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Folk - Laurence Vanay/Jacqueline Thibault - Entretien

par lou 24 Janvier 2012, 17:41

FOLK

 

Laurence Vanay / Jacqueline Thibault

 

 

Entretien

http://userserve-ak.last.fm/serve/_/26646375/Laurence+Vanay++Jacqueline+Thib.jpgAutant la pop music française a galéré pour s’imposer sur nos contrés, autant le folk français regorge de ses petites merveilles que l’on nous jalouse de par le monde. Qu’il soit trad ou progressif, le folk franchouillard a su dès le début des seventies s’ouvrire au monde extérieur, redynamisant bourrée et autres danses traditionnelles. Dans le cas de Laurence Vanay, peut on parler de folk? D’Acid Folk ? De Folk Progressif ? Non, je ne le pense pas, tant la musique déployé sur Galaxies ou Evening Colours est personnelle, innovante, créatrice d’atmosphère tantôt angoissante tantôt libératrice. Deux petits bijoux que l’on catalogue bien trop hâtivement dans le folk progressif, car on pourrait les ranger très aisément dans le Space Rock, ou la musique de chambre. Délicatement, Laurence Vanay, aka Jacqueline Thibaut, tisse les contours d’une musique richissime, empruntant de par ses influences et son parcours, les ingrédients d’une beauté intemporelle. Et pour autant tellement obscure, tout comme sa carrière qui loin des strasses et des paillettes, démontre une suractivité novatrice et en constante évolution. Rencontre avec Jacqueline Thibault.

Lou : Bonjour Laurence, et un grand merci d’avoir accepté cette entrevue. Nous souhaitons donc revenir avec vous sur votre carrière, et donc pour commencer, pouvez-vous nous dire quelle a été votre première rencontre avec la musique ?

Jacqueline Thibault : Dès l’âge de 2 ans, je chantais les chansons que j’entendais chanter autour de moi, j’imitais le chant des oiseaux en dialoguant avec eux, et à 3 ans, j’ai commencé à jouer sur un vieux piano et à improviser des petits airs. A 4 ans, j’ai rencontré un professeur qui a déclaré que j’avais “l’oreille absolue” et j’ai donné mon premier “concert” à cet âge là...

Lou : Vous avez une formation au conservatoire National supérieur de Musique de Paris, et dès 14 ans vous participez à de nombreux récitals, et autre manifestations artistiques. Vous saviez déjà où vous vouliez aller , ou étiez-vous à la recherche de votre identité en ces années agitées ?

J.T : Mon apprentissage musical, dès 4 ans, fut extrêmement pénible et contraignant car je devais, dès l’école primaire, travailler la musique durant les récréations et en plus des devoirs du soir, si bien que je n’avais qu’une idée, pouvoir être enfin “comme tout le monde” (normale!) et pouvoir avoir des moments pour jouer avec mon frère et mes sœurs... (Si mon travail de musique n’était pas parfait, j’étais très sévèrement punie...) Je suis entrée au CNSMP à l’âge de 10 ans, en 6e, et j’ai obtenu les diplômes à 15 ans en 3e. De ce fait, en raison des cours du conservatoire, je n’ai pas pu suivre une scolarité normale et j’ai dû rattraper en seconde les classes de 6e, 5e 4e et 3e (j’avais quand même été reçue au brevet en 3e en travaillant durant les grandes vacances car à l’époque il y avait un rattrapage en septembre...) J’aimais jouer en public, mais je jouais peu de musique “classique” et essentiellement mes compositions, improvisations et chansons qui me permettaient d’échanger des émotions intenses avec d’autres êtres humains car j’étais complètement isolée des enfants de mon âge du fait que je ne pouvais participer ni aux cours ni aux autres activités, à cause du travail musical qu’on m’imposait... Mon premier public a été composé de mon frère et de mes sœurs ainsi que de mes très nombreux cousins et cousines pour qui j’organisais toutes sortes de spectacles. Nous n’avions pas accès au monde extérieur, ni radio, ni TV, ni même de quoi écouter des disques... Nous n’avions pas le droit d’inviter des camarades ou de nous rendre à leurs invitations. Je ne savais pas ce qui pouvait se passer dans le monde... Je me sentais totalement prisonnière. Les concerts que j’ai donné à l’étranger se sont passés lors de voyages linguistiques et dans le cadre d’une chorale dont je faisais partie, au sein de laquelle je chantais aussi mes propres chansons et au sein de laquelle j’étais très surveillée et encadrée. Peu à peu, la musique devint mon seul moyen d’expression, mon seul mode relationnel avec l’extérieur.

