Pour me faire mentir, le dernier morceau (Last Time I Saw Richard) est la grosse réussite de l'album. Tout chargé d'une émotion qui fait tant défaut au reste. J'ai fait beaucoup de conneries dans ma vie (vous aussi) mais si un jour j'arrive à un tel niveau d'excellence stérile, jetez moi un seau d'eau. Ou des œufs. Faites quelque chose. On n’a pas le droit de se laisser, à ce point, congeler sur place. C'est peu dire que For The Roses (1972) est attendu avec le fusil à pompe. En dépit d'une pochette «retour à la nature» (avec Joni à poil, si vous cherchez bien). Aie aie, James Burton et Russ Kunkel dans les crédits. Requins de studio à très grandes dents. Et effectivement... Musique d'autoradio, rien moins. Saxo douceâtre. Arrangement élégants, pour acheter des haricots dans votre supermarché. Annihilation des sens. Avec savoir-faire. Le même problème que le second Nick Drake en fait. Parquet bien ciré, carpette sans un seul acarien. Le type qui a pondu la musique du Starsky Et Hutch original (Tom Scott) tient les cuivres. Idéal pour le Ripolin à tous les étages. Pas une tâche de gras, pas l'ombre d'une goutte de sueur. Retour de bâton, Steve Stills est à la guitare sur les deux meilleures chansons.  Passez-moi les punks et le pub rock. Que ça bouge, que ça transpire. Syndrome des années soixante-dix, qui oubliaient l'urgence.  Exploration pas poussée plus avant. Pas envie de s'aventurer sur la banquise.  De se cogner à un iceberg dans la longue nuit polaire. Trois beaux albums à connaître. Le reste est sans garantie.

Laurent

 

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