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French Folk (2) - Jean Meyrand est stakhanoviste

par lou 2 Octobre 2012, 09:30

FOLK FRANCAIS (2)

 

 

JEAN MEYRAND EST STAKHANOVISTE

 

 

Storlok, Chalibaude, Folkdove, Sourdeline, Emmanuelle Parrenin

http://www.bernez-tangi.com/web-content/3storlok.jpg

Storlock

Deuxième (et dernière) étape dans notre recherche du folk ultime, au pays du fromage qui renifle grave. L'édition précédente partait de très bas, pour se stabiliser à un excellent niveau. Aujourd'hui, une fois atteinte l'altitude requise, nous reste à départager les meilleurs. Pour éviter la foire d'empoigne, chacun d'eux a été isolé. Et paraitra seul devant notre jury archi corrompu. L'article est dédié à  Julienne et à Christophe. Qui écoutent la gavotte de l'éternité, assis sur une étoile.

 

 

Nous appelons :

 

http://prehistoiredufolk.free.fr/images/Storlok.StokHaStok.jpgStorlok. Des bretons pour commencer. Album Stok ha Stok (1980). Et si j'ai choisi de commencer par ceux-là (pas folk dans la musique, mais dans l'esprit) c'est autant pour flatter mes racines du côté de Kervignac et Locoal (si si) que pour placer ce papier sur un plan tout à fait non académique. L'esprit folk c'est aussi des pavés dans les belles vitrines, casser du bourgeois, militer, libérer les expressions. Il faut savoir que j'ai des origines morbihannaises par un ancêtre vosgien. L'académisme reprend une rasade de calva et s'en va cuver, merci. Surtout, Storlock devrait donner des aigreurs à n'importe quel puriste. Pensez un chouette album de blues rock celtique. Avec des sonorités qui trahissent autant d'heures d'écoute de Rory Gallagher que des basiques locaux. Pressez et vous aurez le même jus. Assurancetourix s'essaye au bottleneck, et touche salement sa bille. Aussi bien qu'au violon. Quelques magnifiques ballades, histoire de souffler un peu, sans jamais tomber dans la guimauve. Plutôt larges gorgés d'embruns et d'air pur. Les textes sont en bretons, fort heureusement traduits. Avec des titres comme Sabots Électriques, Complaintes Des Goémoniers ou Pour Avoir L’argent Et Le Pouvoir voilà des prétendants sérieux au duel final. Et aussi crédibles, au niveau revendicatif, que Tocabiol. C'est important de gueuler, quand on une bonne raison de le faire.  Facilement disponible en CD, ce disque sans prétentions mérite beaucoup plus que le silence qui l'entoure. Et, vous le savez, je suis tatillon. Jusqu'à vous signaler (empêcheur de censurer en rond) qu'une phrase figurait au dos de la pochette originale. Et à disparu sur la réédition. Quelque chose comme «Je tiens à souligner ici la duplicité d'un public qui hier encore me trainait dans la boue et aujourd'hui m'adule». Ils sont têtus ces bretons.

LIEN :

Gwerz Ar Vezhinaerien

 

 

Ayant ruiné, d'entrée, toutes mes chances d’être pris au sérieux par les fans de Nolwenn Leroy (manquerait que ça) qui me huent, j’accélère sur la Route 66. Si cette bande de nazes savaient à quel point leur, gonflante, idole a piquée dans le répertoire qui nous intéresse aujourd'hui, ils auraient une idée de l'infini. Comme quoi, pour réussir financièrement dans la musique, mieux vaut être un escroc roué qu'un musicien doué. Ce qui fait (comme on le verra chez Sourdeline) qu'un vieux traditionnel, repeint en fluo peut attirer, le temps d'une saison, les beaufs sur la piste de danse. Tout content d'avoir trouvé, pensent-ils, plus cons qu'eux. Ignorant les racines, la raison, et tout ce qui sépare l'intelligence de TF1. Vous savez quoi ? Storlok se classe alphabétiquement  entre les Stooges et les Stranglers. Je demande donc Chalibaude, pour rendre à tout ceci sérieux et rigueur.