Lou : Très jeune, donc, vous tourniez pas mal autour du globe. Comment avez-vous vécu Mai 1968, et l’explosion du pop qui s’ensuivit ?

J.T : Avec la chorale, nous avons eu la chance de nous produire souvent à l’étranger et donc, moi aussi avec mes compositions et chansons, en parallèle. De plus, dès 18 ans, j’ai pu vraiment voyager seule et donner des concerts dans des lieux souvent prestigieux. J’avais découvert le rock tout à fait par hasard à l’âge de 14 ans en entendant Elvis Presley et j’avais été fascinée par cette musique dansante et tonique, très mal vue au conservatoire. J’étais entre 2 cultures, la “Classique” obligatoire et celle que je m’efforçais de créer avec mes chansons et un professeur de piano qui accepta de me faire jouer un peu de jazz. Mai 68 représenta pour moi un immense espoir de libération d’idées nouvelles et d’ouverture. J’y ai participé comme je l’ai pu (j’avais peu de liberté...) et mon Solex de l’époque est mort brûlé sur les barricades !
Je n’ai pas eu accès aux musiques “Pop”avant 1972 mais elles m’ont alors semblé totalement familières, correspondant totalement à ma démarche musicale personnelle de cette époque. Mais elle n’a pu m’influencer puisque j’étais déjà dans cette mouvance avant de connaître ce qui se faisait dans ce domaine! Ce fut pour moi un grand bonheur de me trouver enfin en osmose avec d’autres musiciens partageant les mêmes ressentis.


Lou : J’ai lu que vous aviez enregistré un simple en 72 avec le combo Nanajo, embrassant ainsi la pop à pleine dent. Je n’ai malheureusement pas trouvé trace de ce single. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cet enregistrement et sur l’histoire de ce groupe ? Avez-vous effectué des concerts ?

J.T : A la classe d’orgue du CNSMP, arrivée ex quo avec un élève pour 1 seule place possible, le jury m’avait évincée au motif que j’étais une femme, au profit d’un camarade homme qui lui “ferait une carrière”. Écœurée, du jour au lendemain, je décidais de faire enfin la musique que j’aimais, du rock , (je n’y connaissais absolument rien, ni personne dans ce milieu !) et passais une annonce pour trouver un batteur. Très rapidement, un groupe se forma et peu de temps après nous avions pu présenter une maquette 2 titres à 3 maisons de disques dans le même après midi et les 3 voulurent nous signer... J’ai choisi “Vogue”. Nous avons travaillé de nuit durant plusieurs mois dans les studios rue de Hauteville à Paris pour réaliser 1 disque 45t. Nous avons donné quelques concerts confidentiels... Mais en fait, le manager de Vogue qui nous avait fait signer le contrat, nous enregistrait en cachette (sans que nous le sachions!) pour nous produire à titre personnel et quand le 45t sortit, il fût viré de chez Vogue qui s’aperçut alors de ses agissements et il disparut totalement de la circulation avec le master et les disques, nous laissant bloqués avec un contrat d’exclusivité de 3 ans... Après diverses démarches infructueuses pour nous en libérer, les musiciens (2 malgaches, 1 batteur+ 1 chanteur percussionniste et 1 guitariste Breton) se lassèrent et je décidais de préparer seule un album qui aboutit à Galaxies. Nous n’avons eu qu’un seul exemplaire de ce 45t. (perdu depuis dans un déménagement) et des bandes 1/4 de pouce de démos...
http://magma.fan.free.fr/ph01mag/magma1973.jpg
Lou : Finalement, votre parcours vous amène à fréquenter la sphère de Magma au début des années 70, ainsi que la création du label Thélème qui verra défiler certains des groupes les plus innovants de la scène pop française. Quel impacte cette fusion d’idée et d’événements a-t-elle pu avoir sur votre propre créativité ?

