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Heavy Rock - Les Goths - Rêve De Silence

par lou 14 Février 2011, 10:16

L'Evidence

 

 

http://www.psychedelic-music.com/GIF/Goths.gifAu fur et à mesure que le disque passe sur la platine, une évidence s’impose. Un regret aussi, peut être. Celui que la pop française devra porter comme un fardeau durant de longues années, avant enfin d’ouvrir ses bras, et encore timidement, au monde du rock. Rêve de Silence fut enregistré en 1968, à une époque où l’amateur de rock en France peinait à trouver des disques de Jimi Hendrix, où celui-ci se coltinait une musique nauséabonde, où il était difficile pour un groupe de rock de sortir du circuit des bals populaires et autres ringardises franchouillardes.

Pourtant à l’écoute de ce disque, qui n’aurait pu ne jamais voire le jour, comme tant d’autres, l’évidence est implacable. La France détenait SON groupe de rock, celui qui aurait pu, que dis je, dû engendrer des tas d’autres combos à travers la France à jouer cette musique du diable, à gratter des larsens et triturer des riffs d’acier sur fond de wha wha, dégueulant son flot de fuzz lacéré. Au lieu de cela, on a eut le pantin Johnny, celui qui sévit encore et qui bouffe à tous les râteliers tout en s’évadant fiscalement de notre si beau pays…

La claque. La réédition Shadoks est impressionnante, la pochette somptueusement conçue, le son énorme, les bandes retrouvées étant d’une incroyable qualité. Et toujours cette maudite évidence, celle de détenir entre les mains un opus révolutionnaire si on le remet dans son contexte. Car peu de groupe à l’époque, en Angleterre comme aux Etats-Unis, n’avaient approché de si près le heavy rock naissant.

Pour ceux qui connaissent les deux singles du groupe, la Face A ne révélera pas grand-chose, si ce n’est le dernier morceau, un blues déstructuré qui s’envoie en l’air le long d’une déflagration électrique, s’amourachant avec cette liberté qu’accorde la guitare électrique, s’entortillant, se contorsionnant de toute sa rage d’en découdre (Blues Gamelle).

Mais évidemment, l’album démarre avec Turn Over, véritable trip survitaminé où les caisses de Bruno Frascone répondent aux larsens de son frangin Gino, Hendrix planant tout du long sur cette explosion électrique dithyrambique. S’en suit la ballade I remember, remixée selon les bandes d’époque, qui lui donne davantage d’ampleur, de richesse que sur la production figurant sur le premier single. Puis le pied total, avec Out Of The Sun, rock psychédélique s’aventurant sur les arpentes aiguës de l’acid rock, sans jamais laisser retomber la pression, rythmique sauvage bourrée d’écho où en moins de 3 minutes le groupe dégaine une violence totalement stoned. Clairement, avec Le Jour Était Gris, la pression retombe, les arrangements sont réussis mais détonnent dans un tel magma sonore que viendra confirmer Blues Gamelle. L’aiguille de la platine se trémousse fébrilement, la seconde face est en marche…

Et prend toute sa démesure sur le somptueux Rêve de Silence, à coup sûr le sommet de ce disque tant le morceau est habité, que ce soit par le chant (on pense irrémédiablement à la poésie laconique d’Hedayat) que par cette batterie qui martèle sa schizophrénie sur fond de délire électrique. Et cette basse, enivrante, hypnotique, indéniablement freak out, stoned, allumée. Douce redescente dans les abimes de ce magma électrique, avec le lancinant A Man Has Been Entered et son blues en guise de voyage laconique, dont les seuls soubresauts de la gratte viennent raviver une conscience délirante. Convulsions orgiaques sur I Wait For Your Answer, blues rock lacérant des ritournelles psychédéliques, puis remontée acide avec le bouillonnant Nothing Can Be Bad, sur une rythmique frénétique et une guitare sans concession dégueulant son lot de Fuzz plaqué sur une basse aphrodisiaque, avant le grand final apocalyptique Wake Up, qui démarre langoureusement vers un cataclysme électrique et jouissif, point d’orgue d’un trip et d’une expérience musicale sans concession, baladant son spleen sur une dernière gifle hendrixienne…

La platine s’arrête ; les sensations sont encore là, présentes et oppressantes, enivrantes et obsédantes, l’envie de s’enliser à nouveau dans ce vacarme psychédélique avec la pointe de schizo qu’elle implique. Et puis cette sensation, implacable… On est en 68, le monde est à refaire… Rêve de silence…

 

Lou

 

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Rêve de silence

 

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