 

 

http://2.bp.blogspot.com/_OzFcdtU6kGA/S2KkczC2Y4I/AAAAAAAAELM/3IBuM6r4ffQ/s400/Chalibaude.jpgBien bel album que ces Noces Du Papillon (1976). Chalibaude venait du Poitou, et proposait une relecture brillante des musiques de son terroir.  Alliance de sonorités traditionnelles et électriques, intelligemment mises en opposition. Au lieu d’être prétexte à une bouillie facilement ingérable (autant que vite vomie).  Pour avoir été trainé (presque de force)  au concert d'un «groupe folk»  j'en étais revenu épouvanté, voilà bien une dizaine d’années. Et pas que par le côté Dachau/vous êtes sous contrôle de la structure. Tous les morceaux pris sous le même angle, à savoir une alliance contre nature d’arpèges vaguement vieillots, avec un (pas deux) riff qui avait dû être piqué à Green Day. Trente secondes des premiers (poser le climat) et des heures du second (caution rock). Alors quand on a vécu ça, Chalibaude c'est du bonheur.  Avec ses climats électroacoustiques, son mépris total des clichés. J'entends des compositions, pas un catalogue de deux pages.  Et puis il y a ces vocaux, ce chant si profond, si humain. Voix chaudes, vivantes, non sorties du congélateur. Comme j'aime à le penser, on est là en présence de ce que nos anciens auraient ressenti, comme du blues.  Impossible de ne pas entendre Rutebeuf ou François Villon, débarquant soudain pour faire le bœuf. Ou taper une vieille gigue en pleine rue. Et puis reprenant leur chemin, pour semer la bonne parole. Non sans avoir fait un bras d'honneur aux pandores à cheval. Ou secoué la bourse d'un rentier trop bien nourri. La musique des bordels de la Cour Des Miracles. Le juke-box des tire-laines, écornifleurs, et autres chourineurs. Magnifique album, à deux niveaux. La simple écoute ou l'audition hédoniste d'un âge englouti.  Bien sûr, absolument pas réédité ni facilement disponible. Carnassier dans sa rigueur, et aussi costaud  que Storlock. Chacun dans son langage vernaculaire.

LIEN :

Les Noces du Papillon

 

http://1.bp.blogspot.com/_WWIy23PK7tM/SnHdZTbsnkI/AAAAAAAAB6Q/ekWyC_XfL8I/s400/Folkdove.jpg

Folkdove

Le jury est bien emmerdé pour l'instant. Apparition du troisième candidat. Ah il y a un problème, me di- on. Quelqu'un aurait piqué une crise d'égo. Non, pas le groupe, mais Jean Veuplus, marchand de collectors. Sous prétexte que lui vend les originaux du groupe à des 700/800 euros, il voudrait nous les voir classer premier du challenge, sans plus de questions. Oh là, qu'on le vire. Trop souvent le prix marqué (argument tout à fait artificiel, on en conviendra) fait jouer, dans les esprits, un réflexe capitaliste. Qui veut qu'on accorde, d'abord, crédit à qui exhibera le plus de zéros sur l'étiquette.

