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Gun Club - Poison Très Lent

par lou 20 Novembre 2012, 09:48

GUN CLUB

 

Poison Très Lent

http://www.newyorknighttrain.com/zine/issues/1/photos/gunclub/Backstageinaustralia.jpg

Ah, les terribles conséquences du punk. Époque sinistre où tout le monde reconstruisait sur des ruines radioactives. Passons, pudiquement, sur les efforts des grands anciens (Stones, Clapton et Who) pour exister. Albums piteux comme de bourgeoises fausses couches. Entre la grande vogue du heavy métal, et la branchitude régnante (je vous souhaite de subir longtemps Alain Maneval, Human League et Spandau Ballet), c'était pas la joie tous les jours. Pour situer la catastrophe, d'aimables plaisantins comme les Stray Cats faisaient, et pas qu'un peu, figure de sauveurs universels. Oh, des noms circulaient bien (X ou les Blasters) même notre pays d'attardés semblait vouloir retrouver une dignité, avec Wild Child. Seulement les disques restaient introuvables, une fois passé Paris. Et quand j'ai fini par trouver un vinyle du Gun Club (le maxi Death Party)  la déception a été immense. C'est pour ça que Chalumeau et consorts déliraient tant ? Fallait la chercher la vibration Stoogienne. Bonne chance pour les lames couvertes de sang séché. Je me le suis ressorti là, histoire de coller au cadre du papier. Rock massif, peu démonstratif, au son étonnement clair. Du genre élevé à la toile émeri. Très pro et cohérent. Sec comme un coin d'acier dans le genou (superbe couple basse/batterie). Avec la goule rétamée au valium, qui braille sur le devant. On a appelé ça voodoobily ou punkabilly au fil des âges. Bref, ça décrasse correctement, sans paraître plus psychotique que ça. La réédition propose des bonus live  de grande qualité sonore (un concert en Suisse) avec une version décarcassée d'une chanson de Billie Holliday. Et un Run Through The Jungle malmené à grand coups de godasses. Pièce d'un puzzle complexe, Death Party a suffisamment bien vieilli pour qu'on le considère. Mais ne saurait s'aborder que superficiellement, si on ne connait pas ce qui a précédé. Je reviens donc à ma chambre en 1983. A me demander pourquoi j'avais claqué cinquante francs dans ce skeud. Leur chanteur blondasse et bouffi, par contre, semblait exceller dans des interviews terrifiantes (où il racontait sa vie de sauvage) mais de là à en faire un nouveau héros maudit y'avait comme de la marge. Rappelons qu'à l'époque, le rédacteur à 18 ans. Et n'a pas encore compris la puissance de la suggestion, et du non-dit.  Ça viendra plus tard.

 

http://3.bp.blogspot.com/_CG4keRauEdc/S2GpJ4bsqtI/AAAAAAAABIA/DAlS6nUTrB8/s400/gun+club.jpgComme la découverte des deux premiers albums.  A savoir Fire Of Love (1981) et Miami (1982).  Et finalement, se prendre les pieds dans le tapis de l'espace-temps, c'est pas si mal. Pas sûr d'avoir vraiment apprécié ce tord boyaux, dans mes dernières années de lycée. Alors on case, on laisse passer, et on y revient à l'occasion. L'eau sous les ponts à charrié le cadavre de Jeffrey Lee Pierce (le chanteur) en 1996. Et on se retrouve en ce sinistre été, à souffler sur des braises pas innocentes du tout. Par exemple, l'intro de Sex Beat. Qui attaque le premier album comme si les Damned s'étaient reformés en douce. Tempo brise mâchoires, guitare homicide, et voix de coyote en pleine crise de tétanos. La terre est boueuse, gorgée de sang. Et la lune éclaire un paysage totalement désolé. Où les tarés modèle Deliverance semblent faire la loi. Violence sur violence. Le blues est bien là, pourtant. C'est lui qui frappe à votre porte en pleine nuit. Un rasoir dans une main, et une massue dans l'autre. Blues de décavé, avec des problèmes de chromosomes. Qui fait que vous voilà dans les collines, à deux heures du matin, poursuivi par un maboule consanguin. Comme je le disais à un pote, ce disque pourrait être produit par David Lynch. D'entrée on n’y comprend rien, mais le danger est à chaque coin de rue. Ward Dotson a appris la six cordes chez un maréchal ferrant, à vouloir vous frapper au front directement. A s'accorder au diapason d'un fer à cheval rouillé. En tendant l'oreille, on distinguera même des relents de country syphilitique. La gueule gravement amoché, par les zombies de la pochette. A la machette.

Tombé en panne à l'entrée du village, on a bien trouvé que les ploucs locaux avaient une drôle de dégaine. Lieu oublié par la civilisation. La tête d'un puriste a été clouée à la porte d'une grange. Disque à coller la trouille au flic facho du premier Rambo. A attendrir Charles Manson. Quand on en est sorti sans (trop de) casse, le petit suivant fait un peu jeunot. Miami était produit par Chris Stein (puisque JLPierce officiait en tant que président du fan club Blondie) et affichait un air nettement moins débraillé que son grand frère. Là où l'un prêchait l'homicide sans jugement, l'autre cogne avec de la nuance. Affichant une sorte d'admirable constante dans la façon de faire monter la pression. Le guitariste n'en a pas appris plus, juste changé ses médiators dirait-on. Pour un tirant plus brillant. Du coup, on se retrouve avec des climats limite envoutants. Substituant à une souffrance physique, une belle instabilité mentale. Bref, ajoutant des araignées à un plafond déjà chargé en créatures diverses. Et  fournissant même un chouette pogo (John Hardy) sur fond de guitare carillon. Le Gun Club est  encore difficile à appréhender de nos jours. Les quelques trente années écoulées lui donnent pourtant de sacrés arguments. Génialement préservé de tout ce qui aurait pu lui porter tort (les solos à gogo, les tics d'une époque) la redécouverte de cette paire d'anomalies contextuelle s'impose, quand tout se dématérialise autour de nous. La réédition de Miami propose en bonus un concert de 1982, au son approximatif. Sorte de cérémonie incantatoire et grimaçante, qu'on écoutera moins souvent que le reste. Le coté systématique créant assez vite la lassitude. Tout de même, qui peut se vanter d'avoir approché, de si près, la philosophie de Robert Mitchum, dans La Nuit Du Chasseur ?

Laurent

 

LIEN : Fire Spirit

 

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