J.T : J’ai rencontré Laurent Thibault (dans" la sphère de Magma”) lorsqu’il travaillait aux éditions Barclay et le projet de Galaxies l’intéressât. Il me fit rencontrer Serge Derrien, guitariste et musicien exceptionnel qui devint un ami et avec qui j’ai travaillé durant 24 ans, et ce dernier vint enregistrer l’album avec Jean Chevalier (dit Popov) un batteur très doué qu’il connaissait. Tous les 3, nous nous sommes retrouvés immédiatement en parfaite osmose musicale et nous n’avons pratiquement pas répété les titres avant d’entrer en studio. Je ne découvris la musique et les musiciens de Magma que 4 ans plus tard, lorsque ce groupe enregistra au château d’Hérouville en 1977. J’ai alors  beaucoup aimé et admiré leurs compositions et leurs compétences musicales.


 http://ring.cdandlp.com/easy-t/photo_grande/114723495.jpgLou : Passons à votre premier album, le magnifique Galaxies. Vous l’enregistrez avec Laurent Thibault. Comment se sont passés les séances d’enregistrement, et êtes-vous parti en tournée pour le promouvoir ? Il semble également qu’un 45tours est sorti de ses sessions, avec le titre Demain, mais je n’en ait pas trouvé trace. Vous confirmez ?

J.T : L’enregistrement de Galaxies se fit dans des conditions de “Live”, (1 seule prise pour faire les voix des chansons...) faute de moyens, dans le studio de Milan, avec aux manettes Gérard Manset qui, très rapidement, quitta le studio en claquant la porte, disant qu’il n’était pas là pour enregistrer des fous furieux ! Ce fût donc l’assistant, (qui se trouva être celui qui avait précédemment enregistré le groupe Nanajo chez Vogue !) qui termina l’album. Sa sortie chez SFP fut assez confidentielle, mais grâce à des amis qui travaillaient à Europe 1, certains titres passèrent en radio en fond sonore. SFP m’engagea pour faire de la direction artistique, mais ne fit pas de promo pour l’album Galaxies faute de moyens. Toujours grâce aux amis, l’album parvint jusqu’en URSS et aux USA où il fût copié. (Mais pas distribué ou mis en vente...) Il y eu en effet 1 45T destiné aux radios avec 2 titres, la chanson “Demain” et un instrumental “Soleil Rouge” qui lui passa en radio. Il m’en reste 1 exemplaire, complètement rayé et inaudible... il n’y eu pas de concert programmé. (SFP avait de gros soucis financiers...)

http://userserve-ak.last.fm/serve/252/42638169.jpgLou : Dans la foulée, vous gravez le mystérieux Magic Slows sous le pseudo Maire Mennesson. Personnellement, je n’ai jamais pu l’écouter. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ? J’ai entendu ici et là que le concept était plus proche de l’illustration musicale que du folk de Galaxies ?

J.T : Il s’agit d’une commande de SFP censée être commerciale, où j’ai arrangé des titres connus (Yesterday, Only You,ou Petite Fleur) et composé 5 titres spécifiquement pour l’orgue Hammond +basse pédalier, accompagnée à la batterie par Jean Chevalier (Popov). La pochette, dans un but “vendeur”, représente une femme nue avec un serpent autour du cou ! (D’où le pseudo Maire Menneson, car je n’avais rien à voir avec ces choix musicaux et autres !!!)

 

 

 

Lou : Que ce soit Galaxies ou Gateway Evening Colours, les prix s’envolent autour des originaux. Ça vous fait quoi de voire cette spéculation autour de vos disques ?

J.T : Cela m’a beaucoup surprise. Ce sont des amis qui m’ont averti il y a peu, de cette situation. Bien sur, cela me fait plaisir que ces musiques soient appréciées car à l’époque, j’ai été méprisée par le milieu musical et beaucoup de professionnels se sont ouvertement moqués de ma démarche artistique qui était absolument sincère et désintéressée...Toutes ces musiques qui ont faites avec le cœur et non par appât du gain, prennent ainsi un nouvel envol et je suis infiniment reconnaissante à tous ceux qui y ont contribué.

Lou : Après ces deux albums, vous travaillez au fameux Château d’Hérouville.  Quels souvenirs en gardez-vous ? Et à quels projets avez-vous participé, et tout du moins lesquels vous ont le plus marqué ?

J.T : Le 2e album, “Evening Colours” a été enregistré au château d’Hérouville car j’étais actionnaire (très minoritaire) de la société du château pour laquelle je travaillais bénévolement sur place jour et nuit. J’avais signé et payé un contrat d’enregistrement pour 5 ans. Mais hélas, ces enregistrements ont été réalisés dans des conditions très précaires et sur des laps de temps très restreints, avec des moyens techniques souvent défaillants...J’ai passé 11 années à travailler sur place pour la société du château (pratiquement sans aucun jour de vacances !), en particulier en remplaçant le personnel manquant et donc j’ai vécu beaucoup d’histoires musicales variées et... originales.(J’ai écrit une nouvelle concernant certains artistes particulièrement “border line”...) J’intervenais très souvent au studio, non seulement en tant que musicienne mais également en tant qu’assistante des ingénieurs du son lorsque cela s’avérait nécessaire. J’ai particulièrement travaillé bien souvent avec Jacques Higelin et avec beaucoup d’autres artistes en tant que clavier, choriste, arrangeur ou compositeur.