 

 

http://4.bp.blogspot.com/_AthyGmAshJ8/S3mvWECEUfI/AAAAAAAAB8I/9mG4qdYD0fI/s320/Folkdove+-+%5B1975+FRA%5D+-+Folkdove.jpgFolkdove SVP, avec sa splendide galette de 1975. Qui renverrait presque Fairport Convention pointer chez Manpower. Constante, voilà des gens qui ne sont pas planqués derrière leurs instruments. La musique sert d'abord à mettre le chant (mixte) en valeur. En plus, c'est plein d'idées, de petits trucs originaux, relevant constamment la sauce. Si il fallait absolument (quelle idée) les opposer à Chalibaude, je dirais qu'ils ont une sensibilité un peu plus «pop» (aie aie) sonnent un peu plus «moderne». Peut-être le mixage d'ensemble qui donne cette impression. Façon différente de varier les ambiances, aussi. Dieu, si vous existez (ce dont je doute fort) vous fermez hypocritement les yeux sur tant de choses. Mais encore merci pour le miracle sonore qu'est Folkdove. Ou alors (ça arrange mon côté mécréant) ils ont vendu leur âme à Satan. Et tout ceci n'est que folk païen somptueusement paré. Pour nous attirer dans le grand chaudron des damnés. On me souffle que ces gens étaient bretons. Il doit s'en passer des belles dans la lande. Tour de force de faire une chanson en allemand sans sonner guttural. Voire résonner tudesque, et sentir la choucroute. Vive l'international folk, c'est en se serrant les coudes qu'on fera plier les porcs qui tirent les ficelles. Et qu'on obtiendra une réédition de Fokldove pas ruineuse. Merci.

LIEN :

Willow Song

 

http://userserve-ak.last.fm/serve/252/45165307.jpg

Sourdeline

Le jury est au bar. A descendre cannette sur cannette. Passablement bourrés, les types. Avec la qualité effarante de ce qu'ils viennent d'entendre, on comprend leur désarroi. Trois groupes, trois cartons, et pas une faille. Jean Meyrand triomphe, et c'est lui qui introduit notre quatrième candidat. J'ai nommé Sourdeline.

 

http://1.bp.blogspot.com/_dz0CS6QZRaE/TLpGmX37enI/AAAAAAAAABk/d6jav64HY8g/s320/copy_o11.jpgPremier album La Reine Blanche (1976) mélange de compositions personnelles et de chansons traditionnelles. Bon point, de différences entre les deux, aucune. Ou alors, il faut être un vrai spécialiste. Qui saurait mieux vous expliquer que moi ce que sont les mandoloncelles, cromornes, bodhrans, et autres psaltérions. En tout cas, c'est beau à pleurer. Sorte de romantisme totalement suranné. Avec des gentilshommes portant pourpoint et haut de chausse. Et des donzelles arborant hennins et poulaines. Cérémonie totalement pastorale, événement heureux avant que le deuil et la dure réalité ne  reprennent le dessus. Dans le soleil de de l’après-midi, tout un village fait la fête. Au milieu de tant de somptuosités, se glisse, l'air de rien, la rengaine dont je vous parlais plus haut. Ressorti de l'ombre, vidée de son sens premier (qui semble bien occulte et cryptique) ce J'ai Vu Le Loup, dans sa version la plus connue, peut sembler un cauchemar digne du fan club des Musclés. Ici, considérée comme autre chose qu'une machine à abrutir, c'est une majestueuse chanson lente et sensible. Dont les visées de bases nous échappent certes un peu, mais c'est aussi bien comme ça.   Second album, Jeanne d'Aymé (1977). Tiens, la pochette évoque Pentangle. Par contre, il y a erreur sur le disque. J'entends l'Incredible String Band, des influences jazzy et progressives, un violon qui grince comme celui de John Cale. Brassage ambitieux, rien à envier au folk acide des anglais. Écoutez-moi ces parties de basse. Effarante qualité musicale, aussi. Des idées fantastiques partout. Sauf peut-être dans un morceau percussif, limite tribal sans grand intérêt. Mais c'est le seul défaut. Au niveau du ressenti, je  suis prêt à parier que les gens de Sourdeline sont des fans de Pink Floyd. De Jimmy Page aussi. Et pas franchement pour la fuzz et les watts.  Quelque chose qui cliquerait au niveau du cortex, émettrait des ultrasons. Du genre de ceux qu'on reçoit sur Atom Heart Mother ou Led Zep Trois. Totalement inexplicable tant c'est diffus. Les deux albums sont disponibles sur Guersen, un label espagnol bien distribué.

