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François Bréant- Retour sur Cruciferius & Kapak- Entretien

par lou 1 Octobre 2010, 11:55

http://img211.imageshack.us/img211/9734/cruciferiouslp.jpgRock Français

 

Cruciferius / Kapak

 

 

Rencontre avec François Bréant

Dans l’histoire du rock, il est des comètes qui alimentent les fantasmes mégalos de collectionneurs avertis ou de mélomanes à la recherche de la pépite perdue. L’unique album de Cruciferius est de ceux qui, en plus d’affoler les marchands de rêves, attisent les plus grands délires quant à sa formation d’origine. Et il faut reconnaître que la simple présence d’un certain Christian Vander dans la formation d’origine a de quoi exciter le mélomane.

Néanmoins, il faut remettre l’histoire du groupe dans son contexte. À l’origine, le projet nait de la rencontre entre Christian Vander, déjà fortement inspiré par l’œuvre de Coltrane, et Bernard Paganotti, bassiste de son état. Le duo bricole ensemble quelques mois avant de fonder la première mouture, Cruciferius Lobonz, auquel viennent se rajouter le temps d’un court instant le guitariste Marc Perru et l’organiste François Bréant. Avant que Vander décide de partir sous d’autres cieux, à la conquête d’un idéal musical qu’il creuse encore de nos jours. Aucune trace discographique n’existe malheureusement de cette première mouture du groupe.

Cependant, le groupe reste solidaire et recrute Patrick Jean aux baguettes (ex King Set de Michel Jonasz). Le combo tourne alors pas mal de 67 à 68, accompagnant Ronnie Bird, foulant à maintes reprises les planches mythiques du Golf Drouot, s’expatriant même un temps pour une tournée mémorable au Japon. Entre temps, le groupe est signé sur la succursale de Barclay, Egg, signe un premier 45t assez incroyable, avec une face A de plus de 6 mn qui dézingue une atmosphère apocalyptique sur fond de déflagration sonore, avant d’enregistrer les pistes pour un album qui restera longtemps sur les étagères de Barclay avant d’être enfin publié en 1970.

Le groupe participe à Amougies, au festival de Blois, et y fait la rencontre de Vigon, pour qui ils participeront au fantasque Pop Corn de ce dernier. Tout semble aller très vite, mais dans le sillon de ce succès, le groupe splitte à la fin de l’année 70 sur les cendres d’une tournée américaine avortée. François Bréant y part quelques mois avant de refouler le sol français et de faire la rencontre d’Albert Marcoeur, avec qui il fondera Kapak. Un album est mis en boite, dans la lignée du free jazz de Zappa, mais ne sortira malheureusement jamais. C’est cette histoire qu’a bien voulu nous conter François Bréant le long d’un entretien forcément historique.

 

Fuzzine : Bonjour François, notre entrevue va donc porter sur la période Cruciferius et Kapak. Quel souvenir gardez-vous de ces deux premières expérience?

 

François Bréant : Je dois à Cruciférius de bien beaux souvenirs :

-Premières séances d’enregistrement dans un vrai studio (Barclay), 

-en 1968 Première tournée à travers la France en grève générale (Mai 1968) comme accompagnateur de RONNIE BIRD l’élégant chanteur « mod » français (et néanmoins joyeux camarade.)

-Hiver 68, dans un club, à Courchevel où nous accompagnions un chanteur débutant David-Alexandre Winter, le papa de l’Ophélie du même nom.

-1969 Premier passage à l’Olympia, en ouverture de Vanilla Fudge dont nous étions fans..

-1969 Première tournée à l'étranger (Japon).

Premier triomphe dans un festival « pop » (festival d’Amougies). 

 

Kapak en revanche fut une longue expérience de vie communautaire et rustique en retrait du show-biz. Pendant deux ans : travail personnel, recherches sonores et répétitions 6/8 heures par jours. Hélas, aucun de nos enregistrements ne fut publié. Le groupe se sépara avant. Kapak restera toutefois d'importance, car ce temps de recherche en commun fut un substitut aux études musicales classiques que j'avais refusé de faire par esprit de rébellion.

 

F : Et comment êtes-vous arrivé dans la musique ?

 

F.B : En étant enfant chanteur à la Maîtrise de la Cathédrale de Rouen.


F : La fin des sixties est dominée par le rock psychédélique, la contestation étudiante et prolétaire, et l’abolition de certains tabous. Comment vous positionnait vous à l’époque ?

 

F.B : Je m'inscrivais totalement dans cette résolution à changer le monde. J'adhérais à toutes les utopies et en mettais certaines en pratiques. Toutefois, J'étais et suis toujours très réactif contre la promotion des drogues que faisait le rock psychédélique. Elles ont dévasté et terriblement ramolli cette génération. Contre des révolutionnaires défoncés, les réacs avaient et ont toujours tâche facile pour ralentir les changements.


