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Garage Rock - The Outsiders / Morts mais en bonne santé

par lou 6 Février 2012, 10:41

GARAGE ROCK

 

The Outsiders


Morts mais en bonne santé

 

http://th33alonezone.files.wordpress.com/2010/01/outsiders.jpgA la question de savoir si j'aurais laissé ma sœur sortir avec un Rolling Stones (peut être pas avec Bill Wyman), ma réponse serait qu'elle risquait finalement moins qu'à trainer avec les Pretty Things.  Ah les Pretties, leurs gueules de décavés, l'air vraiment méchant. Des dégaines impossibles, exacerbées par ce regard de dément profond que trimbalait Viv Prince. A la grande horreur de l'establishment, et même si leur impact fut moindre que celui de leurs anciens potes de collège, ils ont engendré une descendance. Trombines de travers, tignasses décomplexées, et surtout bonnes mœurs passées au souffre.  Lesquels rejetons (en parfaits psychotiques) en ont fait des tonnes (tuer le père, toujours). Ugly Ducklings au Canada, Boots en Allemagne, par exemple. En Angleterre, les Birds de Ron Wood, ou les magnifiques Belfast Gypsies entre mille autres. Il existe un milliard de compilations dévolues à ce que l'on nomme freakbeat. Mais c'est en Hollande que le mouvement a trouvé ses plus zélés dévots. Les Outsiders, par exemple. Moins doués que les magnifiques Q65, moins éclectiques aussi. Quoique bien meilleurs que les Zipps ou les Jay Jays. Ok, une anthologie  comme Strange Things Are Happening (tous les singles) offre autant à boire qu'à manger. La belle voix de Wally Tax (belle gueule de service, aussi) ne suffit pas à masquer les errances d'un groupe privé de direction sérieuse. Morceaux violents sans problèmes (trop rares), folk rock sympa sans être indispensable, tout ceci manque de la vista qui garantit contre le passage du temps. Et puis leur son est mince, n'agresse pas suffisamment l'auditeur pour faire une différence. En extrapolant un peu, on voit très bien qui occupe leur playlist du jour (Birds ou Them).  Sans compter que quand on les entend soudain faire la pige à Soft Machine (initiative du producteur, selon les notes de pochette) on se demande un peu ce qu'on va sauver. Or (c'est bien connu) vers la fin des années 60, une règle de métier voulait qu'on garantisse sa crédibilité avec un album acide. Histoire de prouver qu'avant de s'adresser aux gamines, on était aussi capable de toucher les cerveaux.

http://therisingstorm.net/audio/cq.jpg

Seconde chance ou épouvantable gâchis, le concept a connu autant d'avatars qu'il est possible. Et dans le cas de nos Outsiders, il semble bien que le bon wagon (artistique) ait ainsi été accroché. Leur CQ (Seek You) de 1968 affiche une radicalité non feinte. L'album aurait d'ailleurs été conçu uniquement par le groupe et un ingénieur du son. Quoiqu’ il se murmure que John Cale ait joué un rôle dans cette gestation. D'entrée, Misfit et ses breaks violents montrent le chemin. Tout ceci sonne enfin mal rasé et bougon. La rythmique surtout. L'ambiance est sombre, oppressante. Tout ceci débouche sur une terrifiante approche de la réalité. Quasi Stoogienne par moment. Wally Tax (qui a souvent les intonations de Bowie) découvre (enfin) des ressources inattendues dans sa voix. Surtout, on a plus cette impression gênante d'un groupe contrit et confit dans ses recettes. Et puis les morceaux tiennent drôlement la route. Jaillissement d'idée, sons nouveaux, brisures de rythme, tout ce qui peut casser les habitudes de l'auditeur est la bienvenue. Une conception des choses trop peu souvent utilisée. A mi-chemin, CQ s'aborde comme un vaisseau expérimental, façon Satanic Majesties ou Piper At The Gates Of The Dawn. Et si il a bien mieux vieilli que le premier, du second il conserve le culot des innovateurs. L'audace des vrais défonceurs de portes. Le bide commercial sera bien sûr à la hauteur de la réussite artistique, signant la fin du groupe. A noter que la réédition offre (façon de parler) six morceaux live, capturés à Amsterdam le 31/12/1968. Réalisé avec de vrais moyens professionnels, ce témoignage lève enfin certains doutes. On a affaire à un groupe transfiguré, participant à la forme d'expression métallique qui verra le jour dans les années suivantes. Pas bavant de saturation, mais dur et coupant. La voix surtout. Qui rappelle l'agonie de l’hyène hachée vivante, terrifiée à la pensée de finir dans un Mac Do.  Faire un dernier doigt avant de crever, quelle belle attitude.

Laurent

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