LIEN :

Jeanne D'Aymé

 

 

Les manomètres sont déjà dans le rouge, score canon au contentométre. Un appareil qui mesure le bonheur béat. Même pas besoin de prozac. Du côté des groupes les nerfs lâchent, pression maximum. Plus personne ne contrôle plus rien, chacun étant persuadé d’être le meilleur, tous ces braves gens s'envoient la vaisselle dans la tronche. Et alors qu'une compagnie de CRS va tenter de s'interposer, il semble que quelque chose se passe du côté de l'entrée. Mais oui, c'est,bien ce que j'attendais. D'ailleurs, écoutez l'annonceur :

 

http://images.music-story.com/img/album_E_400/emmanuelle-parrenin-maison-rose.jpgEn raison de la tournure des événements, le passage du dernier candidat sera écourté. Emmanuelle Parrenin, please.

Peine perdue, c'est le chaos et la cohue. Dans ces conditions, la pauvre Emmanuelle va avoir du mal à défendre son Maison Rose (1977). Au début, le bide s'annonce dans toute sa splendeur. Vous pensiez que le meilleur album de folk français de tous les temps (si si) allait s'imposer comme ça, sans problèmes ?

Je crois que quand on pose l'équation «fille+folk» les gens voient tout de suite Joni Mitchell, et sa guitare sèche. Ou pire, la baba, un peu cradingue, qui descend vendre ses paniers, au marché le samedi matin. Remettons les compteurs à zéro. Emmanuelle Parrenin joue de la vieille, de l'épinette et du dulcimer. Sa musique est magnifique, totalement originale et inattendue. Passant d'une épure du genre de référence à un instrumental dézingué (digne du plus flingué des kraut) sans seulement voire la différence. A ce niveau ultime, on hésitera même à parler de talent. De don du ciel, plutôt. Tout l'album n'est qu'une masse lumineuse, un patchwork de bon goût. Le chant des sirènes ? Dépasse, ringardisé. Dommage qu'il y ait si peu de parties vocales, entre nous. Parlant du second Velvet Underground (on est plus à un paradoxe près) une critique évoquait l'an 2000, à portée de main. Et j'entends ici  un âge encore inconnu. Une dimension à peine esquissée par Lovercraft, avec ses histoires de temps qu'on franchit à travers des angles précis. Morceau onze, Aprèsl'ondée. Robert Fripp en a rêvé. D'enregistrer le son du magma terrestre. Lui le prof de guitare acariâtre, s'est une fois (une seule) un peu approché de ce que j'entends ici. Sur Red. Avant de revenir à son académisme navrant. Au moyen âge, on aurait brulé Emmanuelle Parrenin comme sorcière. Et moi, zélé zélateur, avec. Le motif ? Alchimie inédite. Ou deal de pierre philosophale. Secrets inavoués. Territoires inexplorés. Le vent souffle dans le bon sens. Ce trésor est réédité par un label suisse. Et moi je suis à court de mots, à bout de conviction. L'état de grâce existe (hein François ?) je l'ai ressenti. L'album solo qu'aurait pu commettre Syd Barrett. Eut-il gardé sa tête entière. Et Didier Malherbe joue sur un titre. Voilà. Pour vous le vendre façon Philippe Garnier, c'était mes années racines et musique du peuple pour le peuple. A vos binious, pour porter le message.

LIEN :

Thibault et l'arbre rose

 

Laurent

 

commentaires

sourdeline 19/10/2012 23:00

Un petit point d'histoire pour spécialistes.
Notre deuxième album "Jeanne d'Aymé" a été enregistré par Renaud Richard qui avait produit le disque de Folkdove.

sourdeline 18/10/2012 23:24

Merci beaucoup....

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