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Folk / Tim Hardin - Plus Trop Envie De Vivre Longtemps

par lou 11 Septembre 2012, 09:14

FOLK

 

TIM HARDIN

 

Plus trop envie de vivre longtemps

http://userserve-ak.last.fm/serve/_/19225337/Tim+Hardin+yahoo4.jpgFolk, parce qu’il faut bien une catégorie. Se mâcher le boulot. Les petites boites donnent les plus grands cercueils. En général. Et puis c’est avant tout pour ça que Tim Hardin est connu. Lui qui a réussi à mourir trois fois. D’abord d’une overdose d’héroïne. A peu prés en même moment ou Lennon tirait sa révérence. Loser ultime Et puis d’oubli. Vous pouvez passez votre foutue vie à coté d’un paquet de disques (Nice, Small Faces, Nico, Gandalf, Scott Walker, Rod Stewart) sans savoir où ils ont pêché ces drôles de reprises. Par contre, vous avez sûrement, pour votre malheur, déjà entendu ce que l’Idole hexagonale a fait de If I Was A Carpenter. Gravant son refrain avec toute la grâce d’un enfonceur de clous dans du vieux chêne. Là se situe ce fameux troisième décès. Celui d'un gars à la tronche de Droopy qui s'est trompé d'autobus. Drôle de pèlerin, qui bricolait des chansons minimalistes. Et chantait comme si son seul auditeur était un poumon d'acier. Avec un voix entre Dylan enrhumé, et Joe Strummer enroué. Aussi gai qu'un congrès de mormons intégristes tout ça. Mais lumineux. Black Sheep Boy, par exemple, est le plus beau doigt adressé au carcan des conventions sociales, que je connaisse. Même pas méchant, tout juste fatigué. De retrouver la sempiternelle famille de beaufs. Celle qui juge et qui décide. Sans compter qu'un être humain capable d'intituler une chanson, reprenez votre souffle, Tu salis la beauté de la vie en mentant, doit avoir pris son comptant de pains et de gnons. Plus grand chose à cirer du pour et du contre. Du bien et du mal. Et du coup, on a envie de l'écouter parler de son expérience. Le type s'assoit discrètement, et se met à vous arracher les tripes sans seulement avoir l'air d'y penser. Mélodies discrètes, arrangements à l'agonie., impossible de vraiment comprendre ce qui séduit. Dans un tel chemin de cailloux. Sinon la conviction qu'on est un peu concerné. Que toutes ces histoires de vie qui fout le camp, mises bout à bout, c'est un gros morceau de la notre. Hardin chante toujours, la tête baissée sur sa guitare. Même son hommage à Hank Williams (sujet pourtant pas folichon) ne parvient pas à sonner ringard ou emprunté. Pas un petit exploit de déclarer son attachement à un chanteur de country raide torché en permanence, d'abord. Ensuite, quand on sait que celui ci était capable de s'oublier dans son froc, en prenant l'avion (et de bien d'autres choses) faut pas craindre les tomates. C'est ça Tim Hardin, un bloc de souffrance descendu de sa croix, et qui s'obstine à vous expliquer que son seul but c'est d'y remonter. Vous en voulez encore, nous dit-il. Tenez, je vire mes pansements, et je balance du sel mes plaies. Tout le long d'un album, au besoin. Suite for Susan Moore and Damion, we all are one, one, all in one (1970) est avant tout une affaire de rumination. Sur l' existence, sur sa muse et ce fils qu’il a si peu connus. Le tout servi avec un fond quasi impressionniste. Où seuls les gènes ont encore quelque chose à voir avec un dogme apparenté à Woody Guthrie. Ce disque, c’est celui d’un type qui se promène dans son jardin, respire ses roses de prés. Sachant avant tout qu’elles finiront par mourir. Et pour mieux en profiter, il se frotte aux épines, longuement. La douleur est son vecteur de communication. Une forme d’expiation qui annonce Berlin, mais sans la cruauté froide. Le tout entrecoupé de monologues hallucinés, ou Tim Hardin s'adresse d'abord à lui même. Discute avec son monde intérieur, sans plus se soucier de consoles, d'ingénieurs du son, et autres foutaises. Quasi confessions, où l’auditeur a soudain l’impression de se transformer en voyeur. Se prend à redouter ce qu'il pourrait capter, par hasard. Alors que seule de la souffrance émane. On hésite à frapper avant d’entrer. Et puis on écoute à travers la porte (c'est magnifique). Par pudeur. Relief de cicatrices, dont l'intérieur est pour toujours douloureux.

Laurent Meunier

 

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