Lou : J’ai lu également que vous aviez enregistré au cours de cette expérience deux projets, Les Soleils de La Vie et La Petite Fenêtre, qui auraient dû être distribué par Barclay. Pourquoi cela ne s’est-il pas fait ? Et il y a-t-il une chance de les voir réapparaître un jour ?

J.T : Mon contrat d’enregistrement, pourtant payé à l’avance, n’a jamais été vraiment respecté...faute de bonne volonté et de respect des engagements... Mais je ne désire pas m’appesantir sur cette période qui a été particulièrement difficile. Les titres de ces 2 albums sont des inédits qui figurent en partie sur le “Best Of Laurence Vanay” produit par Cristal Musique, et le label américain “Lion Production” pense en reprendre également quelques uns pour la sortie du CD qu’ils vont produire.

Lou : Finalement à partir des années 80, quand on lit votre biographie, on est impressionné par la multitude d’activité et de projet auquel vous avez collaboré, ou lancé. Pas trop difficile dans un milieu pour le moins stéréotypé dominé par les multinationales que sont devenus les labels ?

J.T : Délivrée du poids du château d’Hérouville, j’ai pu renouer avec ma créativité et j’ai tenté au travers de mes actions de donner leur chance à des artistes de talent rejetés par  les circuits commerciaux. Il m’a fallu trouver des chemins différents de ceux empruntés par les multinationales...J’ai eu la chance de rencontrer des associés qui ont apprécié ma démarche et qui ont pu m’aider dans ces projets. J’ai pu m’associer avec d’autres structures et en dernier lieu, participer à la création de la Féppia (fédération de labels aquitains) au sein de laquelle 33 labels se battent pour défendre leurs artistes. Les dirigeants de cette structure sont des personnes remarquablement compétentes et motivées. Il existe encore des producteurs qui croient à la qualité et à la sincérité musicale ! Cristal Musique continue à produire et à mettre en lumière des créations originales et même si c’est à un très modeste niveau, (nous ne bénéficions d’aucune aide ni subvention) cela permet à des auteurs compositeurs de faire vivre leurs musiques. Par ailleurs, il m’a été possible de développer des méthodes musicales basées sur l’improvisation et d’aider certaines personnes grâce à des ateliers musicaux favorisant la créativité.

http://www.cristal-musique.com/images/equipe/jtbatterie.jpgLou : Quels sont vos prochains projets ? J’ai appris que vous travailliez avec des auteurs de Slams. Que vous inspire ce nouveau type de chansons ?

J.T : En effet je me suis intéressée au slam, en produisant des artistes et en accompagnant musicalement en improvisation différents slameurs  . Mais cette démarche “Slam” très intéressante,  naturelle et sincère à se débuts, perd actuellement beaucoup de son authenticité et de sa spontanéité... J’ai actuellement 2 projets en cours: 1 album de titres pour chorale (4 à 5 voix) + instruments électroniques: “Séparations”( en cours de réalisation) et un autre, “Collector”, où sur 12 titres de piano que j’ai composé et enregistré, interviendront différents musiciens qui les arrangeront (découperont etc...) à leur convenance...Sur le CD il y aura les titres ainsi réalisés par les artistes et les titres de piano d’origine.

Lou : Un petit mot sur le monde qui nous entoure ?

J.T : Je me suis volontairement “expatriée” loin de Paris et du Show Business, pour vivre au bord de la mer dans un endroit où la nature est particulièrement belle et variée. A l’abri des tourbillons tumultueux du monde actuel, il m’est ainsi possible d’apprécier toutes sortes de petits bonheurs  qui me sont donnés  jour après jour. J’ai la chance d’avoir pu m’entourer d’amis sincères sur qui je peux compter, ce qui me permet d’être utile aux autres et de mettre ma créativité au service de personnes en difficulté. Le temps passe très vite et l’on peut parfois penser que le monde devient fou... Pourtant, pour être heureux, il suffirait de savoir apprécier la beauté de chaque chose et de chaque être, en savourant l’immense chance qui nous est donnée d’être sur cette planète. Comme l’écrit Saint Exupéry dans “Le Petit Prince”: “On ne voit bien qu’avec le cœur”... Pour conclure, je n’ai qu’une seule chose à dire: Merci pour la vie !

 

Entretien mené par Lou

 

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