F : La première formation de Cruciferius se nomme Cruciferius Lobonz, qui joue donc ensemble à partir de 67. Vous y faites la rencontre de B Paganotti et de C Vander. Pouvez-vous nous raconter comment s’est effectuée cette rencontre ?

 

F.B : Honnêtement, j'ai à peine connu Christian Vander. Il quitta le groupe pour aller vivre en Italie quelques semaines après mon entrée. Le vrai batteur de Cruciférius, c'est l'excellent Patrick Jean qui le remplaça.

En arrivant de ma province (Rouen), je pris l'habitude de traîner au Golf Drouot tous les vendredis soirs, la soirée des musiciens de rock. J'y lus la petite annonce de Cruciférius Lobonz qui était en quête d'un organiste jouant de l'orgue Hammond. J'y répondis. 


F : Il n’y a pas de traces discographiques de cette première formation. N’existe-t-il aucun enregistrement ? Et à quoi correspondait la musique de cette première formation ?

 

F.B : Non, il n'y à pas d'autre enregistrement de la rythmique Paga-Vander que les play-back du EP sortis chez Barclay sous le nom de Fatty Notti.

F : Fin 67 donc, C.Vander quitte le navire, et est remplacé par Patrick Jean. Pourtant, durant plusieurs années, on a assimilé Cruciferius à la présence de C Vander. Cela ne vous a-t-il pas gêné ? Et quel était déjà le tempérament de C Vander ?

 

F.B : Oui, ça me gêne toujours. C'est injuste pour Patrick Jean, car, avant lui, Cruciférius se contentait de reproduire le "rythm and blues" américain. Le groupe commença à être créatif à partir de sa constitution définitive avec Patrick Jean et Marc Perru. 

Cruciferius

 

Pour le peu que je l'ai connu, je voyais Christian comme un personnage surdoué et hors du commun. Avec une détonnante combinaison de talent et d'égo surdimensionné qui est souvent la marque des stars.

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F : Parlons de Cruciferius donc. Vous signez sur le label Egg de Barclay, et sortait un premier 45t. Puis vient le temps de l’album. Pouvez-vous nous parler un peu de ces enregistrements ? Quels étaient les objectifs de votre musique ? Vos influences majeures ?

 

F.B : Nous étions très marqués par l'art Afro-Américain. Rien ne nous semblait plus porteur de rêves et d'émotion. Groover comme J.Brown, émouvoir comme Otis Redding, souffler avec la force émotionnelle de John Coltrane, telle était notre impossible quête. Nous étions blancs et pire encore : francophones. L'idée de combiner cette encombrante influence avec les trouvailles et la folle fantaisie des meilleurs groupes blancs (Beatles etc...) caractérise le style de Cruciférius. Un groupe américain nous plaisait beaucoup pour avoir fait ces choix : Vanilla Fudge. Surtout leur premier album.


F : Il existe d’ailleurs un EP enregistré par Paganotti accompagné par Cruciferius sous le nom de Faty Notti. Est-ce un préambule à la musique en devenir de Cruciferius ?

 

F.B : C'est, en effet, un premier jet du groupe, initié, d'ailleurs, avant mon arrivée et qui aurait pu sortir sous le nom de Cruciférius si le producteur n'avait pas préféré signer seulement Bernard Paganotti comme chanteur.


F : Vous avez tourné, si je ne m’abuse, au Japon. Quels souvenirs en gardez-vous ?

 

F.B : Un souvenir intense et émerveillé. Toute une série de premières fois.

-premier job prestigieux

-premier voyage en avion

— premier contact avec l'Asie

— première fois que je gagnais régulièrement ma vie.

— première fois que le groupe était traité avec respect. Beaux hôtels, limousines, entourage féminin, journalistes, etc. Le producteur japonais qui nous avait fait venir avait très intelligemment fait croire à la presse locale que nous étions un groupe vedette en France. Nous fûmes donc traités comme tels en dépit de modestes cachets, peu en rapport avec la vie luxueuse que nous y menions.

— Cet extraordinaire pays était à l'époque en plein développement et l'esprit qui y régnait était très stimulant par comparaison à la poussive France.  


F : Quelle était la réaction du public lors de vos concerts en France ? Pensez-vous que le public pop français était prêt à faire sa révolution musicale ?

 

F.B : Les réactions du public-pop français étaient bonnes, mais le public "pop" n'était pas le "grand public" qui, lui, se roulait dans la médiocrité franchouillarde distillée par les quatre uniques radios françaises de l'époque : Radio MontéCarlo, Europe1 et RTL. Seule France Inter distillait du jazz ou du rock à des heures tardives.

Ce public "pop" s'intéressait en priorité à la pop anglaise et américaine. Peu de ce qui était français les faisait rêver. Pour dire, Rock et Folk, principal vecteur de la "pop", cantonnait ces infos sur le rock français à une unique rubrique ghetto d'une page appelée "Rock d'ici" L'excellent Jean Marc Bayeux qui œuvrait pour promouvoir la création pop/rock française n'avait pas beaucoup de place pour s'exprimer.


F : Vous avez également accompagné Ronnie Bird. Si vos influences étaient semblables, il n’en reste que les musiques étaient fort différentes. Comment s’est passée cette tournée ?

 

F.B : Ronnie était lui aussi pris en sandwich entre l'industrie musicale française qui attendait de lui des productions lisses et ses goûts personnels pour les musiques anglo-américaines. Comme beaucoup d'artistes connus, sa production ne reflète pas complètement son identité musicale propre. On peut qualifier cela de corruption, mais pour beaucoup, c'est de la survie. 


F : Dans la même optique, vous avez participé au Festival d’Amougies (quel regret de ne pouvoir voir le film de Cyril Laperrousaz) en compagnie des Floyd, Zappa et autres french pop. Pouvez nous racontez cet événement légendaire ?

 

F.B : Un souvenir émerveillé et frigorifié (trois jours et trois nuits en Janvier en Belgique). La programmation était inouïe. C'était une grande fierté d'y obtenir un triomphe avec rappel. Cependant, il est intéressant de noter que les organisateurs avaient groupé ensemble les artistes français le dimanche après-midi au lieu de les panacher avec les groupes anglais ou américain au long du festival. Les groupes français étaient parqués dans la même séquence, comme une proposition de deuxième choix. Comme si les organisateurs avaient dit : "Voilà, on vous a mis quelques Français, mais si ça vous emmerde, vous n'avez qu'à zapper le dimanche après midi. Le soir on repassera aux choses sérieuses". Ceci est très révélateur de l'état d'esprit du public et des décideurs de l'industrie musicale de l'époque vis-à-vis du pop-rock français.


F : Début 70, Cruciferius se sépare, suite au départ de Paganotti. Pourquoi ne pas avoir essayé de continuer sans lui ?

 

F.B : Difficile de remplacer un Paganotti. J'ai préféré tenter une autre expérience plutôt que faire la même chose en moins bien.

 

F : Vous partez donc fonder la même année Kapak, tout en vous investissant dans la vie en communauté en Normandie. Comment avez-vous fait la rencontre avec Albert Marcoeur ?

 

F.B : Il jouait du saxophone dans un groupe de reprise de R&B dans lequel Pascal Arroyo jouait de l'orgue. Les Lake's men.

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F : À quoi s’apparentait la musique de Kapak ? Un album semble avoir été enregistré, mais n’est jamais sorti à ce jour ? Pourquoi ? Et y a-t-il des chances de voir ressortir ces bandes ?

 

F.B : Assez peu de chance, les bandes sont perdues. Il ne me reste qu'un "souple" élimé, techniquement impropre à une édition commerciale. 

La musique était très influencée par les Mothers of invention, les Fugs, Ornette Coleman, Doctor John (tendance vaudou), l'humour non-sense, la théâtralité. Nous ratissions large. 


F : Le groupe se disloque avant une tournée aux États-Unis. Finalement, vous partez à deux, errez à New York ou Los Angeles, à la manière des clochards célestes de Kerouac ?

 

F.B : Oui, ce fut pour moi, mon voyage initiatique de jeunesse ; il fallait que je vive en vrai, les rêves que la culture pop-rock avait généré en moi.


F : Lorsque vous revenez en France, vous parcourez les années 70 au sein de différents projets (Nemo, solo) pour finalement ne jamais quitter la musique. Un regret dans cette longue carrière ?

 

F.B : Oui, je regrette un peu de m'être trop souvent mis au service de la création des autres plutôt que de développer mon travail de compositeur et de scène.(c'est la fonction d'arrangeur-réalisateur) C'est un travail passionnant, mais j'aurais peut-être dû me servir en premier un peu plus.

 

F : Que fait de nos jours François Bréant ?

 

F.B : Arrangeur-réalisateur spécialisé dans les artistes africains. Salif Keita, Thione Seck, Ablaye Thiosane, Idrissa Soumaoro, Bako Dagnon, Kékélé, Sékouba Bambino, Sia Tolno, Kandia kouyaté etc...

 

Entretien mené par Lou.

Photo tirée de l'excellente site France Heavy Rock.

 

LIEN :

Site Officiel de François Bréant

 

Mister Magoo

commentaires

lou 09/01/2011 21:14


Merci, oui il a joué un temps avec le groupe français de progressif Nemo


Wwx 09/01/2011 14:36


François ...Il a pas jouer avec Aroyo Dans Nemo , ou Captain Nemo ? J'sais plus ? Super article ! Bravo Wwx


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